‹ Poésien diversen. Coups d'aile et coups de becChapitre 84 sur 100 · BOILEAU · texte numérisé non relu

BOILEAU

Quant au fusil, j'en suis peu, les diplomates en font de nos jours un si mauvais jeu.

Songez que les boulets ne vous respectent guère, Et qu'un plomb dans un tube entassé par des sots Peut casser d'un seul coup la tète des héros.

VOLTAIKE.

Ce n'est jamais sans horreur que je cite le sinistre fjBirceur :

" Voltaire, le plus méprisable des écrivains, lorsqu'on ne le considère que sous le point de vue moral, et par cette raison même, le meilleur témoin pour la vérité, lorsqu'il lui rend hommage comme par distraction

De Maistbe.

Lm GMrét, IHmaMiM, M juin 1887.

S«lat à qui de droit. — AMiBtanoe aux oiBoM. — Ezprewfom vieLeU' 8M. — Baban d^eniSuit de Haiia, — Le tabeo et eee effets ftinestes Bvr la Jenneese. — La pipe et lee Dames. •«- X7n xére. ^ Bioton.

Beau soleil — grand vent — 67 ® Tûi.

Dans bien des villages, on ne salue pas assez le prêtre. Il ÎAVkt donner cette habitude à la jeunesse. L'important n'est pfts le èalut niais ce qu'il signifie, tfn sage a dit avec raison que la meilleure société serait celle qui aurait la plus de respect pour le prêtre, pour le magistrat et pour la femme.

Beaucoup de fidèles à la grand'messe. Une paroisse qui voit beaucoup de monde aux ofiGices, le dimanche, sera toujours une bonne paroisse. M. le curé parle de la sanctification du dimanche. Malheur à celui qui n'observe pas le repos demandé par le Seigneur. Il ne faut pas avoir vécu longtemps pour remarquer le grand nombre d'accidents souvent fatals qui arrivent surtout pendant la grand'messe et les vêpres, aux viola-

têVLVB du rspos domi&idal. Qu'ofi de fasse une loi de ne jttmaiA chaâser, de ne jftmâi» pêcher, pendant les offices.

Mademoiselle Frédéiica ( 1 ) annonce au dîner qu'elle se propose d'enregistrer les fautes de français que feiont en conversation ses frères et sœurs. L'idée est excellente» Mlle veut que Ton dise borborygme ; l'expression courante est cependant française! Il faut dire aussi :

coquille et non " écaille" gare^ station et non " dépôt " jouer^ représenter^ et non " aeter " se démettre et non *' se démancher " mécanicien et non " ingénieur " Ubre à vous et non " loisible à vous " requête et non réquisition.

Admis sur toute la ligne.

Les religieuses du couvent d'&oclielaga, si j'en juge par Mlle, leur élève, attirent l'attention de leurs enfants dur la propriété des termes ; on

( 1 ) Sœur de Pauteu ; aujourd'hui MaduM J. £*« <G^iAy.

ne saurait mieux faire. Il importe, avant toute érudition, de bien savoir sa langue. ( 2 )

Maria Coutlée, petite cousine, vient faire visite après les vêpres. Excellente enfant II y a peu de jours encore, désireuse d'obtenir un diplôme d'institutrice, elle se rend à l'école Archambault, à Montréal, pour subir l'examen de règle. En arrivant à l'école elle s'aperçoit qu'elle a fait oubli de son ruban d'enfant de Marie. Elle retourne sur ses pas et revient avec son ruban ! Sa confiance en Marie ne fut pas déçue et le résultat do son examen fut magnifique.

M. le Vicaire me parle des funestes effets du tabac sur son système nerveux. Le tabac le bouleverse ; ainsi, point de sommeil, s'il fume ayant de se coucher.

Si les fumeurs s'observaient quelque peu, plu-

( 2 ) On lira aveo pxoflt " Anglidsme et Oanadlanlgmee " pabUoatfon récente, par M. ▲• Bniee.

sieurs ne tarderaient pas à toucher du doigt les ^nséquences fôcheuses qui font cortège à la pipe et au cigare.

