II. Nobis = mihi
trino de nemine le mot nemen ne se trouve nulle part ailleurs (numine, Sabinus) ; trino doit faire allusion, non au nombre des Parques, mais au triple destin du père, de la mère et de la fille.
Il est difficile de décider si cette pièce est faite pour des plébéiennes par un plébéien, copiant et
amplifiant quelque ancien modèle, ou pour des femmes de haute condition, par un poète à qui manquait le sens de la mesure et la dextérité dans la construction de la période ; à côté de développements vains et mal placés, comme celui des v. 4 à 6, d'une antithèse d'un goût médiocre, v. 10, il y a d'heureuses rencontres d'expressions (par exemple, le vadimonia mortîs du dernier vers), de l'ampleur dans la versification, et, répandue sur toute la pièce, une tristesse grave et douce.
Artibus ingenuis cura perdocta suorum, Sortita egregium corporis omne decus,
Non dum bis septem plenis praerepta sub annis Hac Corale casta condita sede jacet.
Ludite felices, patitur dum vita, puellae ; 5
Saepe et formosas fata sinistra ferunt.
Gruter 908, 1 ; Murât. 1664, 13 ; Burm. IV, 128 ; Meyer 1255; Bùch. 1167.
Epitaphe de Corale.
Trouvée à Spolète. Distiques élégiaques. Date incertaine.
1. — suorum Muratori, Burmann] suarnm sur le marbre ; Bùcheler.
3. — Non porte sur bis septem plenis ; elle n'avait pas achevé sa quatorzième année.
praerepta cf. Valérius Flaccus VI, 571 : brevibns praereptus in annis (d'après le ms. de Carrion, suivi par Thilo ; ereptus Schenckl et Bâhrens).
4. — Hac Corale ] Hic Crocale Muratori. casta nominatif se rapportant à Corale, comme
le dit bien Bùcheler ; la finale est allongée par « licence poétique ». D'ailleurs, Diomède nous apprend que certains métriciens traitaient dans le pentamètre dactylique la dernière syllabe du premier hémistiche comme celle du second et faisaient ainsi de ce vers un asynartète. Plus tard Grégoire de Nazianze, dans son hymne au Christ, adopta cette idée ; on trouve aussi chez Ennodius quelques exemples d'une brève à cette place du pentamètre.
6. — formosas pour l'emploi de formosa seul, cf. Lygdamus 1,7:
Carminé formosae, pretio capiuntur avarae.
Properce II, 28, 49 :
Sunt apud infernos tôt milia formosarum.
Claudien, carm. min. 42 (91), éd. Jeep p. 176 : Hic formosa jacet Veneris sortita figurant.
Cette épigramme de Claudien, qui est justement
une épitaphe, développe l'idée contenue dans notre
vers. La voici tout entière :
Pulchris stare diu Parcarum lege negatur.
Magna repente ruunt, summa cadunt subito (1). Hic formosa jacet Veneris sortita figuram
Egregiumque decus invidiamque tulit.
ferunt = auferunt, comme souvent chez les poètes : cf. Horace, Odes, III, 16, 22 ; IV, 8, 5 ; — trahunt Muratori ; « quod forte praeferendum » Burmann, en note.
d) Ce premier distique procède évidemment de Lucain, I, 70 : In~
rida fatorum séries summisque negatum Stare diu.
Condidit hic miseri mater duo funera partus
Ossaque non justis intulit exequiis.
Tegula nam Romae Proculum prolapsa peremit,
Pressit Sipunti pressa Cladilla rogum.
Vota, parens, nocuere tibi qui numina saeva, 5
Ut plura eriperent, plura dedere bona.