‹ Poésien diversen. Coups d'aile et coups de becChapitre 7 sur 100 · LE TÉMOIGNAGE D*UNE JUMENT · texte numérisé non relu

LE TÉMOIGNAGE D*UNE JUMENT

Que vois-je devant moi ? Un homme de police ! C'est un heureux hasard. Qu'on ose me frapper, Et je vais, a Tinstant, me mettre à galoper. Mon conducteur est loin de s'attendre à la chose : Pourtant, je le ferai. Qu'il me touche, s'il l'ose. Il ne me voit jamais aller qu'au petit pas, Mais je pourrais courir. Il ne s'en doute pas ; Il va le voir bientôt ; ma paresse est im leurre. Je fais, quand je le veux, mes six milles à l'heure. Si je ne les fais pas, on croit que je les fais ;

Les hommes jugent mal ma course et ses effets

Je n'ai pas si longtemps habité cette ville.

Sans étudier la loi criminelle et civile.

J'observe les mortels dans leurs égarements

Et, de nos échevîns, je sais les règlements.

On veut hâter mon pas j ma suprême ressource

Est de faire semblant de passer à la course,

D'aller à fond de train. Ce brave policier

Va me prendre à l'instant pour un fameux coursier.

Ça flatte mon orgueil de jument respectable,

De songer que bientôt ce vertueux constable

Va mettre le grappin sur mon automédon.

Si je dormais un peu I "

— Allons, toi, marche donc !

Lui dit le charretier d'un petit air affable ; Et, d'un grand coup de fouet, il lui cingle le râble. Or, l'animal rusé n'attendait que cela : De cahots en cahots, le cabrouet vola. Il tressauta d'abord avec intermittence.

A le voir, on eût cru qu'il brûlait la distance 5 Mais, tout en simulant un infernal galop, La rosse pataugeait et n'avançait pas trop. Si bien que l'alguazil rejoignit la charrette En criant au cocher : Arrête, lâche, arrête ! En vain tu voudrais fuir un juste châtiment, Je. t'ai vu de mes yeux violer le règlement j Du haut de mon faux-col, le Conseil te regarde Et tu vas, subito, me suivre au corps de garde.

Le pauvre automédon ne se fit pas prier . Devant un dur bâton le mieux est de plier. Quand le corrégidor à son tour l'interroge : —Je ne demande pas, répond-il qu'on abroge, Pour me faire plaisir, le fameux règlement, Mais je dois, devant vous, défendre ma jument. Veuillez lui pardonner. Elle n'est pas coupable j Je l'ai depuis longtemps j je la sais incapable D'aller vite. Jamais elle n'a parcouru feix milles dans une heure, et lorsqu'elle a couru C'est toujours au galop. Son allure ordinaire Est de marcher au pas. 0 juge débonnaire I Les chevaux de travail, perclus des quatre pieds. Se sentent tout confus lorsqu'ils sont épiés j Quand ma bête se vit sous les regards d'un homme Armé d'un assommoir, elle avait fait un somme. Jamais cheval fringant, par un coup réveillé, Ne fit plus d'embarras j j'en fus émerveillé

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Bien plus que Marineau qui venait par derrière Et qui suivit au pas ma fougueuse coursière.

Marineau comparait.— Je serais bien surpris, Dit-il, si la jvunent remportait le grand prix De Derby, de Longchamps ou même au parc Lépine. Je ne vois pas pourquoi Votre Honneur turlupine Ce pauvre Desjardins. Sa jument ne peut pas Faire ce qu'on a dit. Son allure est le pas, Un pas qui fait songer au pas d'une tortue. Six milles en une heure ! 11 faudrait qu'on la tue, Qu'on la crible de coups, qu'on la fasse courir ; Ce serait si nouveau qu'elle en pourrait mourir. — " Assez, répond le juge : Un homme de police Va prendre incontinent cette jument complice De ces deux charretiers. Qu'il la mène bien fort, Q'il lui fasse franchir, par un suprême effort. Six milles de chemin dans l'espace d'une heure. " — Hélas ! dit Desjardins, ma crainte est qu'elle meure De vieillesse en chemin ] tâchez de la fouetter. Le plus grand embarras n'est pas de l'arrêter. "

Un jeune policier entreprit le voyage :

Il revint grisonnant, flétri, courbé par l'âge.

Un autre Recorder occupait le fauteuil,

Et Desjardins lui même était dans son cercueil j

Tous les autres témoins étaient morts de vieillesse.

Mais on raconte encor la vaillante prouesse Qui disbulpa jadis cette antique jument, Chaque fois qu^il s'agit du fameux règlement.

Montréal, décembre 1884.

FAX HOMINIBUS

Les anges, proclamant un auguste mystère, Viennent planer sur nos autels j

Ils chantent : " Gloire à Dieu j que la paix sur la terre Soit le partage des mortels. "

" Oeil pour œil, dent pour dent : *' telle était la devise

De notre pauvre humanité.

Le divin Rédempteur vient fonder une EgUse

Qu'il base sur la charité.

Le chœur des chérubins, se faisant l'interprète De la clémence du Grand Roi,

Annonce à l'univers que l'Eternel décrète L égalité devant la loi.

Il promulgue la loi qui brise nos entraves

Et rétablit la vérité, Loi sainte qui fait luire aux regards des esclaves

Le soleil de la Liberté.

Voulez-vons du bonheur résoudre le problème ?

Aimez Dieu de tout votre cœur, Aimez votre prochain. Telle est la loi suprême

Que prêchera le Dieu Sauveur.

De sa religion l'amour pur est l'essence j Par l'amour il veut nous unir.

Des paroles de paix signalent sa naissance Au monde qu'il vient rajeunir.

Chrétiens qui vous pressez sous le sacré portique,

Soyez miséricordieux. Vos œuvres de pardon, comme le saint cantique, Diront : Gloire au plus haut des cieux.

Moutréal, 25 décembre 1884.

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