AUX AMPUTÉS DE LA GUERRE
Le serment contre ces maudits, Il faut pourtant qu'il s'accomplisse; Et déjà des cœurs attiédis La nature se fait complice.
Le printemps ne se souvient pas Du deuil ni de l'affront suprême; Et sur la trace de leurs pas Les fleurs ont repoussé quand même.
Le pampre grimpant rajeunit La ruine qui croule et tombe, Et la fauvette fait son nid Dans le trou creusé par la bombe.
La haine est comme le remords :
Avec le temps elle nous quitte; Et sur les tombeaux de nos morts L'herbe est trop haute et croît trop vite
Mais vous êtes là, vous, du moins, Pour nous rafraîchir la mémoire, 0 blessés, glorieux témoins De leur effroyable victoire !
Défendez-nous, vous le pouvez, Des molles langueurs corruptrices; Car les désastres éprouvés Sont écrits dans vos cicatrices.
Amputés, ô tronçons humains, Racontez-nous votre martyre, Et de vos pauvres bras sans mains Apprenez-nous à mieux maudire !