‹ PoésieChapitre 49 sur 217 · LE ROI DÉFIANT · texte numérisé non relu

LE ROI DÉFIANT

Quand je suis dans ma tanière, Mordant ma barbe et rêvant,

Regardant dans ma bannière Les déchirures du vent,

Ton effroi sur moi se penche.

Tremblant, par tes alouazils Tu te fais garder, roi Sanche, Contre mes sombres exils.

Moi, je m'en ris. Peu m'importe,

O roi, quand un vil gardien

Couche en travers de ta porte,

Qu'il soit homme ou qu'il soit chien!

Tu dis à ton économe, À tes pages blancs ou verts :

(À quoi pense ce bonhomme

Qui regarde de travers?

. * À ,. s À quoi donc est-ce qu'il songe:

Va-t-il rompre son lien?

J'ai peur. Quel est l'os qu'il ronge?

Est-ce son nom ou le mien?

Qu'est-ce donc qu'il prémédite?

S'il n’est traître, il en a l'air.

Dans sa montagne maudite

Ce baron-là n'est pas clair.

À quoi pense ce convive

Des loups et des bûcherons?

J'ai peur. Est-ce qu'il ravive La fraîcheur des vieux affronts?

Le laisser libre est peu sage; Ce Cid est mal muselé.»

Roi, c'est moi qui suis ma cage Et c'est moi qui suis ma clé.

C'est moi qui ferme mon antre; Mes rocs sont mes seuls trésors; Et c'est moi qui me dis : rentre!

Et c'est moi qui me dis : sors!

Soit que je vienne ou que j'aille, Je tire seul mon verrou.

Ah! tu trouves que je bâille Trop librement dans mon trou!

Tu voudrais dans ma vieillesse, Comme un dogue dans ta cour, M'avoir, moi le Cid, en laisse Et me tenir dans ma tour,

Et me tenir dans mes lierres, Gardé comme les brigands... - Va mettre des muselières

Aux gueules des ouragans!

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