‹ Poésien diversen. Coups d'aile et coups de becChapitre 85 sur 100 · FETE DE SAINT PIERRE · texte numérisé non relu

FETE DE SAINT PIERRE

Voyager le dimanche. — Le curé canadien et le prêtre voyageur. — Lafontaine mis à contribution. — Le Bév. N. P. Bruchési. — Le Bév. M. Charpentier.

Je laisse les Cèdres pour Montréal, en route pour nie Dupas.

Ne me parlez pas de voyager le dimanche ou les jours de fêtes : le roulement des chars par la machine à feu ne saurait remplacer celui des ondes sonores sous la grande nef !

Je passe la journée au presbytère de la paroisse St- Joseph de Montréal. Chaque curé en Canada fait de son presbytère un restaurant ecclésiastique ! pour le confrère voyageur. Les liens de Tamitié n'en sont que plus resserrés, en tre les membres du clergé :

" Un service rendu

Entre gens délicats ne peut être perdu. "

Andbieux.

Du reste, ici comme ailleurs, ce n'est pas seu-

lement la fable du Lion et du Bcit qui en fait

fol

Tant la chose en preuves abonde.

U faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde ;

Car

On a souvent besoin d*un plus petit que soi.

Monsieur le curé Leclerc est à Caledonia Springs. Les Révérends MM. Hétu, Charpentier, Kîman, Bruchési et Donnely, vicaires, forment avec leur curé une véritable famille heureuse.

La chaleur est grande. Par suite n n'y a pas de sermon à la grand'messe et les vêpres sont renvoyées au soir. Il faut savoir s'accommoder aux circonstances.

Monsieur Bruchési laissera bientôt le t

tère. La Providence lui met entre les mains ce qui lui convient à tous égards, une chaire d'J.pologêtique chrétienne, à l'Université Laval de Montréal.

Monsieur Bruchési est avant tout conférencier. Il manie cependant tout aussi bien la plume que la parole. La langue française possède en lui au Canada l'un de ses meilleurs interprètes.

Le Eév. M. Charpentier est poète à ses heures. Ses poésies sont fugitives ! sans doute, pour le grand nombre, car il n'est guère facile de mettre la main sur ces enfants de Thalie et de Calliope ( 1 )

( 1 ) Muses qui présid&tent à la poésld.

Ile Dupas, jeudi, 30 juin 1887

Chez le Rév. P. Sylvestre — Mademoiselle devenue Madame. — Perdre sou nom l — Harmonies providentielles. — Mlle Amélia Sylvestre. — Les enfants sans cœur. — Enée. — Bijoux de la ménagère. — Tour d'écolier.

Les professeurs du Collège Joliette et plusieurs prêtres anciens élèves de cette maison sont ici. Nous sommes les hôtes du Eév. M. Pierre Sylvestre, Ptre, sous-directeur du Collège Joliette. Avant le dîner, nous lui présentons son portrait au crayon, avec riche encadrement ( 1 ), témoignage d'estime. C'est l'objet de la réunion.

Monsieur et Madame Sylvestre font les choses avec simplicité et cordialité, comme on les faisait généralement dans le bon vieux . temps. Dans cette île, du reste, c'est la couleur patriarcale qui domine encore.

Depuis mon dernier voyage à l'Ile Dupas,

( 1 ) CEuvre de M. Buellaud de Léyis.

Mlle Delvina Sylvestre est devenue Mme Gervais ( 1 ) et Mlle Anna Sylvestre a laissé ce nom pour celui de Mme F.-X. Plante. Perdre son nom est pour l'homme de cœur et d'honneur un immense sacrifice ; c'est pour la femme, au contraire, une gloire ! La fille d'Eve fait ce sacrifice tout aussi facilement qu'elle a fait, plus jeune, le sacrifice de ses dentelles et de ses bouts de ruban pour donner bel air et bien-être à sa chère poupée !

La raison de toutes ces harmonies mystérieuses est dans la sagesse du grand Dieu qui, faisant toutes choses avec nombre, poids et mesure, ordonne toujours les moyens à la fin. L'étude des choses qui s'appellent et se répondent dans Tordre moral conduit à l'existence de Dieu tout comme le spectacle des choses physiques.

