PUISSANCE ÉGALE BONTÉ
Au commencement, Dieu vit un jour dans l’espace Iblis venir à lui; Dieu dit : «Veux-tu ta grâce?
— Non, dit le Mal. — Alors que me demandes-tu ? = Dieu répondit Iblis de ténèbres vêtu,
Joutons à à qui créera la chose la plus belle.»
L'Être dit : «J'y consens. — Voici, dit le Rebelle : Moi, je prendrai ton œuvre et la transformerai.
Toi, tu féconderas ce que je t'offirai;
Et chacun de nous deux soufflera son génie
Sur la chose par l’autre apportée et fournie.
— Soit. Que te faut-il? Prends, dit l'Être avec dédain. -— La tête du cheval et les cornes du daim.
— Prends.» Le monstre hésitant que la brume enveloppe Reprit : «J'aimerais mieux celle de l’antilope.
— Va, prends.» Iblis entra dans son antre et forgea. Puis il ee le front. «Est-ce fini déjà?
— Non. — Te faut-il encor quelque chose? dit l'Être. — Les yeux de l'éléphant, le cou du taureau, maître. Prends. — Je demande en outre, ajouta le Rampant,
Le ventre du cancer, les anneaux du serpent,
Les cuisses du chameau, les pattes de l’autruche.
— Prends.» Ainsi qu'on entend l'abeille dans la ruche, On entendait aller et venir dans l'enfer
Le démon remuant des enclumes de fer.
Nul regard ne pouvait voir à travers la nue
Ce qu'i faisait au fond de la cave inconnue.
Tout à coup, se tournant vers l'Être, Iblis hurla : «Donne-moi la couleur de l'or.» IDas dit : «Prends-la.» Et, grondant et râlant comme un bœuf qu'on égorge, Le démon se remit à battre dans sa forge;
Il frappait du ciseau, du pilon, du maillet,
Et toute la caverne horrible tressaillait;