Épilogue
Je sens déjà sur mes lèvres
La fraîcheur des deux nouveaux.
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!ON âme, il semble que Vous êtes un jardin :
Nécropole aux corolles automnales d'un rêve — Oh ! vraiment, d'un vain et vieux rêve — Déclive vers les voix de mort qui se lèvent,
Eparse en l'or sanglant d'un soir lointain, Mon âme, il semble que vous êtes un jardin.
Des fleurs folles de joie et des fleurs tristes Sont là, toutes pareilles à des souvenirs ;
On dirait que quelqu'un viendra les cueillir... Mais non : l'on dirait que quelqu'un est venu qui fut triste, Et n'osa les cueillir.
Il n'est plus, depuis longtemps, le rire des lilas légers ; Jardin meurtri î une eau d'ennui s'endort sous tes acacias Qui finissent de s'effeuiller, Et, là-bas, sous les saules maigres il y a Une eau plus morne où voguent des cygnes aveugles — Et les sauhs ont l'air d'être des mains d'aveugles...
l86 l/Nfe BELLE DAME PASSA
La nuit monte belle et sombre comme un désir :
Toutes les fleurs ont peur de mourir Car voici s'allumer l'Etoile noire — ô quelle Etoile ! — Car voici les regards flétris, les lèvres enfiévrées, La couronne dernière — dans la brume — et le voile De la Dame qui est passée...
Qu'ils se hâtent vers ces parterres pâles Tout le Nord, les nuées hagardes et l'ombra
Et le gel et tes flèches hiémales, Neige, chasseresse aux cruels yeux pâles — Et que les voix de volupté soient des Vierges qui pleurent..
Pourtant, ô promesses d'un été d'héliotr(>pes vers demain,
Pourtant vous — vos cygnes et vos saules
Et vos fleurs d'inquiétude où le vent se désole —
Aux ors poignants d'un soir lointain, Mon âme, il semble que vous êtes un jardin.
Paris, avril 1891 — octobre 1892.