" Interrogez toute chose et voyez si chacune ne

porte en elle, d'une manière ou d'une autre, le cachet

divin. "

Saint Augusiin.

CD EUe a laiSBè depuis la terre pour un inonde meilleur.

Mademoiselle Amélia Sylvestre, la plus jeune et le Benjamin, figure riante et posée comme celles de ses aînées, aura sans doute son tour. En attendant, elle va droit son chemin et donne à sa mère dans les soins de la maison, toute la force de son bras.

Dire qu'il se trouve des enfants san^-cœur qui font de leurs parents... leurs serviteurs ! Les païens eux-mêmes leur font ici la leçon. ITestce pas Enée, qui, après la prise de Troie, laissant là tous ses biens, dit à son père Arieàise, infirme :

Eh bien J mon père, an nom de mon amour ponjr vous, Laisses-moi rons porter, oe poids me sera donx ; Venea, qu^nn mdme sort tons les deoz noua rawanble ; Venea, nons périrons ensemble, o« nous virrons ensemble. ( 1 )

Ce que Ton demande aux enfants, c'est de partager au moins dans une mesure et suivant leurs forces les travaux de la maison. Les jeunes filles en vacances doivent être plus scrupuleuses encore que les autres sur ce point, vu que durant Tannée scolaire les parents sont privés de leurs services.

( 1 ) Virgfle^ tiadwrtteu de DeVIla.

Mademoiselle Amélia ne se fait pas non plus prier lorsqu'on l'invite à jouer un morceau de piano, c'est encore une bonne note en sa faveur. Je constate de plus et avec plaisir que les douceurs de la musique ne la rendent pas insensible aux harmonies du poêlon et de la marmite. Ne me parlez jamais d'une fille qui ne voit qu'avec horreur ces deux bijoux ! de la vraie femme de ménage.

M. Louis Sylvestre, député à la Chambre de Québec, prend part à la réunion. Homme sans prétentions et fort aimable en conversation.

Le Révd P. Beaudry, supérieur du Collège Joliette ; le Révd M. Plinguet, curé de l'Ile Dupas, et le Rév. 0. Guimond, son vicaire ; le Rév. L. Casaubon, professeur au Collège de l'Assomption ; le Rév. R. Bonin, curé de St-Côme et le Rév. F. Mai^solais, C. S. V., directeur de l'Académie de Berthier, sont aussi de cette petite fête de famille.

Le nom de M. Guimond, ancien confrère de classe au collège de Montréal, me rappelle un fait.

J'étais alors en première année de philosophie. Je reçois un jour un demi-minot de pommes, je les place dans un sac sous mon lit, pour la durée de la nuit, résolu de les envaliser au matin. J'avais compté sans les revenants.

Le lendemain matin, de pommes, point !

Nous descendons du dortoir pour nous rendre à la prière, puis à l'étude. J'ouvre mon pupitre

et j'y trouve une pomme ! Elle sortait bien

du sac.

La même histoire se répéta 15 jours durant. Parfois, les jours de congé sans doute, je trouvais deux pommes au lieu d'une.

Les auteurs de cette petite comédie restèrent inconnus jusqu'à ce jour.

Dans une de ses visites au Collège Joliette, M. Guimond fit, un jour, une confession générale : il était bel et bien avec un autre l'auteur du larcin. Les rieurs furent de son côté et ils n'eurent pas tout à fait tort.

Ile Dupas, vendredi midi, 1er jmllet 1887

Ouf! — LUle aux Ours. —Mes compagnons d'infortune. — Combat acharné entre 7 hommes et 10 millions de maringouins. — Péri- ~ péties. — Détails émouvants. — Quelle façon nous avions. — Victoire définitive des maringouins. — L'île du Gampement-décam- I>é. — Bepos mérité. — ; M. Lavigne obligé de marcher sur une clôture. ^- L'île Dupas' autrefois. — Histoire de revenants. — Le Bév. Messire Plinguet.

Ouf ! ouf ! ! ouf ! ! ! je suis brisé de la tête aux pieds. Nous avons fait hier une excursion à Tîle aux Ours (1) et nous avons passé la nuit dans cette île, à la belle étoile.

