SCÈNE V
LA MENDIANTE, WELPF.
WELF, tournant une lanterne sourde vers le précipice. Quelqu'un est là?
LA MENDIANTE, De la lumière!
WELEF, regardant.
On dirait un enfant. Qu'es-tu, fille ou garçon?
LA MENDIANTE
Monseigneur, je voudrais entrer dans la maison. WELF.
D'où viens-tu?
LA MENDIANTE
Je n'ai pas de pays sur la terre.
WELEF.
Où vas-tu?
LA MENDIANTE
Je ne sais.
WELF.
Où sont tes père et mère?
LA MENDIANTE
Je n'en ai pas. Je sais que les autres en ont.
Voilà tout.
WELF.
En venant du côté de ce mont, N'as-tu pas rencontré des gens armés?
LA MENDIANTE
Personne.
WELE.
Comme ils ont pris la fuite! Aïnsi le daim frissonne Devant l'ours.
LA MENDIANTE
Je suis fille, et j'ai dix ans, je vais Devant moi, je mendie, et le temps est mauvais, Je voudrais me chauffer devant la cheminée, Et je n'ai pas mangé de toute la journée.
WELF.
Entre, enfant. Viens souper, et viens, sous l'œil de Dieu, Dormir sur un bon lit à côté d’un bon feu.
La montagne est l’aïeule et je suis le grand-père. Le burg sera ton nid comme il est mon repaire. Le brasier, qui devait chasser les bataillons,
Va faire mieux encore et sécher tes haillons; :
Au lieu de voir, devant sa flamme, tout l'empire Reculer effrayé, je te verrai sourire.
Dieu soit béni! je n'ai pas fait mon feu pour rien. Cela commençait mal et cela finit bien.
Ah! tu t'en allais donc sans savoir où, perdue, Ne voyant que du noir dans toute l'étendue!
Il ne sera pas dit, ma fille, qu'à ton cri,
Le vieux roc foudroyé ne s’est pas attendri.
WELF, CASTELLAN D'OSBOR. 433
Dans la grande montagne entre, pauvre petite; Et sois chez toi. Je vais baisser le pont.
Il disparaît. La lumière descend de meurtrière en meurtrière. Le pont commence à s’abaisser. On voit la lumière entre les barreaux de la herse. La herse se lève, le pont se baisse et rejoint le bord du précipice. Welf, la lanterne à la main, traverse le pont et vient à l’enfant.
Viens.
L'enfant prend la main de Welf. Mouvement dans les piques. Clameurs dans le ravin. Des soldats sortent d’une embuscade et se précipitent sur Welf. Cyadmis est à leur tête.