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LA CHANSON DES DOREURS DE PROUES

L'autre est d'Alep ou d'Ispahan; Toutes tremblent devant ta face; Et que veut-on que cela fasse Au mystérieux océan!

Vous avez chacun votre fête.

Sois le prince, il est la tempête; Lui l'éclair, toi l'yatagan,

Vous avez chacun votre glaive; Sous le sultan le peuple rêve, Le flot songe sous l'ouragan.

Nous travaillons pour l’un et l’autre.

Cette double tâche est la nôtre,

Et nous chantons! O sombre émir, Tes yeux d'acier, ton cœur de marbre, N'empêchent pas le soir dans l'arbre Les petits oiseaux de dormir.

Car la nature est éternelle

Et tranquille, et Dieu sous son aile Abrite les vivants pensifs;

Nous chantons dans l'ombre sereine Des chansons où se mêle à peine La vision des noirs récifs.

Nous laissons aux maîtres les palmes Et les lauriers; nous sommes calmes Tant qu'ils n'ont pas pris dans leur main Les étoiles diminuées,

Tant que la fuite des nuées

Ne dépend pas d’un souffle humain.

L'été luit, les fleurs sont écloses,

Les seins blancs ont des pointes roses, On chasse, on rit, les ouvriers Chantent, et les moines s’ennuient;

Les vagues biches qui s'enfuient Font tressaillir les lévriers.

Oh! s'il fallait que tu t’'emplisses, Sultan, de toutes les délices

Qui t'environnent, tu mourrais.

Vis et règne, — la vie est douce.

Le chevreuil couché sur la mousse Fait des songes dans les forêts;

Monter ne sert qu à redescendre;

Tout est flamme, puis tout est cendre; La tombe dit à l'homme : vois!

Le temps change, les oiseaux muent, Et les vastes eaux se remuent,

Et l'on entend passer des voix;

L'air est chaud, les femmes se baignent; Les fleurs entre elles se dédaignent; Tout est joyeux, tout est charmant; Des blancheurs dans l’eau se reflètent; Les roses des bois se complètent

Par les astres du firmament.

Ta galère que nous dorâmes A soixante paires de rames Qui de Lépante à Moganez ©

Domptent le vent et la marée, Et dont chacune est manœuvrée

ps A Par quatre forçats enchaïînés.

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