Je n'ai jamais vu nuit pareille. J*ai maintenant quelque idée de ce que peut être le purgatoire.

Plusieurs d'entre nous voulaient aller camper. Les anciens nous disaient : " Gardez-vous en. C'est la saison des maringouins. " Nous nous sommes obstinés, nous sommes partis quand même. Nous méritions d'être châtiés et nous l'avons été.

On se console, un peu à l'idée que plusieurs sont à la même peine. Que dis-je, après coup

(1) Cette île est à la tête du lac St-Pierre.

on n'en rit que davantage. Quoiqu'il en soit, voici tout d'abord la liste de mes compagnons d'infortune :

Eév. P. Sylvestre, Ptre, assistant-directeur au Collège Joliette ;

E. P. Boucher, C. S. V., professeur de morale au Collège Joliette ;

Eév. F.-X. Lavallée, Ptre, professeur de méthode au Collège Joliette ;

Eév. L.-A. Lavigne, Ptre, professeur de musique au Collège Joliette ;

Eév. J. Laporte, Ptre, vicaire au coteau du Lac ;

Eév. L. Vigneault, vicaire à St-Timothée. (1)

Nous nous partageâmes, 3 dans une chaloupe, et 4 dans une autre. Ces chaloupes, un peu de la famille des bateaux, avançaient en se faisant prier ; les rames du reste n'avaient pas toute la longueur réglementaire.

En avant donc sur le St-Laurent.

Il pouvait être 6 heures de l'après-midi.

(1) Les Béyds Gh. Dugas, Tlcaire à Ste-Elisabeth, et A. Dearochen, maître de discipline à Joliette, hommes de bons services qui deraient aller aux 40 heures d'une paroisse Toisine, ne puent, henreoMment, prendre part à l'excursion.

Nous avions fait deux milles de course, lorsque rennemi que nous avaient annoncé les anciens fit son apparition.

1, 2, 10, 20, 30 maringouins même, c'est peu de chose après tout. Nous nous enveloppons la tête dans de larges mouchoirs et... vogue mon bateau.

Après avoir fait 3 milles (4 kilomètres) nous passons entre 2 ou 3 îles fortement boisées. A cet instant, un bruit formidable se fait subitement entendre ; on aurait dit de nombreux tuyaux d'orgue de la basse, soufflant ensemble. Les maringouins, maîtres de ces lieux, étaient les auteurs de cette musique. Il y avait là, disons 50,000 pieds cubes de maringouins, ce qui à 125 maringouins par pied donnait un total de 6 millions 250 mille maringouins 1 Après quelques exclamations, il y eut un moment de sileace causé paCr la stupeur, puis... de vigoureux coups de rames. Il fallait à tout prix sortir de ce guêpier. Nous en étions assez loin et toujours cependant nous entendions le bruit d'ailes de l'immense voUer.

En moins de 20 minutes de course, nous fuîmes au terme de notre voyage, mais nos misères ne faisaient que commencer.

Il était près de neuf heures. Les étoiles se faisaient rares au ciel. Nous mettons le pied sur nie aux Ours. De hautes herbes nous barrent le chemin. Nous avançons à tâtons. Nous savons qu'il y a tout près une grange en ruine ; la voilà, nous y déposons nos paniers. Nous n'avons pas à craindre les ours qui ont déserté cette île depuis longtemps, chassés sans doute par la férocité des indigènes. Du reste, deux ou trois ours, sur les bras, nous auraient donné moins d'embarras que ce qui nous attendait.

S'il est une terre pour chaque famille d'insectes, j'ose dire que l'île aux Ours est la terre des maringouins, tant ils y sont nombreux et despotes. A peine avons-nous déposé nos paniers que ces gracieux animalcules s'abattent légion sur nous. C'était le commencement de la réception. Les ténèbres du reste les favorisaient

et leur oavraient toutes les portes.

Chacun de s'armer d'une branche de sapin, et de frapper impitoyablement les agresseurs.

Force me fut de monter immédiatement mes jambes de bas par-dessus mes pantalons, afin de mettre mes genoux à l'abri.

Il n'y avait pas à lambiner, il fallait au plus tôt chasser ces suceurs de sang.

— Allons, les amis, des fagots.

Chacun apporte le sien.

