LA CHANSON DES DOREURS DE PROUES
Nous sommes les doreurs de proues.
Les vents, tournant comme des roues, Sur la verte rondeur des eaux
Mélent les lueurs et les ombres,
Et dans les plis des vagues sombres Traïînent les obliques vaisseaux.
La bourrasque décrit des courbes,
Les vents sont tortueux et fourbes, L'’archer noir souffle dans son cor,
Ces bruits s'ajoutent aux vertiges,
Et c'est nous qui dans ces prodiges Faisons rôder des spectres d’or.
Car c'est un spectre que la proue.
Le flot l’étreint, l'air la secoue; Fière, elle sort de nos bazars Pour servir aux éclairs de cible, Et pour être un regard terrible Parmi les sinistres hasards.
Roi, prends le frais sous les platanes; Sultan, sois jaloux des sultanes,
Et tiens sous des voiles caché L'essaim des femmes inconnues Qu'hier on vendait toutes nues
À la criée en plein marché.
Qu importe au vent! qu'importe à l'onde!
Une femme est noire, une est blonde,