III. LA PATERNITÉ
(Autre titre : LE SOUFFLET DU PÈRE.)
Par-defus
Page 495. Don Ascagne est le fils. Nager dans les torrents, Les ravins, et les tours conquises et tombées, Dompter l'ours, être un comte äâpre et dur comme un rustre, Les montagnes l'ont vu faire des enjambées ; Ce furent là les mœurs de son enfance illustre;
- d’où Pélage sortit Il étonnait les monts où l'éclair retentit.….
d’'Algarve Tout le pays qui va d’Irun à Lojariz...
un géant entrer dans Il verrait Annibal attaquer sa montagne...
Page 406. Les vents dont un courroux difforme emplit la bouche s'attaquant ainsi que des vautours, Souflent là sans relâche, et le nuage noir
Y soufflent et s'y font une âpre guerre entre eux,
Et la tempête vient secouer sur ces tours Secone éperdument sur le bautain manoir
Et sur ses tours la pluie en longs fils ténébreux L'averse, les éclairs, l'ombre, à travers son crible; Tombe comme À travers les mille trous d’un crible...
Après ces vers venaient les quatre vers que nous allons reproduire et qui LA . . CT Ont CEE supprimés dans la version définitive :
Quand un miramolin quelconque, un sarrasin Est là, sultan féroce avec tout son essaim,
Et dispute aux chrétiens la victoire ébauchée, Jayme survient, et Jayme achève la bouchée.
12 baïit la violence, et tient pour bätardise
Ce n’est pas un voleur, il ne veut pas qu'on dise
L'äpreté des barons pillant la marchandise;
Qu'un noble a droit de prendre aux juifs leur marchandise; mange du pain noir,
jure rarement, donne de bons avis...
POÉSIE, — y. 39
IMPAIMERIE NATIONALE.
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joug frein Il est sans peur, il est sans feinte, il est sans tache...
Chaque fois que ses feux de monts en monts ont lui Cette gloire hautaine et scrupuleuse a lui...
Chaque fois qu'il 4 fait des signaux sur Appels mystérieux flamboyant sur les cimes,
Les vautours discordants Le vastour à l'œil rouge
Les tragiques vautours.
Il a fait dans son temps des choses inconnues, Il fut hardi.
Et superbes …
Jadis la guerre, ayant pour loi l'honneur grondeur N'était rude et n'était fauve qu'avec Et la foi sainte, était terrible avec pudeur.
Et l'on a volé tout, On s'eff gorgé de meurtre et l'on a mis le feu
Les noirs eHondrements mélés aux tourbillons
AWX toits pleins de vivants, au cloître, A tout, au cloître, au chanme, aux toits, aux morts, à Dieu.
Ont dévoré la ville, on a crie : Pillons!
On a pillé, tué, broyé,
L'incendie
Et ce meurtre a duré trois jours; puis don Ascagne, ivres dans sa
A TaAnICne Ses gens de ÉLUS en Sa
Vainqueur, a ramené ses gens dans la montagne.. Enfin, en admettant qu’on doive quelque chose
effrayant, A l’homme qui nous mit dans ce monde mauvais, que l'heure emporte en 5 ’enfuyant, A ce vieillard avec les heures s'enfuyant,
Il m'a délié, soit, c'est fini, je m'en vais.
Voir ce qu'on nomme un père eff un trouble Je me sens fauve, et voir son père est 1mportun.
Et l'on eût dit que rien de ce que l’homme écoute,
Murmure, ébauche, entend, appelle 07 conftrait,
Chante, invoque ou poursuit, n'osait sous cette voûte. .
Le père pour Je fs contie nt tous les aïeux; Ah! j'ai vécu; je suis un homme glorieux...
.et j'ai pris et secoué les princes Noirs, nombreux, qui tenaient captives les Nomhtenx-etnbirs sous qui râlaient trente provinces; Pedro, Sergius, Bermudo,
Gil, Vermond, Araül, Barruza, Gaïfler.…
+ VARIANTES ET VERS INÉDITS. GIt
Ce fier vieillard tremblant sentit, plus doucement Le farouche sépulcre est vivant par moment, ge n'eit fait une mère an nouveau-né qui joue,
t le profond sanglot de l'homme le secoue, — La grande main d'airain lui carefer la joue. .
Le vieux héros sentit un frisson sur sa joue.
T Le vieillard à genoux
NOTES DE L'ÉDITEUR
La Légende des Siècles est la première œuvre datée de Guernesey. Pour mieux comprendre comment l’idée de ce chefd'œuvre est née, par quelles phases successives elle a passé avant de recevoir sa consécration définitive, il faut remonter à quelques années en arrière, jeter un coup d’œil rapide sur les événements et se placer dans le cadre et le milieu où le poète a vécu.