La lumière se fait avec accompagnement de fumée.

Pendant quelques instants, nos ennemis nous donnent un peu de repos — la fumée sans doute leur donnait des nausées. Il nous fut donc possible de nous installer et de causer un peu. Nous avions à notre disposition des planches, des couvertes et des oreillers. Chacun de se faire un petit lit près du feu et de prendre une beurrée avec un verre de bière.

Il est dix heures.

Halte-là ! semblent alors nous crier nos suceurs de sang. Les 6 millions 250 mille maringouins que nous avions rencontrés plus haut étaient-ils venus au secours de leurs frères de l'île, je l'ignore, n'ayant pas eu le loisir d'étudier la question ! toujours est-il qu'en dépit de tous les fagots nous fûmes de nouveau envahis.

Nous avions à travailler sans cesse pour ne point être piqués ; * les piqûres cependant se multipliaient ! Tout ce que nous avions de linge fut mis à contribution pour nous envelopper. Vaines précautions, nos petits buveurs de sang nous retrouvaient toujours le nez, les yeux, les oreilles, les mains.

Il n'y avait pas à redescendre le fleuve, on tombait en plein lac Saint-Pierre. Le respect humain d'autre part nous empêchait de retourner sur nos pas. Partir pour camper et ne faire que décamper !

Quelle mine faisions-nous pendant ce tempslà ?

M. Sylvestre, chef de la troupe et M. Lavigne, notre chef de cuisine, faisaient de sublimes efforts pour donner à tons du courage. Ce fameux chef de cuisine n'a pu cependant nous faire cuire une seule patate.

M. Vigneault chantait, sautait, courait à droite et à gauche, croyant qu'il n'y avait pas de meilleure philosophie pour la circonstance .Le chœur laissait toujours ses chants sans écho.

M. Lavallée concentrait ses pensées dans un silence profond.

Le Père Boucher avait presque Tair d'avoir du plaisir.

M. Laporte disait bien haut : " Nous avons fait une bêtise pommée. " Il avait cent fois raison, aussi tous répondaient- ils intérieurement AMEN.

Quant à moi, ^ublé comme je l'étais, j'avais quelque peu la façon de Jean Paul Choppart au service du maïquis de la Galoche.

Si notre confrère et ami M. A. -0. Houle (1) eut été là, rien n'eut manqué à la partie tragicocomique de la situation.

Croyant améliorer mon sort, je me réfugiai dans la grange. Le P. Boucher m'avait devancé et s'était hissé au grenier ; mal lui en prit ; le plancher mal ajusté ( vieille porte de grange de travers sur deux soliveaux ) fit entendre un gémissement qui le fit bientôt déguerpir, au moment où M. Vigneault l'allait rejoindre.

Les maringouins du reste ne ménageaient pas plus les fuyards que les combattants.

M. Laporte, lui, avait pris le parti de laisser faire.

MM. Lavigne et La vallée, couchés dans l'herbe l'un près de l'autre, ne faisaient nullement l'effet de gens endormis. M. Lavigne ayant reçu la maigreur en partage, le. dard du maringouin le perçait chaque fois jusqu'à l'os. M.

(1) Professeur des Belles-Lettres au GoUège Joliette, alors en voyage aux Etats-Unis.

Lavallée, homme sanguin et replet s'il en est, donnait véritablement le dessert aux sangsues de la forêt. M. Lavigne lui répétait tous les 10 minutes : " Allons, le vieux, on va changer de place, je ne puis plus résister ". Et tous les deux de prendre leurs planches et d'aller se faire mordre à 15 pieds plus loin.

Quant à moi je voulus tenter un dernier effort. Je m'enveloppai de nouveau la tête aussi parfaitement que possible : temps perdu ; après mille et un détours, mille et un bourdonnements, la place était envahie. Cinq minutes avaient suffi pour détruire mon œuvre !

Mes compagnons ne réussissaient pas mieux.

Que faire ? Il n'y avait qu'à souffrir en patience, jusqu'au point du jour. On allait, on ve- * nait, on s'époussetait ; pas de sommeil, pas de repos ; toujours la guerre, saas trêve ni merci. Les minutes paraissaient des heures et les heures des mois. Sur les minuit, j'avais la figure tellement enflée que mes amis crurent à un érysipèle.

