‹ Poésie latineChapitre 21 sur 82 · meas monosyllabique par synizèse · texte numérisé non relu

meas monosyllabique par synizèse

7. — ni pour ne; voy. ce qui est dit plus haut, cf. Kùhner, Ausf. Gr. der lat. Spr. t. I,p. 631 ; dans la littérature, ni pour ne, Lucilius XXIX, 73 (éd. L. Mùller, p. 112); Lucrèce III, 286 (et nive pour

nevell, 734); Catulle, 61, 53 ; Virgile, Aen. III, 686 ni teneant cursus, où ni est donné par le Mediceus et attesté par Priscien, Donat et Servius.

Cf. Varron De rerustica 1, 53 : ne in ea re sumptus fructum superet.

8. — Aima Fides cf. Ennius, Fab. 337 (éd. L. Mûller): Fides aima, aptapinnis, et jusjurandum Jouis.

11. — in sumptum superet tibi exactement : qu'il y ait pour toi quelque chose en sus des frais, c'est-à-dire gain et profit. Pour cet usage impersonnel de superat, cf. Cicéron, Parad. 49: uter est divitior ? cui deest an cui superat?

12. — Qua on s'explique, en réfléchissant, que qua (parte) « par où » prenne un sens causal : sois heureux, et que ce bonheur te vienne du côté de ceci, par ceci que tu n'as pas dédaigné mon tombeau.

Bùcheler s'étonne que rien ne vienne compléter dignum ; il pense que nous sommes en présence d'un texte mutilé ; mais, s'il manque quelque chose, cela ne pourrait guère être plus d'un vers, vive, vale du v. 11 annonçant une prompte conclusion.

Quum praematura raptum mihi morte Nepotem

Flerem Parcarum putria fila querens, Et gemerem tristi damnatam sorte juventam

Versaretque novus viscera tota dolor, Me desolatum, me desertum ac spoliatum 5

b Clamarem largis saxa movens lacrimis, Exacta prope nocte suos quum Lucifer ignés

Spargeret et volucri roscidus iret equo, Vidi sidereo radiantem lumine formam

Aethere delabi. Non fuit illa quies, 10

Sed verus juveni color et sonus ; at status ipse

Major erat nota corporis effigie.

Ardentis oculorum orbes umerosque nitentis

Ostendens roseo reddidit ore sonos :

« Adfinis memorande, quid o me ad sidéra caeli 15

Ablatum quereris ? desine flere deum, Ne pietas ignara superna sede receptum

Lugeat, et laedat numina tristitia.

Non ego Tartareas penetrabo tristis ad undas,

Non Acherunteis transvehar umbra vadis ; 20 Non ego caeruleam remo pulsabo carinam

Nec te terribilem fronte timebo, Cbaron, Nec Minos mihi jura dabit grandaevus et atris

Non errabo locis nec cohibebor aquis.

Surge, refer matri ne me noctesque diesque 25

Defleat nt maerens Attica mater Ityn.

Nam me saneta Venus sedes non nosse silentum

Jussit et in eaeli lucida templa tulit. » Erigor, et gelidos horror perfuderat artus ;

Spirabat suavi tinctus odore locus. 30

Die Nepos ! seu tu turba stipatus Amorum

Laetus Adoneis lusibus insereris, Seu grege Pieridum gaudes seu Palladis arte,

Omnis caelicolum te chorus excipiet.

Si libeat tbyrsum gravidis aptare corymbis 35

Et velare eomam palmite, Liber eris.

Pascere si crinem et lauro redimire capillos,

Arcum eum pharetra sumere, Phoebnseris.

Indueris teretis manicas Phrygium que galerum,

Non unus Cybeles pectore vivet amor. 40

Si spumantis equi libeat quatere ora lupatis,

Cyllare, formosi membra vehes equitis.

Sed quicumque deus, quicumque vocaberzs héros,

Sit soror et mater, sit puer incolumfs/ Haec dona unguentis et sunt potiora corollis 45

Quae non tempus edax, non rapi/ ira Jouis.

C. I. L. VI.21521 (les vers 1-12 d'après le marbre; 13-46 d'après des mss.); Gruter 1123, 7 ; Labbaeus Thés. epit. vet. p. 41 ; Fabretti Inscr Ant. 233, 612 ; Fleetwood SijU. ant. Inscr. p. 233; Burin. IV, 13; Meyerll67; Bûch. 1109. — Wernsdorf Poet. lai min. t. III, édit. d'Altenburg, pp. 136 et 206 (t. II, édit. de Paris, pp. 190 et 263).

