‹ PoésieChapitre 110 sur 217 · LE NEUVIÈME SPHINX · texte numérisé non relu

LE NEUVIÈME SPHINX

Passants, quelqu'un veut:il voir Cléopâtre au lit? Venez; l'alcôve est morne, une brume l'emplit; Cléopâtre est couchée à jamais. Cette femme

Fut l’éblouissement de l'Asie et la flamme

Que tout le genre humain avait dans le regard;

Quand elle disparut, le monde fut hagard;

Ses dents étaient de perle et sa bouche était d'ambre; Les rois mouraient d'amour en entrant dans sa chambtt; Pour elle Ephractæus soumit l'Atlas, Sapor

Vint d'Osymandias saisir le cercle d’or, Mamylos conquit Suze et Tentyris détruite,

Et Palmyre, et pour elle Antoine prit la fuite; Entre elle et l'univers qui s’offraient à la fois

Il hésita, lâchant le monde dans son choix; Cléopâtre égalait les Junons éternelles;

Une chaîne sortait de ses vagues prunelles;

O tremblant cœur humain, si jamais tu vibras, C'est dans l’étreinte altière et douce de ses bras; Son nom seul enivrait, Strophus n'osait l'écrire; La terre s'éclairait de son divin sourire,

À force de lumière et d'amour effrayant;

Son corps semblait mêlé d'azur; en la voyant, Vénus, le soir, rentrait jalouse sous la nuc; Cléopâtre embaumait l'Égypte; toute nue,

Elle brûlait les yeux ainsi que le soleil;

Les roses enviaient l'ongle de son orteil;

O vivants, allez voir sa tombe souveraine; Fière, elle était déesse et daignait être reine;

L'amour prenait pour arc sa lèvre aux coins moqueurs;

Sa beauté rendait fous les fronts, les sens, les cœurs, Et plus que les lions rugissants était forte; Mais bouchez-vous le nez si vous passez la porte.

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