‹ PoésieChapitre 9 sur 217 · PUISSANCE ÉGALE BONTÉ · texte numérisé non relu

PUISSANCE ÉGALE BONTÉ

Au commencement, Dieu vit un jour dans l’espace Iblis venir à lui; Dieu dit : «Veux-tu ta grâce?

— Non, dit le Mal. — Alors que me demandes-tu ? = Dieu répondit Iblis de ténèbres vêtu,

Joutons à à qui créera la chose la plus belle.»

L'Être dit : «J'y consens. — Voici, dit le Rebelle : Moi, je prendrai ton œuvre et la transformerai.

Toi, tu féconderas ce que je t'offirai;

Et chacun de nous deux soufflera son génie

Sur la chose par l’autre apportée et fournie.

— Soit. Que te faut-il? Prends, dit l'Être avec dédain. -— La tête du cheval et les cornes du daim.

— Prends.» Le monstre hésitant que la brume enveloppe Reprit : «J'aimerais mieux celle de l’antilope.

— Va, prends.» Iblis entra dans son antre et forgea. Puis il ee le front. «Est-ce fini déjà?

— Non. — Te faut-il encor quelque chose? dit l'Être. — Les yeux de l'éléphant, le cou du taureau, maître. Prends. — Je demande en outre, ajouta le Rampant,

Le ventre du cancer, les anneaux du serpent,

Les cuisses du chameau, les pattes de l’autruche.

— Prends.» Ainsi qu'on entend l'abeille dans la ruche, On entendait aller et venir dans l'enfer

Le démon remuant des enclumes de fer.

Nul regard ne pouvait voir à travers la nue

Ce qu'i faisait au fond de la cave inconnue.

Tout à coup, se tournant vers l'Être, Iblis hurla : «Donne-moi la couleur de l'or.» IDas dit : «Prends-la.» Et, grondant et râlant comme un bœuf qu'on égorge, Le démon se remit à battre dans sa forge;

Il frappait du ciseau, du pilon, du maillet,

Et toute la caverne horrible tressaillait;

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