Le 27 octobre 1855, Victor Hugo était expulsé de Jersey. Un délai de cinq jours lui était accordé, mais il n’attendit pas jusqu’au 2 novembre; il quitta, le 31 octobre, l’île qu’il avait habitée pendant trois ans et trois mois.
Le récit de son voyage tient en quelques lignes dans ses carnets :
Parti de Jersey à 7 h. 1/4 du matin. Arrivé à Guernesey à 10 h. Mer grosse. Pluie. Rafales. Jersey rocher, puis nuage, puis ombre, puis rien. Abordage difficile. Vagues énormes. Petites barques surchargées d'hommes et de bagages. Foule sur le quai. Les proscrits Bachelet, Dessaigne, Thomas, Fruchard, etc.
Toutes les têtes se sont découvertes quand j'ai traversé la foule. La réception n’est pas de mauvais augure. Victor est avec moi.
Il avait emporté ses nombreux manuscrits : les Contemplations, qu’il achevait; Dieu, écrit tout entier dans cette même année et terminé le 12 avril 1856; des fragments assez considérables de 4 Fin de Satan, datés de 1854; quelques chapitres des Misérables ; quarante-cinq pièces publiées plus tard dans /es Quatre vents de l'Efprit, cinq pièces des Awnées funefkes,
enfin cent seize pièces sans destination
spéciale; vingt-trois sont entrées dans le cadre des Petites Épopées, notamment Première rencontre du Chriff avec le tombeau, Au lion d’'Androclès, la V/ision de Dante, les Pauvres gens, Inferi; le reste de cette moisson a formé plus de la moitié de Toute la lyre.
Le départ avait été si rapide que Victor Hugo n'avait pu s'assurer un logis; il se réfugia provisoirement à l'hôtel de l’Europe, au prix de «cinq francs par jour et par personne». Il y resta dix jours, du 31 octobre au 10 novembre; c’est là qu'il écrivit, le 2 novembre, la dédicace des Contemplations : A celle qui eff reffée en France.
Mais il n’était pas facile de travailler ainsi en camp volant. L'essentiel était de s'installer au plus vite. Il loua Hauteville-House, qu’il acheta plus tard; la maison était vide, on s’organisa comme on put, avec des meubles d'occasion; nous avons retrouvé dans les carnets le contrat de location mentionnant « les fauteuils, tentures et rideaux défraïchis ». Il fallait pour l'instant s’en contenter : sept mois de séjour à Bruxelles, la brusque expulsion de Jersey ne donnaient pas, pour Pavenir, de grands gages de stabilité.
Pourtant Victor Hugo, poussé par son besoin d’activité, son goût d'artiste, commença bientôt à refaire son nid, il n'avait plus de meubles à lui, il en fabriquerait! il entreprit, comme il le disait lui-même, «la chasse aux coffres»
coffres anciens de tous styles, de toutes époques, Louis XIII, renaissance, gothique, À arabesques, à fleurs, panneaux
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sculptés, bas-reliefs, tout lui était bon à désarticuler, à disloquer, et, de cet amas de matériaux informes, sortait quelque meuble étrange, où tous les styles étaient confondus, et sur lequel la main du maître sculptait ou peignait, entre deux strophes, quelque dragon ou quelque animal apocalyptique.
Les Contemplations parurent le 24 avril 1856, près de six mois après l’arrivée À Guernesey. Leur succès avait dépassé toutes les espérances, deux nouveaux volumes étaient annoncés au dos de la couverture : Dieu et la Fin de Satan, et Hetzel, émerveillé, avait hâte de frapper un nouveau coup et de profiter de la vogue des Contemplations.
« Est-ce bien difficile de venir de Paris à Guernesey ? écrivait-il à Charles Hugo.
— Rien de plus aisé, répondait Victor Hugo, Vacquerie peut vous expliquer l'itinéraire, et Hauteville-house, encore masure, vous recevrait à bras ouverts.
Car cette masure a des bras — et même un cœur qui vous aime. »
Hetzel fit donc, dans le courant de l'été de 1856, le voyage de Guernesey.
On parla tout naturellement des Contemplations , puis des deux volumes annoncés ; tout le poème Dies était terminé, Z4 Fin de Satan serait achevée à bref délai. Dans la conversation, Victor Hugo fit part à Hetzel d’un projet, vague encore, quelques petits drames tirés de l’histoire et
de la légende. .. ctil jeta le titre, qui tout aussitôt séduisit Hetzel : es Petites Epopé ty
Ce titre, inscrit pour la première fois au dos de la couverture de /4 Vision de Dante, terminée le 24 février 1853, ne se retrouve que trois ans plus tard, le ro juin 1856, sur le manuscrit de : Changement d'horizon. Encore une fois, tout cela n’était encore que l’idée dans l’œuf, une idée qui devait müûrir plus tard et à loisir.
