IT .MAHOMET
Le divin Mahomet enfourchait tour à tour Son mulet Daïdol et son âne Yafour; Car le sage lui-même a, selon l'occurrence,
* Son jour d’entêtement et son jour d'ignorance.
11 février 1840.
Omer, cheik de l'Islam et de la loi nouvelle
Que Mahomet ajoute à ce qu'Issa révèle,
Marchant, puis s’arrêtant, et sur son long bâton,
Par moments, comme un pâtre, appuyant son menton, Errait près de Djeddah la sainte, sur la grève
De la mer Rouge, où Dieu luit comme au fond d’un rêve, Dans le désert jadis noir de l'ombre des cieux
Où Moïse voilé passait mystérieux.
Tout en marchant ainsi, plein d'une grave idée, Par-dessus le désert, fe et la J Lee
À Pathmos, au penchant d'un mont, chauve sommet, Il vit Jean qui, couché sur le sable, dormait.
Car saint Jean n'est pas mort, l’effrayant solitaire; Dieu le tient en réserve; il reste sur la terre
Ainsi quE "Énoch le ré et, comme il est écrit, Ainsi qu "Élie, afin de vaincre l’Antechrist.
Jean dormait; ces regards étaient fermés qui virent
Les océans du songe où les astres chavirent;
L'obscur sommeil couvrait cet œil illuminé,
Le seul chez les vivants auquel il fut donné
De regarder, par l'âpre ouverture du gouffre,
Les anges noirs vêtus de cuirasses de soufre,
Et de voir les Babels pencher, et les Sions . Tomber, et s’écrouler les blêmes visions,
Et les religions rire prostituées,
Et des noms de blasphème errer dans les nuées.
Jean dormait, et sa tête était nue au soleil.
Omer, le puissant prêtre, aux prophètes pareil,
Aperçut, tout auprès de la mer Rouge, à l'ombre D'un santon, un vieux cèdre au grand feuillage sombre Croissant dans un rocher qui bordait le chemin;
Cheik Omer étendit à l’horizon sa main
Vers le nord habité par les aigles rapaces,
Et, montrant au vieux cèdre, au delà des espaces,
La mer Egée, et Jean endormi dans Pathmos,
Il poussa du doigt l’arbre et prononça ces mots :
«Va, cèdre! va couvrir de ton ombre cet homme. »
Le blanc spectre de sel qui regarde Sodome N'est pas plus immobile au bord du lac amer Que ne le fut le cèdre à qui parlait Omer;
Plus rétif que l'onagre à la voix de son maître, L'arbre n'agita pas une branche.
Le prêtre Dit : «Va donc!» et frappa l'arbre de son bâton.
Le cèdre, enraciné sous le mur du santon, N'eut pas même un frisson et demeura paisible.
Le cheik alors tourna ses yeux vers l'invisible, Fit trois pas, puis, ouvrant sa droite et la levant : «Va! cria-t-il, va, cèdre, au nom du Dieu vivant!»
«Que n’as-tu prononcé ce nom plus tôt?» dit l'arbre. Et, frissonnant, brisant le dur rocher de marbre, Dressant ses bras ainsi qu'un vaisseau ses agrès, Fendant la vieille terre aïeule des forêts,
Le grand cèdre, arrachant aux profondes crevasses Son tronc et sa racine et ses ongles VIVaCes,
S'envola comme un sombre et formidable oiseau.
Il passa le mont Gour posé comme un boisseau
Sur la rouge lueur des forgerons d’Erèbe;
Laissa derrière lui Gophna, Jéricho, Thèbe,
L'Éeypte aux dieux sans nombre, informe panthéon, Le Nil, fleuve d’ Éden, qu Adam nommait Gehon, Le das de Galgala plein de couteaux de pierre, Ur, d'où vint Abraham, Bethsad, où naquit Pierre, Et, quittant le désert d'où sortent les fléaux, Traversa Chanaan d’'Arphac à Borcéos;
Là, retrouvant la mer, vaste, obscure, sublime,
Il plongea dans la nue énorme de l’abîme,
Et, franchissant les flots, sombre gouffre ennemi, Vint s'abattre à Pathmos près de Jean endormi.
Jean, s'étant réveillé, vit l'arbre, et le prophète Songea, surpris d’avoir de l'ombre sur sa tête;
Puis il dit, redoutable en sa sérénité :
«Aïbre, que fais-tu là? pourquoi t'es-tu hâté
De sourdre, de germer, de grandir dans une heure? Pourquoi donner de l'ombre au roc où je demeure? L'ordre éternel n’a point de ces rapidités ;
Jéhovah, dont les yeux s'ouvrent de tous côtés, Veut que l'œuvre soit lente, et que l'arbre se fonde Sur un pied fort, scellé dans l'argile profonde; Pendant qu'un arbre naït, bien des hommes mourron:; La pluie est sa servante, et, par le bois du tronc, La racine aux rameaux frissonnants distribue
L'eau qui se change en sève aussitôt qu'elle est bue. Dieu le nourrit de terre, et, l'en rassasiant,
Veut que l'arbre soit dur, solide et patient,
Pour qu'il brave, à travers sa rude carapace,
Les coups de fouet du vent tumultueux qui passe, Pour qu'il porte le temps comme l’âne son bât,
Et qu'on puisse compter, quand la hache l’abat,
Les ans de sa durée aux anneaux de sa sève.
Un cèdre n’est pas fait pour croître comme un rêve; Ce que l'heure à construit, l'instant peut le briser. » Le cèdre répondit : «Jean, pourquoi m’accuser? Jean, si je suis ici, c'est par l’ordre d’un homme.» Et Jean, fauve songeur, qu’en frémissant on nomme,
Reprit : «Quel est cet homme à qui tout L'arbre dit : «C'est Omer, prêtre de Maho J'étais près de Djeddah depuis des ans sans n omb Il m'a dit de venir te couvrir de mon ol tb %
: 1 Gin Alors Jean, oublié par Dieu chez les vivants, FA 1 Se tourna vers le sud et cria dans les js “ den Par-dessus le rivage austère de son île : l'aile | «Nouveaux venus, laissez la nature squlle, 10m