Le soleil finalement se leva pour éclairer no-

trê misère. Les patates ayant été mises- au feu, le Père Boucher et M. La vallée prirent *ine chaloupe, espérant trouver un endroit plus propice. Force leur fnt de revenir.

C'en était assez, la mesure était comble.

Nous ne donnons pas à nos patates le temps de cuire.

Adieti lait^ veaUy vache, cochov, couvée.

Adieu, vilains maringouins.

AdieUjîle aux Ours ; adieu, terre inhospitalière, tu ne porteras plus le nom d'île aux Ours, tu t'appelleras désormais l'île du campement'dé' campé !

Il ne nous restait plus qu'à remonter le fleuve avec notre petit bonheur.

La Providence nous ménagea un retour agréable.

Après un appétissant déjeuner, nous nous arrêtâmes à droite et à gauche en recherche de gibier. Les oiseaux, effrayés sans doute par la mine que nous avaient donnée les maringouins, se

hâtaient de prendre le large ; aussi la chasse du E. P. Boucher et de MM. Laporte et Lavigne fut-elle des plus maigrelettes.

M. Lavigne, s'étant quelque peu avancé dans le bois à la poursuite d'un oiseau de proie, se trouva soudain dans un marais. Une clôture à longs piquets traversait heureusement ce marais. Notre chasseur se réfugie sur la clôture, puis se tenant des pieds à la traverse inférieure, il s'attacha de la main gauche à la traverse supérieure, pendant qu'il tenait son fusil de la droite. Les maringouins, qui abondaient en cet endroit, voyant leur ennemi désarmé l'enveloppent. M. Lavigne dut faire trente à quarante pas sur la clôture en cet état, obligé de plus à payer la douane à chacun des longs piquets qui, fermant les travées, s'opposaient au

passage du fusil.

Le E.P. Boucher, témoin de cette scène, faillit se casser deux côtes.

Les anciens au retour furent très curieux de

savoir comment on avait passé la nuit ; ils eu> rent la trop grande charité de ne s'amuser que peu à nos dépens.

Dans tous les cas, chacun

Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

Nous nous séparâmes enchantés de la réception que nous avait faite la famille Sylvestre.

Un mot sur Tîle Dupas semble trouver ici sa place.

La seigneurie de l'île Dupas fut concédée à M. Dupas en 1672. Aidés des habitants de Berthier, les habitants de l'île eurent bientôt leur église ( vers 1706 ). En 1720, M. Jean-Baptiste Arnaud était nommé curé de l'île Dupas et desservant de Berthier et de Sorel. En 1729 l'île comptait 171 âmes. Dès 1749 il fallut songer à renouveler la première église. Une histoire ou une légende assez singulière se rapporte à cette première église. Le Révd M. Plînguet, eu-

ré de Tîle Dupas,s*exprime comme suit à ce sujet dans son histoire de Tîle Dupas :

"L'on croit assez généralement ici qu'il y eut un prêtre inhumé dans cette église ; quoique^ dans les registres qui existent, je n'aie rien découvert qui pût confirmer cette tradition, je crois celle-ci fondée sur une histoire de revenant, que j'ai hésité à consigner ici ; mais me souvenant de cell e racontée par M. le cheva-» lier J. 0. Taché, dans ses Forestiers et Voyageurs des Soirées Canadiennes ( vol. de 1863, p. 167 ) : pourquoi pas ? me dis-je, et la voici :

On avait remarqué plusieurs fois, dans régli8e,au. milieu de la nuit, une lumière plus forte que celle donnée par la lampe ordinaire ; d'abord ou en fit peu de cas ; puis, comme la lumière continuait d'apparaître toutes les nuits, on s'en émut, et on résolut d'éclaircir la chose ; on se réunit donc au nombre de quatre à cinq pour se donner un peu de courage, et l'on s'avança sur une seule ligne vers l'église ; mais quelle ne fut pas la stupéfaction de ces hommes, lorsqu'ils virent au pied de l'autel un prêtre revêtu de ses habits sacerdotaux, et demeurant toujours au même lieu I Ils n'osèrent pas entrer et s'en retournèrent, même un peu plus vite qu'ils n'étaient venu8,et,de retour chez eux, ih s^ livrèrent à mille conjectures.