L'usage modéré du tabac, chez beaucoup d'adultes, peut ne pas avoir de suites funestes.

Ce qui doit attirer l'attention de tous, c'est l'usage du tabac chez les^ enfants.

Les Canadiens-Français marchent rapidement à la décadence physique et morale. Nos enfants de fait fument et fument avec rage.

L'enfant d'aujourd'hui sera l'homme de demain. Si la jeunesse s'use, se détériore, l'âge mûr en subira les conséquences et la société tout entière verra s'abaisser le niveau hygiénique et intellectueL L'enfant étant en voie de formation^ les organes ne peuvent avoir chez lui la consistance, la force nécessaires pour résister impunément à l'action des principes dangereux que renferme le tabac. Par suite de l'unité qui exis-

te dans Thomme, rinteiligBnoa moinfl bien servie pf^r les organes, s'il est permis de parler aiqsi, ne produira que peu ou point.

Le Dr Kichardson dit avec raison : " Comme le corps humain conserve sa force vitale par le pouvoir qu'il 4 d'absorber et d'^ppl^uer l'oxygène, le tabac, ayant pour effet d'entraver cette absorption et cette application de l'oxygène, nuit particulièrement à la jeunesse dont l'organisme est en voie de formation. "

Pauvres enfants, vous ne savez pas tout le mal que vous faites à votre sa^qté. Pes personnes sages cependant vous engagent à ne point fumer.. Vous restez sourds à cet excellept conseil. Vous verrez l'acQoniplissement de leurs prophéties. Fumez, jeupes gens, fumez et vous en retirerez . . . quoi ? vous en retirerez : perte de la mémoire, affaiblissement de la vue et de l'odorat, goût prononcé pour les liqueur^ fortes, ébranlement du système nerveux, besoin de surrexdtants, affaiblissement du sang, di^e9tipn paresseuse, migraine, sommeil agitéybronchites» T'humes de * cerveau, petite taille par suite de l'arrêt du dé-

veloppement physique, paralysie partielle, afifiaiblissement de rorganisme, diminution de la for ce vitale, empoisonnement lent, poumons noircis par la fumée, désordres dans les fonctions de Testomac et des voies respiratoires, cancer des lèvres et.., la dernière place ou à peu près en classe, avant longtemps, par suite d'incapacité pour les travaux intellectuels.

" Les élèves fumeurs de l'Ecole polytechnique forment la classe de nos fruits secs'' (c'est-à-dire de ceux qui échouent aux examens de baccalauréat ) disait un jour un de leurs directeurs.

C'est un fait digne de remarque, consigné dans je ne sais plus quel auteur, que la plupart des hommes qui ont fourni une grande somme de travail intellectuel de qualité supérieure s'abstenaient de fumer.

La pipe aujourd'hui pénètre partout, fait sa marque partout.

Elle est le désespoir des ménagères qui aiment la propreté.

Elle remplit la maison d*une fumée qui n'est guère hygiénique.

Surtout et par-dessus tout elle divise la société. On dit que les femmes font les mœurs.Les bonnes femmes font les bonnes mœurs. Nos canadiennes, grâce à Dieu, gi^ce à nos religieuses et à nos institutrices, font fleurir au foyer la candeur et la foi. Eh ! bien, grâce à la pipe il n'y a plus de conversation avec les femmes. Les hommes sont loin d*y gagner, tout au contraire.

Mais en voilà déjà trop sur ce sujet

J'éprouve cependant une certaine satisfaction je me suis un peu déchargé ! Mes amis de Joliette ne m'en voudront pas trop je l'espère.

Trop heureux si je puis par ces ligues convertir ou modérer du moins quelques fumeurs.

Contre mille défauts on écrit tous les jours ;

On ne convertit pas toujours Mais un seul changement est un grand service : C'est toujours sur le mal autant de rabattu. Tout ce que l'on dérobe au vice Tourne au profit de la vertu.

