Burmann ponctue
Exemplum periit : castae lugete puellae.
Il voit dans castae puellae uu vocatif pluriel ; il nous paraît bien plus probable que c'est un génitif singulier dépendant de exemplum qui, seul, ne se comprend guère.
3. — numéro uumeros Pithou, approuvé en note par Burmann ; mais le renvoi à l'élégie d'Ovide sur la mort de Tibulle (Amor. III, 9, 66 : Auxisti numéros, culte Tibulle, pios) ne prouve rien pour notre vers : là, c'est Tibulle mort qui va enrichir d'une ombre le groupe pieux où il est appelé à prendre place ; ici, au cas où la construction serait la même, c'est à Oppia qu'il faudrait que le poète s'adresse : or il s'adresse à Arria et à Laodamie, augete. En outre, avec numéros, les adjectifs Romano et Graio, du vers suivant, ne se rapporteraient plus à rien.
A la vérité, la phrase demeure difficile à expliquer. Bûcheler entend augere numéro comme «hgere honore ou nomine, et ce sens de niimerus (importance, valeur) est parfaitement latin : le poète demande à Arria et à Laodamie de faire honneur à Oppia en la comptant pour une ombre sacrée ; mais le lien de sens qui rattache Graio et Romano à numéro est bien compliqué, si même on peut le découvrir ! Il nous paraît plus vraisemblable d'interpréter : « Accueillez cette ombre sacrée et honorez-la, toi, Arria, avec le groupe romain (= des Romaines glorieuses), et toi, Laodamie, avec le groupe des Grecques ». Numéro Romano, Graio serait un de ces ablatifs, si fréquents en latin, qui détermine dans quelle condition s'accomplit l'action marquée par le verbe, et numerus aurait le même sens que dans des locutions telles que numerus, hominum, militum, etc.
sacratam le mot est mutilé à la fin ; on ne lit bien que sacr.., peut-être sacri.., et cela n'est pas fait pour simplifier l'interprétation du passage. Sacratam, que nous avons adopté, vient de Bûcheler; sacrorum Smetius; sacrato ^lommsen.
4. — Arria femme de Paetus Caccina, belle-mère de Thraséas ; son mari, compromis sous Claude dans la révolte de Scribonianus, fut obligé de se tuer : elle lui donna l'exemple en se frappant la première et lui tendant le poignard avec ces mots : « Paetus, cela ne fait pas de mal », vocem immortalem ac paene divinam « Paete, non dolet » (Pline le
jeune, Epist. III ; 16, 6) ; Cf. Tacite Ann. XVI, 34 à la fin ; Martial I, 13.
Laodamia, fille d'Acaste, roi d'Iolcos, et femme de Protésilas, chef Thessalien qui fut tué le premier des Grecs dans la guerre de Troie, ayant le premier sauté des nefs sur le rivage ennemi. Elle obtint des dieux la permission de le revoir pendant trois heures ; Hermès le lui ramena sur la terre, et quand les trois heures furent accomplies, elle ne voulut pas lui survivre et mourut avec lui ; touchante histoire dont la trace la plus ancienne est dans Y Iliade II, 700 suiv., qui a inspiré à Euripide une tragédie dont il reste quelques fragments et que les Alexandrins romains se sont plu à développer ou à rappeler dans leurs epyllia ou leurs élégies. Laevius avait fait une Protesilaudamia (1), A. Gelle N. A. XII, 10, 5 ; la 13e héroïde d'Ovide est une lettre de Laodamie ; mais c'est surtout Catulle qu'il faut lire 68, 74 (68a, 33) suiv. :
Conjugis ut quondam flagrans advenit amore Protesilaeam Laudamia domum...
— Cet accueil, fait par les morts dans les enfers à un nouvel arrivant, a plus d'une fois inspiré les poètes ; Bûcheler renvoie au Cidex 261, à Juvénal 2, 156 ; il eût pu citer en première ligne Ovide, Amor. III, 9, 61, qui nous montre Catulle et Calvus allant, avec Gallus, au-devant de Tibulle :
(i) Sur ce poème de Laevius, voy. De la Ville de Mirmont, Etudes sur Cane, poésie lai., p. 279-290.
Obvius huic venias, hedera juvenalia cinctus Tempora cum Calvo, docte Catulle, tuo ;
Ta quoque, si falsum est temerati crimen amici, Sanguinis atque animae prodige Galle tuae !
5. — meritis mentis Pithou, dans ses deux éditions ; mais lui-même, dans ses notes, recommande la leçon meritis.