En attendant parler de ce qui se passait, un nom- . mé Jacques Valois ( le trisaïeul de celui de qui je tiens ces détails, et le père de ceux qui s'établirent à LaOhine et à la Pointe-Claire, ) plus brave que les autres, s'engagea à entrer dans l'église, pour voir de plus près ce dont il s'agissait. Un soir donc, après la veil-

lée avec ses amis, il se rendit à l'église, fît sa prière et attendit. Vers niinuit, il vit un prêtre, en soutane, sortir de la sacristie, allumer deux cierges aux extrémités de l'autel, tout préparer pour une messe, et rentrer dans le lieu d'où il venait de sortir. Quelques instants après, il l'en vit ressortir, revêtu de ses ornements, portant le calice, et monter à l'autel. Pensant bien que la messe allait avoir lieu, notre ^ Valois se rend au pied de l'autel, sert la messe qui se dit à l'ordinaire, et reconduit le célébrant à la sacristie ; celui-ci, après avoir salué la croix, se tourne de son côté et lui dit : " Depuis trois ans, je viens ici tou- '^ tes les nuits, pour redire une messe que j'ai dite " avec trop de précipitation pendant ma vie ; j'étais *' condamné à y venir jusqu'à ce que j'eusse trouvé ** un servant ; grâce à vous, ma pénitence est termi- " née, je vous remercie. " Et il disparut.

Dans ces traditions, il y a toujours un enseignement ; la morale de la légende de M. Taché est : Respect aux morts ; la conséquence de celle que je viens de rapporter est qu'il faut rendre service à Ums ceux qui ont besoin de nous. N'en pourrait-on pas tirer une autre : qu'il ne faut pas avoir peur des morts ? De ces trois conséquences, la première et même la seconde seront facilement admises de tout le monde ; mais pour la troisième,je pense que d'ici à longtemps, il y en aura plus d'un qui aura de la peine à l'admettre comme règle de pratique. Que voulez-vous, n'est pas Valois qui veut. "

L'île Dupas en est à sa Sème église. La 1ère

a durée près de 50 ans, la 2èine 100 ; la Sème date de 1851. La paroisse de l'île Dupas comprend en outre plusieurs îles ac^acentes : Tîle St-Ignace, l'île à l'Aigle, l'île St-Amand, île du Campement-décamp<^ ! etc.

La population de la paroisse est de 1356 âmes. On ne trouve point chez elle le luxe et l'ivrognerie qui dévorent tant d'autres paroisses. Létoffe du pays et les aoulders de bœuf j sont encore en honneur.

Il n'y a jamais eu d'auberges à l'île Dupas et personne n'en est mort !

Parler de Ftle Dupas sans dire un mot de son cuié, le Sévd M. Plinguet, serait presque un péché véniel.

Le Bévd M. Plinguet est un grand et beau vieillard de 76 ans.

Natif de Montréal, il fait ses études chez les Messieurs de Saint Sulpice, occupe différents postes dans le diocèse et devient curé de l'île Dupas en 1861.

Le Bévd M. Plingaet, comme Caljrpso dans Ogygie, est roi et maître dans son île, il n'y eut jamais de royauté plus douce et plus bienfaisante.

Le curé de Tîle Dupas, en dépit de son grand âge, ne souffre d'aucune maladie. Il chante habituellement la grand'messe et fait son carême tout comme à 25 ans. Quel sujet de confusion pour la génération qui pousse ! Le Révd M.Plinguet doit la force de sa constitution à sa vie frugale et régulière.

Sa notice sur Tîle Dupas est bien écrite et suppose beaucoup de recherches (1).

Doué d'une grande perspicacité, le curé de l'île Dupas trouve en peu de temps la réponse à cette multitude de difficultés qui constituent ce qu'on appelle assez communément la gymnastique intellectuelle : devinettes, charades, logogriphes, carrés, losanges, etc., etc. Il en construit lui-même de fort ingénieuses, les lecteurs de

( 1 ) Voir V Annuaire de ViUe-Mariet tom 1er.'

YEtudiant et du CouveTU en savent quelque chose (1).