Pësselieb.

Je rêve une publication hebdomadaire pour les familles. Les publications sont nombreuses. La table du festin est abondamment servie, mais l'utile ne s'y mêle pas assez à l'agréable et les vases du temple y sont trop souvent profanés ! (1)

Treize métiers, quatorze misères ! disait aujourd'hui un visiteur. Ce dicton, bien médité, peut profiter à plusieurs.

Il n'y a pas à dire : " A demain les choses sérieuses. " Il faut s'occuper dès ce soir, pour la prochaine conférence ecclésiastique, de la question : Que fauUil penser de la liberté de la presse ?

( 1 ) La Lyre d'or a paru depuis. C'est une excellente publication mais eUe a le tort de n'être que mensuelle. L'abonnement est de «2 oô par an. S'adresser à Stanislas Drapeau, Boite 1069, Ottawa

Saint-Timotliée, lundi, 27 juin 1887.

Course à Saint-Timothée.— La vraie politesse chez MM. les curés.— I/e couvent. — Un Frère comme il 7 en a peu. — Histoire émouvante. Richesse de la flore dans un Ilot de 4 arpents seulement. — Comment on traverse de St-Timothée aux Cèdres.

J'allais me mettre au travail lorsque M. le curé me fait invitation de l'accompagner à St- Timothée. Accepté. En vacances, il ne faut pas parlementer longuement avec les occasions qui font trame d'argent à travers la chaîne plus ou moins modeste du commun de nos jours.

Tl faut traverser le St- Laurent. Vingt minutes suffisent, même à l'aviron. Le bateau à vapeur nous paraît plus commode. Monsieur le vicaire fait route avec nous. Le Oariœt a bientôt touché la rive droite. Nous sommes arrivés. Sept ou huit arpents nous séparent du presbytère. La voiture du Eév. M. Brissette est là. Le siège est malheureusement étroit. M. Bélair qui compte pour 200 livres dans la balance prend place sur le genou gauche de M. le vicaire et sur mon genou droit. Plus petit que M. l'abbé

Dufour, j'avais incontestablement la majeure partie du fardeau. Gare à ma jambe ! J'éprouvai dès lors quelques-unes des impressions dont Atlas portant le monde se faisait un badinage. H en était tout autrement pour moi. Plus heureux qu'Atlas cependant, je ne devais pas en cette occurrence subir la métamorphose que Ton sait (1).

Le Eév. M. Brissette, curé de St-Timothée, reçoit fort gracieusement ses confrères et amis.

Lorsque la politesse n'est que mine et parade, elle peut être estimable mais eUe est fade. Si elle est au contraire l'effloraison de la charité, elle est pleine de douceur, de suavité. La politesse dans le monde n'est trop souvent qu'un sépulcre blanchi.

'* Oeai parce que l'or est rare que l'on a inventé la dorure, qui, sans en avoir la solidité, en a tout le brillant. Ainsi, pour remplacer la bonté qui nous manque, nous avons imaginé la poUtesse, qui en a toutes les apparences. " De Lévis.

( 1 ) Atlas, fils de Jupiter, avait pour mission de soutenir le ciel sur ses épaules, n blesse Persée par le froid accueil qu'il lui fait un Jour. Fersée, pour se venger, change AUas en montagne l

La politesse, fleur de la charité, a pour effet de nous mettre à Vcdse,

On est à Vaise dans le presbytère de St-Timothée. On est à Taise dans les presbytères de nos curés, en général. Dieu en soit loué, car c'est là l'indice d'une vertu solide et pleine de clarté.

L'église de St-Timothée, sans avoir conservé la fraîcheur de ses premières années, est encore un des jolis sanctuaires de la province de Québec. On admire avec raison la chaire et le maître-autel.