Cette longue inscription, qui est une véritable élégie, était gravée sur trois plaques de marbre, les deux premières portant chacune seize vers, la troisième quatorze. Un fragment de la première, seul, subsiste aujourd'hui : il est au Vatican et nous conserve les premiers hémistiches des vers 1 à 12. Le reste nous a été transmis par d'anciens recueils manuscrits. Les plaques de marbre avaient été trouvées près de la porte Portuensis (1). En tête : memoriae M(arci) Lnceeï M (arci) f(ili) Nepotis Sex (tus) Onassanius Sex (ti) f(ilius) Com...

Les lettres sont belles (2), et, d'après Henzen, nullement indignes de l'âge d'Auguste : mais l'abrègement des finales de pulsabo, timebo, errabo (vers 21, 22 et 24) ne permet pas d'attribuer cette pièce à l'époque classique : elle doit appartenir au temps des Flaviens. Il est surprenant que Léo y voie surtout une imitation de Tibulle ou de Lygdamus, alors que c'est le souvenir de Catulle qui s'impose dès l'abord. L'élégie 68 de Catulle (et. aussi 65) commence, comme celle-ci, par une proposition relative, longue et embarrassée ; on y trouve au v. 5 Sancta Venus, comme ici au v. 27 ; — au v. 6, desertum, comme ici au v. 5; et ce n'est pas seulement le vocabulaire, mais les constructions qui sont analogues ; cela est frappant pour

(i) Porte de l'enceinte d'Aurélien, dans la partie méridionale de la région Transtibérine, \o\. Homo, Top. rom., p. 42 5.

(2) Il y a nn apex sur l'i de DiV, v. 3i et sur celui de Adoneis, y. 32.

ce vers 5, où l'on croirait vraiment lire du Catulle : me desolatnm, me désert um ac spoliatum. C'est aussi la versification : ce sont les fins polysyllabiques de pentamètres (7, dont deux anapestiques), les enjambements d'hémistiches (v. 10 et 16).

Burmann décerne les plus grands éloges à l'auteur de notre épitaphe ; il regrette que rien autre chose ne nous soit parvenu d'un tel poète (1). Cet enthousiasme est un peu exagéré ; l'impression qui se dégage d'une lecture impartiale est plutôt que l'on a affaire à un amateur distingué. Que le thème ne soit pas original, nous n'en ferons pas un reproche à l'auteur ; l'apparition, en songe, d'un mort regretté est une fiction humaine et poétique de demain comme d'hier, dont un homme de talent peut, après bien d'autres, faire un beau poème, suffisamment neuf et personnel s'il y met une émotion intime et un art à lui ; mais justement, dans notre élégie, les procédés n'ont guère plus de personnalité que le fond, et, chose plus grave encore, cette pièce est froide, dans toute sa première partie du moins. Qu'on la compare à la mystérieuse élégie 7 du livre IV de Properce où passion, remords, drame secret, sentiment de la vie future inspirent

(i) « Nescio an in tota bac Catalectorum veterum Sylloge elegantins et genii venustioris carmen inveniatur, quam prolixum hoc et luculentum Epitaphiuin quod sane eximii poetae, licet nobis ignoti, foetus est egregius, quodque, meo quidem judicio, ad laudem optiinorum aureae illius aetatis poetarum adspirare merito possit. Utinam ab eodem ingenio ac manu nobis plura superessent similia...! » Burm, Anth., t. II, p. 7, en note.

des vers sombres ou attendris à un poète maître de son art, et l'on se sentira peu disposé à souscrire sans restriction au jugement de Burmann. Mais il ne faut pas que cela nous détourne de rendre justice à l'auteur de l'épitaphe : ses emprunts et imitations témoignent qu'il était nourri d'excellentes lectures ; il a choisi ses traits chez ses devanciers avec discernement ; l'exécution même, le style et la versification, surtout à partir du v. 31, montrent qu'il était, non seulement un lettré, mais un poète de circonstance qui savait composer une pièce et tourner les vers avec adresse, avec élégance même par endroits. Les derniers laissent une belle impression, dont bénéficie le poète au moment que l'on achève la lecture et que l'on se décide dans son opinion ; le vers 44 offre une pensée délicate, et tout le distique a ce charme, cette grâce indéfinissable qui méritent à certains vers de se fixer, de chanter quelque temps dans la mémoire :

Sed, quicumque deus, qiiicumque vocaberis héros, Sit soror et mater, sit puer incolumis !

1. — Quum si surprenant que soit cet épel, il est attesté par le marbre, et de même au v. 7 ; — cum Fabretti.

Nepotem certains éditeurs ont voulu, dans ce cognomen, voir un nom commun, de sorte que le dédicateur serait le grand père du mort ; mais, au v. 15, il se fait appeler par lui adfinis,et\a manière dont Nepotis est amené dans l'inscription qui pré-

cède les vers rend déjà probable que c'est bien un cognomen.

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