Ami des arts et de la littérature, le E. M. Flinguet tient à encourager la littérature canadieime.

Puisse Dieu conserver encore longtemps ce digne prêtre à l'estime et à Tamour de ses paroissiens.

( 1 ) Tjm parents chrétiena feront bien A^abonner leurs garçoma à VJEtudian* ( 60 centxns par année ) et leurs filles an Oouv^ni (26 oentins par année ). Adresse : F. A. Baillairgé, pire, rédacteur de VEtuéiani et dn Oouvni, JoUette, P. Q, Canada.

Montréal, samedi 2 juillet 1887

Je rends visite à Sa Grandeur Mgr Fabre.

Lorsqu'on a conversé quelque temps avec l'archevêque de Montréal, on ne peut s'empêcher de dire : voilà bien le type de rhomioe doux 1 cette qualité charmante explique . comment, en dépit des difBicultés qui ont surgi dans le diocèse, il n'y eut cependant jam£âs trêve de sympathies profondes entre le clergé et le père spirituel du diocèse. "^

Je fais part à Monseigneur de mes projets relativement à la fondation d'une revue dont le but serait de contrecarrer les lectures par trop légères, lectures dont notre peuple canadien devient de plus en plus . friand. il

Je m'attendais presque à un Non, La réponse fut au contraire Pensez-y.

L'or et la santé ne me permettent pas pour le moment de réaliser le projet, la Providence sans

doute le veut aûiai. J'aurais tort de m'en plaindre, sachant

Que tout e9t bien .

Qui finit bien.

Lorsque Ton est jeune encore, on ne sait pas être patient, et pourtant

Patience et longueur de tempe Font plus que force ni que rage.

Du reste, attendre et se préparer en silence est le grand moyen de donner autant que Ton promet. C'est généralement le contraire qui arrive :

On avait mis des gens au guet ;

Qui, voyant sur les eaux, de loin, certain objet,

Ne purent s'empêcher de dire

Que c'était un puissant navire.

Quelques moments après l'objet devint brûlot,

Et puid nacelle, et puis ballot,

Enfin bâtons flottants sur l'onde.

J'en sais beaucoup de par le monde

A qui ceci conviendrait bien :

De loin c'est quelque clio6e,et de près ce n'est rien.

La Fontaine. (1)

(1) Livre IV, fable VHI.

Donc la Semaine canadien/ne des familles ne sera pas le hdton flottant de la fable.msds le tumtvî/re chargé des riches produits littéraires et religieux des rives les plus enchantées de TOrient et de rOccident !

Les Cèdres, dimanche 3 juillet 1887

Le temps n'étant pas bon à mettre en cage aujourd'hui, comme dirait Bièvre (1), il y eut par suite peu de fidèles à la grand'messe.

M. le Vicaire parle sur la notion du sacre' Trient Son instruction dure 15 minutes et c'est assez lorsqu'il fait chaud comme aujourd'hui. Une longue instruction nous eut fait fondre sans rien fonder.

Je rencontre au presbytère M.G. Te8sier,diacre et M. Maurice Eoux, minoré. Ce sont de bons et joyeux compagnons. Enfants des Cèdres, ils feront sans aucun doute honneur à leur paroisse.

A vêpres, je parle pendant 10 minutes aux Dames de la congrégation de Sainte-Anne. " Vous devez être de véritables filles de sainte Anne : c'est Vhonneur de sainte Anne, c'est votre propre intérêt qui l'exigent.

Je vois de loin en loin de petits maringouins ! Je n'en ai pas besoin pour me rappeler ceux de

(1) G*e8(-&>dire aerein (aeiin).

l'île du Campement-décampé. Les piqûres, reliques de Texcursion, disparaissent peu à peu.

Une trouvaille, ni plus ni moitts.

C'est un vieux volume que mon père a depuis peu,et dans ce volume c'est tww pdgiR fTancchcanadienne inconnue deê com&diefw !

Ce vieux volume c'est le Jovr^rud des 8ça^ vcms, de l'année 1678, et la page en question est un article bibliographique ayant trait à là Vie de la vénérable Mète Marie de l'incarna^ tion.

Arrachons cette page à l'oubli et citons textuellement :

JOVRNAL

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