‹ Poésien diversen. Coups d'aile et coups de becChapitre 14 sur 100 · L'ERE NOUVELLE · texte numérisé non relu

L'ERE NOUVELLE

L'Olympe des anciens tremblait sur ses assises. Des dogmes snrannés les ombres indécises,

Fantômes décevants, Procréés dans la nuit, conçus par l'ignorance. Offrant la crainte au faible, aux puissants l'espérance,

Flottaient au gré des vents.

Soudain l'on vit s'enfuir ombres, spectres, chimères : D'un astre éblouissant les gerbes de lumières

Jaillirent au ciel bleu.

Le monde rajeuni, s'affermit sur sa base, Il accueillit, plongé dans la joie et l'extase,

La naissance d'un Dieu.

Puis il fit retentir un long cri d'allégresse : Il avait retrouvé l'éternelle jeunesse

Au sein de l'Eternel.

L'œil de Dieu, ce rayon dont la vie est l'essence, Laissait tomber sur nous, du haut de sa puissance.

Son regard paternel.

Et l'Homme-Dieu naquit. Il prohiba les haines, Prêcha la charité, rompit toutes les chaînes

Et, divin rédempteur, A la cause du droit sacrifiant sa vie, De notre humanité dans les fers asservie.

Se fit libérateur.

De tout ce qu'il a fait pour le bonheur des hommes, Que nous reste-t-il donc? Esclaves que nous sommes,

Nous nous forgeons des fers.

Nous, citoyens du ciel, sauvés par sa clémence. Nous nous constituons, par haine ou par démence,

Courtisans des enfers.

Nous fuyons le soleil. Cherchant dans la nuit sombre Les larves de Terreur, nous reléguons dans Tombre

La sainte vérité.

Mais le Christ, dissipant notre rêve factice. Fera régner chez nous l'amour de la justice

Et de la liberté.

îall Kiver, 24 décembre, 1885.

Encore une année Qui suit son aînée Et tombe entraînée Au noir tourbillon.

Dès quelle trépasse, Le Temps, dans l'espace, De son aile trace Un nouveau sillon.

La brillante aurore De ses feux colore.

Embellit, décore L'horizon vermeil. Et la vieille boule Que notre pied foule Sur son axe roule Autour du soleil.

Des siècles la roue Egrène, secoue, Recouvre de boue,

Ecrase en chemin, Réduit en atomes, Sceptres et rayamnes, Mortels et fantômes De l'orgueil humain.

Quand l'âme broyée Eecule, eÔrayée, Dans les pleurs noyée Par le souvenir.

L'illusion folle Ceint d'une auréole, Eadieux symbole, Le sombre avenir.

Nos belles années, Fleurs trop tôt fanées, S'en sont retournées Où vont les beaux jours.

De notre existence Le terme s'avance, Qu'au moins l'espérance Nous reste toujours.

Fall River, 1er janvier 1886.

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