LE ROI VOLEUR
Roi, fallait-il que tu vinsses Pour nous écraser d'impôts?
Nous vivons dans nos provinces, Pauvres sous nos vieux drapeaux.
Nous bravons tes cavalcades.
Sommes-nous donc des vilains Pour engraisser des alcades
Et nourrir des chapelains?
Quant à payer, roi bravache, Jamais! et j'en fais serment.
Ma ville est-elle une vache Pour la traire effrontément?
Je vais continuer, sire,
Et te parler du passé, Puisqu'il est bon de tout dire Et puisque j'ai commencé.
Roi, tu m'as pris mes villages, Roi, tu m'as pris mes vassaux; Tu m'as pris mes grands feuillages Où j'écoutais les oiseaux;
Roi, tu m'as pris mon domaine, Mon champ, de saules bordé; Tu m'allais prendre Chimène, Roi, mais je t'ai regardé.
Si les rois étaient pendables, Je t'aurais offert déjà
Dans mes ongles formidables
Au gibet d'Albavicja!
D'ombre en vain tu t'environnes; Ma colère un jour pensa
Prendre l'or de tes couronnes Pour ferrer Babiccça.
Je suis plein de rêves sombres, Ayant, vieux suspect vainqueur, Toute ma gloire en décombres Dans le plus noir de mon cœur.