‹ PoésieChapitre 48 sur 217 · LE ROI INGRAT · texte numérisé non relu

LE ROI INGRAT

Je vous préviens qu'on me fâche, Moi qui n'ai rien que ma foi, Lorsqu'étant homme, on est lâche, Et qu'on est traître, étant roi.

Je sens vos ruses sans nombre; Oui, je sens tes trahisons.

Moi pour le bien, toi pour l'ombre, Dans la nuit nous nous croisons.

Je te sers, et je men vante; Tu me hais et tu me crains; Et mon cheval t'épouvante Quand il jette au vent ses crins.

Tu te fais, tristes refuges, Adorer soir et matin

En castillan par tes juges, Par tes prêtres en latin.

Roi, si deux et deux font quatre, Un fourbe est un mécréant.

Quant à moi, je veux rabattre Plus d’un propos malséant.

Quand don Sanche est dans sa ville, Il me parle avec hauteur;

Je suis un bien vieux pupille

Pour un si jeune tuteur.

Je ne veux pas qu'on me manque.

Quand tu me fais défier

Par ton clerc à Salamanque,

A Jaen par ton greffier;

Quand, derrière tes murailles Où tu chasses aux moïineaux, Roi, je t'entends qui me railles, Moi, l’arracheur de créneaux,

Je pourrais y mettre un terme; Je t'enverrais, roi des goths, D'une chiquenaude à Lerme Ou d’un soufflet à Burgos.

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