Le couvent de Saint-Timothée, sous la direction des Sœurs de Jésus- Marie, est un splendide édifice du coût de $14,000. Le site en face des rapides qui sont en cet endroit particulièrement accidentésjofifre, du balcon, un spectacle grandiose. C'est là surtout qu'il faut dire avec M. Chapman, parlant du Saint-Laurent :

** Salut, 6 fier géant, 6 fleuve romantique, Oui, mon fleuve, ton flot est bouillant d'éloquence :*'

Mais me voilà loin du couvent. Sœur Angèle de Méricis, supérieure, nous fait parcourir toute la maison. Il n'y a point là de gîte pour le luxe, mais l'utile y trouve toujours sa place. Bien ne laisse à désirer.

L'académie des garçons, sous la direction des Clercs de Saint- Viateur, (1) se présente sous des dehors modestes. Entrons.

Quel est ce personnage vénérable dont une barbe longue, abondante et indocile encadre la figure ? C'est le Eév. Fr. Martel, directeur de l'établissement : une des gloires de l'institut de St- Viateur, ni plus ni moins.

Après la visite de la maison il faut faire une descente au jardin. Celui qui veut apprendre ce que l'on peut faire avec de la science, du travail et de la patience, tout en ayant que peu d'espace, fera bien de visiter ce coin de terre. On y trouve de tout en abondance. La vigne y croît merveilleusement, les pommiers y poussent

( 1 ) EUe a subi depuis des améliorations considérables.

en grand nombre ; plus est les plantes sauvages des îles voisines s'y présentent à l'état civilisé : un botaniste ferait son régal de ce spectacle.

Sortis du jardin, nous traversons la cour de récréation. Nous voilà sur la rive même du grand fleuve. Quel spectacle !

L'eau qui se précipite en énorme volume, Heurtant l'angle des rocs sur leur base tremblants, Avec de longs cris sourds, roule en tourbillons blancs : C'est le fleuve qui prend sa course dans la brume !

Gomme un cheval fougueux dont on saigne les flancs, Il se cabre d'abord, puis court, bondit, écume. Et va dans le lointain cacher son flot qui fume Sous le rocher sonore ou les grands bois ronflants.

De partout l'on entend monter des clameurs vagues ; On voit de gros oiseaux pêcheurs suivre les vagues, De remous en remous plongeant et tournoyant ;

Par un dernier efibrt cramponnés au rivage.

Les vieux troncs rabougris penchent leur front sauvage,

Noirs fantômes, au bord de l'abîme verdoyant ! (1)

Fréohette.

Le touriste ne verra peut-être là ni l'oiseau pêcheur, ni le tronc rabougri, mais il y pourra

( 1 ) Les Flearg boréales.

voir le noir fantôme, ou pour parler plus clairement, il y pourra contempler en esprit un triste spectacle.

Il y a de cela 14 ans, c'était après le souper, les enfants jouaient dans la cour du collège avec leurs maîtres ; le vicaire de St-Timothée était avec eux. Le Rév. Fr. directeur, alors Frère Eivest, aujourd'hui à Eigaud, faisait sur la grève à l'extrémité de la cour quelques réparations à l'intérieur de la baignoire. La chaloupe de rétablissement se trouvait à une trentaine de pas, elle tenait au 'rivage par un ancre d'assez fort calibre. Trois jeunes gens dont deux, bons nageurs, se jettent dans la chaloupe, s'amusant à la pousser au bout de sa chaîne. Le directeur qui entend le bruit les fait sortir de la chaloupe.

Les enfants après quelques instants reviennent à l'embarcation pour se procurer le même dangereux plaisir. Le directeur, occupé, ne s'en aperçoit pas. L'ancre tout à coup se décroche

et le frêle esquif prend le courant ; les enfants y croient à peine et laissent écouler quelques secondes dans Tespérance que le fil de Teau les jettera sur la rive ; la chaloupe au contraire gagne le large ; ils poussent un cri.

Le directeur sort de la baignoire et leur crie : " tirez Tancre ".

