‹ PoésieChapitre 121 sur 128 · A LA PRINCESSE D · texte numérisé non relu

A LA PRINCESSE D

C'est un parc Scandinave, aux sapins toujours verts,

Où le vent automnal courbe les fleurs d'hivers

Dans les vases de marbre ancien, sur la terrasse ;

Et la vierge royale en qui revit la race

Des brumeux Suénon dont son père descend,

L'enfant blanche aux yeux clairs, la princesse du sang,

Immobile devant la balustrade antique,

Regarde le lointain azur de la Baltique.

En satin blanc, nu-tête, et du blond idéal

Qui couronne les fronts sous le ciel boréal,

36f, JEUNES FILLES.

Elle se tient debout, comme un spectre de reine, Prise dans les grands plis que fait sa robe à traîne. Au fond de ses yeux froids et pâles, rien ne luit ; Et c'est un lys éclos au soleil de minuit.

Au temps où dans le Nord je voyageais, Princesse,

Je n'eus pas le bonheur de vous voir; mais, sans cesse,

Votre nom dit par tous — que je veux taire ici —

Eveillait dans mon cœur un douloureux souci.

Il m'a fait regretter mon obscure origine,

Et quand je le prononce encore, j'imagine

De royales amours et — rêveur insensé —

Je crois être un instant votre beau fiancé.

Magnifique et reçu dans les honneurs insignes,

J'arrive du côté de la neige et des cygnes ;

Je suis un czaréwitch très blond et presque enfant,

Qui porte ce jour-là l'ordre de l'Éléphant,

Pour faire à votre père, ainsi, ma politesse;

Et je viens demander la main de Votre Altesse.

Nous ne nous disons pas de bien longues fadeurs,

Puisque tout est réglé par nos ambassadeurs.

L'escadre russe, ainsi que la flotte danoise,

Pour le jour solennel seulement se pavoise

Et, dans l'instant heureux où vous prenez mon nom,

Vous tire un madrigal de cent coups de canon ;

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