SONNET
Artiste sans rival, quels décOM ravissants, Dans la voûte d'azur, à noi yeux tu dévoiles, Lorsque nous contemplons les effets saisissants Que ton pinceau divin prodigue sur tes toiles !
Au ciel bleu, parsemé d'astres resplendissants, Phœbé vient de la nuit percer les sombres voiles. Et la neige aux cristaux vermeils, éblouissants, Reflète la clarté d'innombrables étoiles.
Le givre des rameaux a des tons argentés, On se croit le jouet de rêves enchantés, Riantes visions qui berçaient notre enfance.
Puis, sentant que les cieux ^e rappi ochent de nous, Qu'au dessus des soleils témoins de sa puissance, L'Eternel nous sourit, nous tombons à genoux.
Montréal, décembre 1884.
Prote, aux types de la Presse
Je m'empresse D'offrir ces quelques couplets
Incomplets.
Choisis-moi bien chaque lettre
Et fai« mettre Toujours le type au complet.
S'il te plaît.
On dit type en Angleterre :
Caractère Est le mot propre en français,
Je le sais.
Je suis mauvais calligraphe,
Typographe, Et Je fais des manuscrits
Mal écrits.
C'est malheureux, car ma lyre
En délire Ne laisse plus de repos
Aux typos.
Lorsque la tête me trotte, Mon bon prote.
Ma main veut, pour s^occuper,
Galoper.
Et je barbouille une page
Qui propage L'horreur des essais mort-nés,
Mal tournés.
Et je crois voir passer l'ombre D'un grand nombre
D'auteurs de pareils morceaux,^ Tous morts sots.
0 prote, en voilà des types I Leurs principes
Les ont fait mourir de faim,^ Mais enfin.
Croyant les travaux utiles,
Très futiles, Ils vivaient sans frapper coup :
C'est beaucoup.
Ils ont cru toute leur vie.
Faire envie.
Prenant pour l'inimitié,
La pitié.
Ils ont rendu des services j
Car les vices De leurs écrits peu goûtés
Sont restés.
Pour que chacun les évite,
Au plus vite.
J'en dégoûterai les gens
Indulgents.
Lorsqu'on a lu mes hors-d'œuvre.
On manœuvre De façon à mieux choisir
A loisir.
Et l'on choisit autre chose, Vers ou prose,
Mieux écrit et mieux pensé, Plus sensé.
L'éloquence de mon style
Est subtile.
Mais elle épure le goût.
Après tout.
Adopte donc pour principes.
Proie aux types,
Qu'on ne peut me corriger Sans danger.
Sauve-moi de la coquille
Qui fourmille Parfois dans mes faits divers
Ou mes vers.
Ma Muse, un peu babillarde,
Te regarde, Elle craint le composteur
Imposteur.
Pour Dieu ! rendsnous-la propice :
A l'hospice Elle conduit imprimeurs
Et rimeurs.
Soigne bien cette missive
Maladive Et tu feras mon bonheur,
Sur l'honneur.
Décembre 1884.
LE TEMOIGNAGE D'ïïNE JUMENT
POEME HEROÏ-COMIQTJE
C'était au temps où Tauteur, alors rédacteur à la Fress publiait en vers, dans 1* après-midi, le compte-rendu de la séance de la cour du Kecorder, tenue dans la matinée. Un nommé Desjardins, charretier, avait été arrêté pour avoir conduit sa jument à une allure plus vive que six milles à l'heure. A l'en croire, lui et un témoin nommé Marineau, la pauvre bête était incapable de violer le règlement. Le Recorder ordonna que la jument fut menée par un homme de police. La pièce de vers reproduite ici fut publiée avant que le policier eut fait son rapport, ce qui explique le dénouement fantaisiste de ce drame rnouvemènté. Si nous en croyons nos souvenirs, la jument n'a pu faire les six milles en une heure.
Je chante les exploits d'une rosse efflanquée Qui se trouva soudain bel et bien impliquée, Grâce à son charretier, dans un fameux procès. Mais qui joua pourtant son rôle avec succès. La route était mauvaise et notre haridelle Disait : — " Bien sûr, le jeu n'en vaut pas la chandelle. J'ai, pendant vingt-cinq ans, traîné des cabrouets. Et je reçois des coups, quand mes pauvres jarrets Kefusent, malgré moi, de faire le service.