Les malheureux enfants n'entendent plus. Us se jettent à genoux pour recommander leur âme à Dieu. Le vicaire accourt et leur donne l'absolution. Tous les écoliers sont sur la rive, les yeux fixés sur leurs compagnons.

L'ancre s'accrochant ici et là aux pierres qui couvrent le fond du rapide ralentit la course des pauvres enfants.

On espère encore. La chaloupe peut être jetée dans un remou qui est à sept ou huit arpents.

Les enfants sont toujours à genoux. L'un d'eux saisit son chapelet.

La course devient de plus en plus périlleuse ; l'eau aura bientôt rempli l'embarcation ; on approche du remou, mais le rapide retient ses

victimes. Il n'y a plus à hésiter, les enfants se jettent à l'eau ; l'un d'eux enfonce pour ne plus reparaître ; un autre, bon nageur, se jette inconsidérément au large et est emporté par les flots. Le troisième atteint le remou et s'approche de terre de plus en plus ; épuisé de fatigue et ayant bu beaucoup d'eau, il va s'enfoncer, lorsqu'une femme qui lavait au bord de l'eau accourt et lui tend une perche. L'enfant est sauvé ; c'est celui qui s'est armé de son chapelet : il l'avait encore à la main 1

Les cadavres des autres enfants furent retrouvés le soir même.

" Celui qui aime la discipline aime la science ; mais celui qui hait les réprimandes est insensé. '*

Proverbes de Salomon.

Dieu sans doute a pardonné à ces écoliers leur désobéissance. Puisse leur malheur cependant profiter à la jeunesse qui se croit plus sage, plus expérimentée que la vieillesse !

En face de la cour de Tacadémie des Frères, à deux arpents de la rive, se trouve un îlot, dit de St-Viateur (1).

. Ce bouquet, hommage du grand fleuve à la chute aux bouleaux, mérite un mot.

Bien que Tîle de St-Viateur n'ait que 4 ou 5 arpents en superficie, on y trouve cependant outre le tilleul et le noyer tendre :

Le SUMAC

La BOURDAINE

Le SOEBIES

UAMÉLANCHIER du Canada,

Le SUREAU

La VIORNE obier

Le COUDRIER d'Amérique

L AULNE rouge

Le CEDRE blanc

La VIGNE SAUVAGE

Etc., etc., etc.

Le Rév. M. Provancher, notre illustre botaniste canadien, devrait, dans Tune de ses vavances, faire une visite à l'île de St-Viateur !

( 1 ) Favenr du Bév. M. Archambault aux Clercs de St-Viateur.

Il nous répondra peut-être, et non sans raison : " Voyez ma Flore du CaTiada et vous trouverez sur toutes ces plantes de nombreux lenseiments. "

Puisque l'occasion s'en présente, pourquoi les amis de la science au Canada n'encouragent-ils pas d'avantage Le Ncduraliste canadien, bulletin de recherches, observations et découvertes se rapportant à l'histoire naturelle du Canada ?

Les hommes de science n'ont pas chez nous l'appui qu'ils méritent.

Si on ne met que 20 minutes à se rendre des Cèdres à St-Timothée, on prend une heure et demie pour traverser de St-Timothée aux Cèdres. C'est qu'il faut remonter les courants, le long des îles, à la corde et à la perche : ce qui est assez pénible. Le premier venu fait bien de ne pas s'en mêler. Dans les rapides., plus qu'ailleurs, il faut toujours céder à la prudence.

Les Cèdres, mardi 28 juin 18&7.

Diftribntion des prix. — LivreB cartonnôB. — Malheureux aort de la littérature au Canada. — Les maisons d'éducation et les auteurs canadiens. — Le couvent des Cèdres. — L* arbre des Sœurs. — Respect pour la tradition.

— Monsieur, la mère supérieure vous prie d'assister à la distribution des prix.

— J'y vais Mademoiselle,

Toutes les distributions de prix se ressemblent plus ou moins : du chant, de la musique, une adresse, des couronnes accompagnées de volumes dont la gloire trop souvent est plus à l'extérieur qu'à l'intérieur.

