SOIR TRINITAIRE I
Nous n'osâmes toucher sa chevelure pâle, •Et ses yeux d'infini nous firent un peu peur... Et nous rie savions pas qu'elle était notre sœur.
Éparpillant au loin, parmi les vagues folles, Des feuillages dorés et de vierges corolles.
Offrant sa forte bouche où fleurît le baiser, Ca deuxième eut pour nous d'irritantes paroles Et son rire tintait dans le parc embrasé.
O spectre dont les yeux sont pareils à des songes, O fantôme qui rit d'être et d'avoir été, O Mort et toi, sa sœur, vivace Volupté, Entrez dans ce domaine où régna le mensonge...
Déesse, viens, quittons ce palais qui s'écroule Parmi les pavots lourds et les ros3S que foulent Indolemment la Mort avec la Volupté ; Puisqu'une lune froide appâlit ta beauté, Puisque l'âme n'est plus que nous avions élue, Nous saurons retrouver la patrie inconnue :
La douce île exilée où las rois sont des anges. Partons...
Quoi, tu te tais, tu détournes la tête,
Un très sombre infini règne en les yeux étranges. Ton rire tinte au parc embrasé, tu es prête, Arrachant de ton front mes lys et mes soucis, A jeter ton orgueil aux pieds de celles-ci ?...
Embrasse tes deux sœurs et reste dans leurs bras : Les colombes ont fui... je ne te connais pas ! Adieu...
Mais ô vous Trois qui me fûtes l'Unique^ La grande Isis gardant aux plis de sa tunique Les choses que l'on sait et que l'on ne sait pas, Vous Trois ! voyez surgir — cependant que s'endort Le murmure étoile de la nuit paresseuse — Un dieu mystérieux debout dans l'ombre d'or...
Argo s'efface au loin de la mer orageuse, L'aube moire d'espoir la tristesse des marbres. Un enfant solitaire a passé sous les arbres. —
Aurore ! ton enfant chante un chant radieux Car un astre nouveau s'éveille dans ses yeux.
IÊTS TOI de deuil, Octobre, accourez, vents d'automne ! Où est l'Aurore ? où, celui-là qui s'en allait Charmant des oiseaux fous dont le ramage étonne?... L'adolescent s'assied sur ton seuil, ô palais Ecroulé parmi l'ombre déserte et l'automne.
Les arbres inquiets lui dictent sa tristesse, Les flots indifférents chantent bizarrement Et vers les lointains gris un fantôme se dresse Qui parle... Est-ce une voix ou la plainte du vent ?
« Insensé, quelle ardeur à te frapper toi-même ! La vie a dispersé tes Princesses de rêve :
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Celles-là qui venaient, belles comme un poème,
S'en vont chassées, s'en vont boiteuses par les grèves ;
Mais moi qui fus ton âme et moi qui fus leur âme,
Moi, le mensonge amer de la réalité
Je reste et je te dis : « Prends garde, en vérité
Le rameau s est flétri — et me voici la Femme. »
L'adolescent frissonne aux clameurs de l'automne, Ses mains effeuillent des pavots morts sur les flots : Désorm<c.is c'est la Vie et la Femme et l'Automne —
Et le soir sidéral tremble comme un sanglot.
Paroles vers TOmbre
La couronne dernière — dans la hrume — et le voile De la Dame qui est passée...
JLde vent dliiver chevauche des nuées par la plaine : •Cela crie et cela pleure et cela se plaint,.. Des musiques passent en tourbillons, tristes et vaines Et vain le vent, vaine la plainte et les pleurs vains Par la plaine.
Musiciens de mon désir ^ cassez les violes,
Jetez les cuivres avx fossés, Aussi ces flûtes où notre ennui se console — Ecoutez la chanson des trépassés :
Le vent d'' hiver ricane à perdre haleine Par la plaine.
Baladins de mon plaisir^ prenez la fuite,
A quoi bon désormais mon rire et vos chansons ?
La coupe est vide — ô vins trop doux^ amers ensuite ! •
Toute illusion se meurt en prison
Et Vâme tombe en pâmoison,..
Ecoutez tous ! — le vent s apaise et souffle à peine Par la plaine.
Pour voir encore l'image qui recule Et va s'évanouir dans le ciel rougissant, L'adolescent s'assied au bord du crépuscule,
Anxieux de tant d'or^ de rubis et de sang.
Le vent d'hiver épand de froides laines Sur la plaine.
ON âme surgira, sans doute, au soir mourant I Où tu crus déflorer un soleil virginal Et le soir, sans doute, se fera plus mourant Et tu te sentiras d'autant plus virginale.
Mais tes soirs ! les toucher : qu'il soit une main'^ maigre Touchant quelque rougeur qui frissonne au ciel froid... Toi, ton ombre sur la fenêtre est blanche et maigre Et j'appelle l'Eté sur nous deux — et j'ai froid.
Si, au moins, écartant ta chevelure folle,
Tu dévoilais l'Islande verte de tes yeux —
Or tu parais éprise des pénombres folles
Et les clartés du Nord s'entêtent dans tes yeux.
Je sais d'énormes fleurs où l'or poisse et dégoutte, Je sais les soleils vieux qui se meurent d'ennui — O Ma Dame, tais-toi qui verses goutte à goutte L'ardeur des vieux soleils et Tor des soirs enfuis.
Non, parle, car j'ai soif encor des lèvres fraîches Où frissonne l'oiseau farouche du baiser...
Mais tes lèvres pourtant qui me furent très fraîches A des fantômes fols offrirent leur baiser.
A présent, je voudrais du sang sur ton corps pâle, Qu'un collier de corail naisse de tes blessures — Mais tu ris et j'ai peur alors de l'éclair pâle De tes dents, souvenir de divines morsures.
Ah ! donne encore un p:îu la fraîcheur de tes lèvres Je courbe mon orgueil devant ta vanité Pour avoir sur ma bouche encore un peu tes lèvres - Et je crois que les fantômes sont vanité.
En tes yeux j'ai trouvé la clarté des étoiles Qui sommeillent au fond des cieux immaculés, Et je t'enlace et tu restes immaculée Car môme en m'insultant tu craches des étoiles...
PAROLES VERS l'qMBRE 157
Sombre amour, triste amour, morne comme un étang !
'O tourment : souvenir où sanglote un regret —
Mais les blancheurs de ton doux corps font mes regrets...
"Quelle est l'Ophélia qui flotte sur l'étang?
|ar l'ombre vague où vont des formes^ J'éperds mes regards assoiffés de toi :
Silence, Solitude et Male-Norme
Me parlent de toi...
Est-ce ta voix qui chante en ma folie ?
Est-ce ton front pâle sur l'oreiller ? — Une vieille est assise au foyer Et son nom : Insomnie.
Notre chambre a gardé ton arôme, Dans la glace a passé ton fantôme...
Non, la chambre est vide et la glace ment....
La lune me fixe ironiquement.