Force était donc de patienter. Hetzel quitta Guernesey convaincu que Dieu et la Fin de Satan précéderaient les Petites
Épopées. Revenu à Bruxelles, il réfléchit, sonda le terrain. Si magnifiques que fussent les sujets des deux poèmes annoncés, si puissante qu'en fût l'inspiration, peut-être y avait-il quelque inconvénient à faire paraître, après le triomphe des Contemplations, deux volumes de pot sie pure ? il redoutait « quelque réaction de l'envie ». 11 écrivait à Victor Hugo, le 17 mars 1857 :
Vos volumes de Dieu et Satan trouveront embusqués tous les ennemis que es Contenblations avaïent mis en déroute.
En me souvenant de ce que vous m'avez dit à Guernesey, j'imagine que vous avez en portefeuille de quoi consterner tous ceux qui vous attendent avec des articles tout faits à vos ouvrages annoncés Dieu et Satan, je veux parler des Petites Epopées. Si vous êtes prêt pour ces deux volumes ou pour l'un des deux auquel Revenant est une merveilleuse réclame, je suis sûr d’un second triomphe.
Et Hetzel faisait les offres suivantes :
6,000 exemplaires des deux volumes Petites Épopées, in-8°, et un minimum de 15,000 francs; le prix de l'édition belge s’ajoutait aux 15,000 francs. Au cas où Victor Hugo ne serait pas prêt pour ls Petites Épopées, Hetzel lui demandait les Misérables.
Le poète n’était pas homme à se laisser intimider par une menace d'articles hostiles, mais il se sentait saisi, hanté par son nouveau poème qui, depuis près d’un an, s'était précisé, imposé à son esprit. Quand il reçut cette lettre d'Hetzel, le 17 mars 1857, il avait déjà vingt huit pièces toutes prêtes. Citons-en quelques-unes. La première, qui figurer dans le second volume de cette édition, remontait à 1840. C'était /a Chanson dés aventuriers de la mer, datée du 39 octobre, pendant son voyage du Rhin. Il avait, de la même époque, deux Petites Epopées : le Mariage de Roland et Aymerilt, poèmes type: de la nouvelle œuvre; huit pièces de 1846 à 1854, et enfin en 1854 même, de la même source d’où était
déjà sortie la seconde partie des Contemlations, Dieu et la Fin de Satan, avaient jailli les vers : Au lion d’Androclès, Inferi, les Paysans au bord de la mer, Océan, Tout le palé et tout l'avenir. Des liens de: parenté existent manifestement entre ces pièces et celles des Contemplations intitulées : Horror, Dolor, Paroles dans la nuit, les Mages, Ce que dit la bouche d'ombre; toutes ces poésies, écrites à la même époque, formaient comme les anneaux d’une chaîne immense et sans fin; l’inspiration, se transformant, s’élargissant, se haussait jusqu’au poème épique en 1856, dans /e Romancero du Cid. Cette pièce doit avoir ici sa place à part, parce qu’elle marque pour ainsi dire la naissance des Petites Épopées ; nous avons rccherché ses origines, et dans les innombrables feuilles détachées des manuscrits de Victor Hugo, nous avons retrouvé deux vers du Romancero du Cid écrits dans les circonstances suivantes :
En 1825, lors de son voyage à Reims, Victor Hugo avait un livre de route; il en détachait parfois une feuille blanche pour noter un vers, une pensée, ou même pour écrire une lettre : «Je détache une feuille de mon livre de route», écrivait-il à M" Victor Hugo en 1825.
Or, sur un de ces feuillets se trouvent deux strophes des Deux archers, publiés dans Odes et Ballades en 1826, des vers sur Balma qui n’ont vu le jour qu’en 1893 dans Toute la lyre, des pensées de Littérature et Philosophie mélées. W voyageait alors avec Charles Nodier qui, arrivé à Reims, découvrit une ancienne édition du Romancero; Victor Hugo le lut pour la première fois, et, sur un coin de la feuille détachée du livre de route, il nota en 1825, c’est-à-dire trente et un ans avant de commencer /e Romancero du Cid, ces deux vers qu'il reprit en 1856 et qu'il publia dans la nouvelle série en 1877 :
Chimène eut s1 gorgerette Pleine de fleurs et d’épis.
Victor Hugo, avec ces vingt-huit pièces, qui sont en quelque sorte les jalons de son œuvre, voit nettement ce que sera le livre et il écrit, le 26 avril 1857, vingt-quatre vers :
Et qu'est-ce maintenant que ce livre, traduit Du passé, du tombeau, du gouffre et de la nuit ?
Il terminait par ce vers :
C'est l'épopée humaine, âpre, immense , — écroulée.
Dans un coin de la page, il inscrivait les lettres P E (Petites Épopées) et le mot Préface, qu’il biffa plus tard.
Ces vingt-quatre vers forment le dernier feuillet de Z4 Vision d'où eff sorti ce livre. Ce n’était alors qu’un simple fragment et comme la conclusion de la pièce qu'il devait écrire deux ans plus tard.
De 1857 aussi cette