‹ PoésieChapitre 76 sur 217 · PES CHEVALIERS ERRANTS · texte numérisé non relu

PES CHEVALIERS ERRANTS

La terre a vu jadis errer des paladins;

Ils famboyaient ainsi que des éclairs soudains, Puis s'évanouissaient, laissant sur les visages

La crainte, et la lueur de leurs brusques passages; Ils étaient, dans des temps d’oppression, de deuil, De honte, où l’infamie étalait son orgueil,

Les spectres de l'honneur, du droit, de la justice; Ils foudroyaient le crime, ils souffletaient le vice; On voyait le vol fuir, l'imposture hésiter,

Blêmir la trahison, et se déconcerter

Toute puissance injuste, inhumaine, usurpée, Devant ces magistrats sinistres de l’épée.

Malheur à qui faisait le mal! Un de ces bras Sortait de l'ombre avec ce cri : Tu périras!

Contre le genre humain et devant la nature,

De l'équité suprême ils tentaient l'aventure;

Prêts à toute besogne, à toute heure, en tout lieu, Farouches, ils étaient les chevaliers de Dieu.

Ils erraient dans la nuit ainsi que des lumières.

Leur seigneurie était tutrice des chaumières; Ils étaient justes, bons, lugubres, ténébreux;

Quoique gardé par eux, quoique vengé par eux,

Le peuple en leur présence avait l'inquiétude

De la foule devant la pâle solitude;

Car on a peur de ceux qui marchent en songeant, Pendant que l’aquilon, du haut des cieux plongeant, Rugit, et que la pluie épand à flots son urne

Sur leur tête entrevue au fond du bois nocturne.

Ils passaient effrayants, muets, masqués de fer.

Quelques-uns ressemblaient à des larves d'enfer;

Leurs cimiers se dressaient difformes sur leurs heaumes; On ne savait jamais d’où sortaient ces fantômes;

On disait : (Qui sont-ils? d'où viennent-ils? Ils sont Ceux qui punissent, ceux qui jugent, ceux qui vont.» Tragiques, ils avaient l'attitude du rêve.

O les noirs chevaucheurs! Ô les marcheurs sans trêve! Partout où reluisait l’acier de leur corset,

Partout où l’un d'eux, calme et grave, apparaissait Posant sa lance au coin ténébreux de la salle, Partout où surgissait leur ombre colessale,

On sentait la terreur des pays inconnus;

Celui-ci vient du Rhin; celui-là du Cydnus; Derrière eux cheminait la Mort, squelette chauve; Il semblait qu'aux naseaux de leur cavale fauve On entendiît la mer ou la forêt gronder;

Et c'est aux quatre vents qu'il fallait demander

Si ce passant était roi d'Albe ou de Bretagne,

S'il sortait de la plaine ou bien de la montagne, S'il avait triomphé du maure, ou du chenil

Des peuples monstrueux qui hurlent près du Nil; Quelle ville son bras avait prise ou sauvée;

De quel monstre il avait écrasé la couvée.

Les noms de quelques-uns jusqu'à nous sont venus; Ils s’appelaient Bernard, Lahire, Eviradnus;

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