L'habitude de donner des livres cartonnés est encore à peu près universelle. Ces livres en général sont bientôt déchirés et dédaignés. Ils n'ont souvent que ce qu'ils méritent.

Bien qu'il faille avec les enfants se soumettre à la tyrannie des yeux qui voient de l'or dans tout ce qui brille, ne pourrait- on pas donner,

dans les classes plus avancées, de jolies brochures.

On fait relier une brochure, on ne fait point relier un volume qui a perdu son cartonnage.

Cette brochure devrait être souvent un livre canadie7L.

Nos littérateurs meurent de faim. Achetez donc leurs productions.

Notre population n'a pas le goût des lettres, elle a le goût du jeu, le goût du carnaval, le goût des courses à cheval ou à la rame. Est-ce avec cela qu'un peuple grandit ?

Octave Créniazie qualifiait la société canadienne de 1866 de société d'épiciers. La société canadienne d'aujourd'hui a-t-elle tiré profit des 20 années écoulées ?

Les hommes de talent ne manquent pas, au contraire. Mais où est le courage littéraire, où est le feu sacré lorsque l'écrivain peut dire en voyant son manuscrit : " Ce livre n'aura d'autre lecteur que... son auteur ! "

Sans les maisons d'éducation qui distribuent chaque année des milKers de volumes, que deviendra donc la plume de l'écrivain, que deviendra cette plume d'or qui pouvait illustrer son f pays dans des pages immortelles ?

Elle sera mise de côté ; elle restera dans un tiroir ; elle se rouillera et se verra préférer... une pelle ou un rabot !

Ceux qui aiment leur patrie, les éducateurs de la jeunesse en particulier, ont donc un devoir grave à remplir à l'égard de la littérature nationale.

Encore une fois, achetons beaucoup de livres canadiens. Puis, livres canadiens ou non, donnons aux enfants des classes supérieures, surtout, des livres bien reliés ou des brochures.

Beaucoup de maisons d'éducation sont pauvres, on pardonnera toujours à celles-là de donner des livres cartonnés. La pauvreté devient sagesse lorsqu'elle répond à la nécessité.

Le couvent des Cèdres est dirigé par les Ré-

véreadea Sœurs de la Congrégation de Notre- Dame«

Cet établissement, situé en face de la tête des Bapides, possède un des plus beaux points de vue de la Puissance du Canada.

La bâtisse qui vient à peine d'être terminée est d'un bel aspect. Elle peut donner tout le confort nécessaire à 150 élèves*

Les religieuses n'ont qu'à traverser la rue pour se trouver dans notre verger.

Et pourquoi cette remarque ?

Ma mère aime à donner à ses chères voisines, peu fortunées, la cueillette des pommes d'un arbre bien fourni.

n est donc un arbre du verger qui s'appelle le pommier des Sœurs ! Heureusement pour ces Dames que ce pommier change de place ! lorsque la récolte vient à manquer.

Quelque soit le propriétaire à venir de. ce verger, j'aime à croire qu'il aura toujours son pom^'

mier des Sœurs. Les enfants doivent imiter les bons exemples et les bonnes pratiques que leur lèguent leurs parents. Le respect et Tamonr de saines traditions donnent toujours aux familles la force et la distinction.

Les faits de ce genre devraient être entrés dans le Livre de famille. J'appelle Livre de famille le journal où les parents notent leurs faits et gestes, le journal où les parents écrivent au jour le jour ce que leur apprend la vie, le journal enfin où le père et la mère inscrivent les conseils qu'ils jugent les plus utiles à leurs fils et à leurs filles.

Voilà le vrai moyen de grouper les bonnes traditions et d'assurer l'avenir de la postérité.

On ferait bien de lire à cet effet La vie doniestique, ses modèles et ses règles, par Charles de Eibbe.

it

Montréal, mercredi, 29 juin 1887

Page 1