‹ PoésieChapitre 50 sur 217 · LE ROI ABJECT · texte numérisé non relu

LE ROI ABJECT

Roi que gêne la cuirasse, Roi qui m'as si mal payé, Tu fais douter de ta race; Et, dans sa tombe ennuyé,

Ton vieux père, me lovale pére; ae; Dit : «Quelque bohémien \ À, dans la crèche royale, Mis son fils au lieu du mien!»

Roi, ma meilleure cuisine C’est du pain noir, le sais-tu,

Avec quelque âpre racine, Le soir, quand on s'est battu.

M'as-tu nourri sous ta tente, Et suis-je ton écolier?

M'as-tu donné ma patente De comte et de chevalier?

Roi, je vis dans la bataille.

Si tu VEUX, COMparons-nous.

Pour ne point passer ta taille, Je vais me mettre à genoux.

Pendant que tu fais tes pâques Et que tu dis ton credo,

Je prends les tours de Saint-Jacques

Et les monts d'Oviedo.

Je ne m'en fais pas accroire.

Toi-même tu reconnais Quoi j'ai la peau toute noire D'avoir porté le harnais.

Seigneur, tu fis une faute Quand tu me congédias;

C'est mal de chasser un hôte,

Fou de chasser Ruvy Diaz.

. , . . \ Roï, c'est moi qui te protège.

On craint le son de mon cor.

On croit voir dans ton cortège Un peu de mon ombre encor.

Partout, dans les abbayes,

Dans les forts baissant leurs ponts, Tes volontés obéices

Font du mal, dont je réponds.

Roi, tu mets sur l'évangile Une main pleine de nuit.

Avec toi tout est précaire, Surtout quand tu t'es signé Devant quelque reliquaire Où le saint tremble indigné.

A tes traités, verbiage, Je préférerais souvent Les promesses du nuage Et la parole du vent.

La parole qu'un roi fausse Derrière les gens trahis,

N'est plus que la sombre fosse De la pudeur d'un pays.

Moi, je tiens pour périls graves, Et je dois le déclarer,

Ce qu'en arrière des braves

Les traîtres peuvent jurer.

Roi, vous l’avouerez, j'espère, Mieux vaut avoir au talon

Le venin d'une vipère

Que le serment d’un félon.

Je suis dans ma seigneurie, Parlant haut, quoique vassal.

Après cela, je vous prie

De ne pas le prendre mal.

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