Urbis alumna, graves casus hue usque secuta Conjugis infelicis, Atilia, cura Philippi, Hic sita sum manibus gratis sacrata mariti Pro cujus vita vitam pensare precanti Iudulsere dei. Ne cesses, Fama : meremur.
Quod credis templum,quod saepe viator adoras, Pomptillae cineres ossaqne parva tegit.
Sardoa tellure premor comitata maritum Proque viro fama est me voluisse mori.
Unu et viginti bis juucti vix/mus annos;
Una fides nobis gaudia multa dédit.
Et prior at Lethen cum sit Pompti//a recepta :
« Tempore tu » dixit « vive, Philippe, meo ». Nunc aeterna quies Ditisque silentia maesti
Hanc statuere ambis pro pietate domum.
Languentem tristis dnm flet Pomptilla maritum,
Vovit pro vita conjugis ipsa mori.
Pro/inus in placidam delabi visa quietem
Occidit. O celeres at mala vota dei Has audire preces, vitam servare marito 5
Ut pereat vita dulcior illa mea !
Templa viri pietas fecit pro munere magno Pomptillae. Meruit femina casta coli ;
Nam se devovit jam déficiente marito Rapta viro, merito vivat ut ille suo.
Hic Pomptilla jacet. Cineres pis. cura Phili/mi Conjugis bis aris includi/. Signa, duorum Quae i'acit ad famae vivens erit argumentum.
Junonis sedes infernae cernifc cuncti :
Numine mutato fulget Pomptilla per aevom.
C. I. L, X, 7563 suiv. ; Eph. epigr.. IV, p. 484 ; Burm. IV, 90 ; Mever 1227 ; Bùch. 1551.
Epitaphes de Pomptilla.
Trouvées à Cagliari, (autrefois Caralis, Carales ou Calaris) dans un grand sépulcre creusé dans le roc et orné comme un temple, voy. Muratori, t. III, p. 1638; Bonada, II, Cl. VI, p. 133 et 134.
E, F et G sont gravés autour de la porte.
B est suivi de deux pièces grecques, en distiques élégiaques, l'une de dix vers, l'autre de quatre ; elles sont reproduites par Kaibel Epigr. 547 et dans les Inscr. grecques de Sicile, 607.
Après D, se lisent [quatre, puis six vers grecs (dist. élég.) ; dans ceux-ci, était dit l'âge de Pomptilla. Il y avait encore dix vers, qui sont devenus tout à fait illisibles.
Après G, encore deux petites pièces grecques en vers élégiaques, l'une de dix vers, l'autre de deux.
Cette sépulture doit être de la première moitié du ne siècle ap. J.-C.
Hexamètres dactyliques et distiques élégiaques.
Au dehors :
memoriae Atiliae L(ucii) f(iliae) Poinptillae beuedictae m(aritus?) s(ua) p(ecunia).
Au-dedans :
d(is) M(anibus) Atiliae L(ncii) f(iliae) Pom[p]tilla [e] mamm[ae (1) o]ptimae, M. Cassio Phili[p]po tat[ae pa] rentib [us] sanctis L(ucius) Atilius Félix... ... im... et [L. Ati]lius Eutychus lib(ertus) [/] ec [er (unt) si]bi poste risq...
(i) Pour ces noms familiers, donnés, mamma à la mère, et tala au père, voy. W. Heraeus, Arch. fur lat. Lexic. XIII. pp. i5o et 1 54.
Nous ne savons de Philippe et de Pomptilla que ce que nous apprend cette série d'épi taphes. Philippe avait été exilé de Rome en Sardaigne ; Pomptilla l'y avait suivi (A, 1 ; B, 3) ; le voyant, au cours d'une maladie, en danger de mort (D, 1), elle demanda aux dieux de prendre sa vie en échange de celle de son époux (A, 4; B, 4; C, 4; D, 1-2 ;E, 3). Elle renouvelait ainsi le dévouementd'Alceste. Leur union avait duré quarante-deux ans (C, 1). Telle est l'histoire que ces belles épigrammes, tour à tour d'une concision lapidaire ou d'une grâce élégiaque, célèbrent avec dignité, l'histoire qu'elles prolongent en des variantes multipliées, comme si le poète ne pouvait se résoudre à cesser une si juste glorification.
A, 4. — vita vitam pensare, cf. 39, 13, Comment.
C, 1. — Unu = unum, voy. 1, 5, Comment.
3. — at (=«d) (1) Lethen cum sit] ad lectum cum si m Burmann.