TOUS LES JOURS JUSQU'A LA CONSOMMATION DU
SIÈCLE. (S. Mathieu, XXVIII, 19, 20 ).
Mais me voilà loin, bien loin de mon premier sujet : \^ présence réelle.
Certains ministres s'étonnent lorsque nous di- . sons que le Christ qui est dans l'hostie est celui qui a été crucifié par les Juifs.
— Mais le Christ crucifié, s'écrient-ils, avait au moins 6 pieds de hauteur et votre hostie n'a que quelques pouces de diamètre !
— Tout doux, fils du libre examen.
J'ai six pieds de hauteur ; mon âme est dans
tout mon corps et dans toutes les parties de mon
corps ; cette âme diffère-t-elle de l'âme que j'avais
il V a 33 ans alors que mon corps ne mesurait
18 pouces ? Mon âme d'aujourd'hui était-
elle plus à V étroit il y a 33 ans qu'elle Test aujourdTiui ?
Le Christ qui est dans Fhostie c'est le Christ avec son corps glorifié, corps qui put sortir du tombeau sans que la pierre en fût levée, corps qui put s'introduire, portes closes, dans le cénacle.
Les corps glorifiés ont une manière d'exister qui n'est plus celle des corps passibles. 'Le corps du Christ par conséquent, dans son état glorifié, est autant lui-même dans la petite hostie, que mon âme était elle-même dans mon petit corps d'autrefois.
Attendons encore un peu la pleine lumière des cieux ; elle nous fera voir bien plus clairement et sans raisonnement.
Mettez ensemble trois femmes qui se connaissent un peu, elles parleront trois heures durant sans dérougir. C'est ce que j'ai constaté aujourd'hui pour la xième fois. H n'y a point
mal à cela dès que la charité n'est pas blessée, comme dans le cas présent.
Une réflexion cependant se présente à mon esprit. On parle aujourd'hui d'introduire les femmes dans la vie publique en leur donnant le droit de vote aux élections municipales, etc. Si la vie intime leur donne tant de matière à conversation, que serait-ce donc de la vie du dehors ? y 8onge-t-on ? Veut-on à tout prix que le ménage ne se fasse plus et que les enfants ne soient plus élevés, et que le diable soit dans la boutique du matin au soir ?
Je crois avec Madame d'Epinay que
Le nombre des femmes courageuses est aussi grand que le nombre des hommes poltrons.
Mais je crois aussi avec Camille Doucet que
Pour améliorer la condition des femmes, il ne faut pas commencer par en faire des hommes.
Les Cèdres, Inndi 11 juillet 1887
Comme quoi l'homme ne doit jamais être fier. — André Thetuiet. — Que l'on est souvent injuste à l'égard de ses amis. — Un mot an sujet d'un ex-professeur de sciences an petit séminaire de Bte- Thérèse. — Mon premier coup- de fusil. — Un liyre édifiant.
Uhomme ne réussit à faire quelque chose qu'avec beaucoup de choses. Il a donc bien tort de se flatter et de se glorifier de ses œuvres ! .
J'ai commencé, pour information, la lecture du Mariage de Gérard par André Theuriet. C'est bien écrit. Cet auteur cependant n'a pas suffisamment, ici, le sens des convenances ecclésiastiques. Le curé qu'il met en scène tutoie sans façon Mademoiselle. Plusieurs jeunes filles travaillent 80U8 la direction de Monsieur le vicaire dont la soutane fait tache au milieu des robes blanches. Pure imagination sans doute que tout cela.. Il n'en reste pas moins dans l'esprit de quelques-uns une prédisposition à porter x
jugement sinistre sur les moindres apparences.
On est souvent injuste à l'égard de ses amis.
Je vais, je suppose, dans telle paroisse, voir mon ami X. Je m'attends à recevoir une invi • tation à dîner ou à souper, Eien ! Ai-je droit de m'en froisser ? Non. X brûlait peut-être du désir de m'inviter. Il ne l'a point fait. Pourquoi ? Parce qu'il n'est pas le maître ; parce que, en cherchant à me faire plaisir, il s'expose à faire déplaisir à plusieurs autres avec lesquels il doit compter.
Dans les familles, en effet, les gens de la maison ne sont pas toujours disposés à recevoir ; il y a des heures où ils ont horreur du poêle et de la cuisine. Du reste, dans certaines circonstances, l'humeur fait défaut chez celui-ci ou celui-là, chez celle-ci ou celle-là !
Les provisions peuvent aussi faire défaut. On s'imagine si souvent, à tort, qu'il faut un bœuf, deux moutons, trois dindes et quinze poulets pour recevoir un homme.
En semblable occurrence, est-il facile pour X d'inviter un ami ? Il n'est donc pas coupable d'indélicatesse, il ne fait que se rendre à la nécessité.
Je rencontre ce soir, au presbytère, M. Grervais, ecclésiastique. Il parle de M. de Eepentigny,curé d'Hinchinbrooke, ex-professeur de sciences au petit séminaire de Ste-Thérèse. M. de Eepentigny a composé d'excellents traités sur la physique, l'agriculture, etc. Pourquoi ces traités ne sont-ils encore que manuscrits ?
M. Gervais me fait l'effet d'un jeune homme sérieux et studieux.
Grâce à M. le Vicaire, M. Dufour, j'ai tiré aujourd'hui mon premier coup de fusil. J'ai ajusté une branche très bien fournie de rameaux
et de feuilles. Paf Tout est resté intact !
Décidément, je ne suis pas né soldat.
La vie de la sage et vertueuse Bartholommée de Lovere m'édifie beaucoup. C'est écrit dans un italien facile à entendre. Il serait peut-être utile de traduire cette vie pour l'édification de la jeunesse.
Les Cèdres, mardi 12 juillet 1887.
Mgr J.-S, Raymond. — Les mauvais feuilletons. — M^ Raymond et les romans, en 1874. — La lecture des romans depuis 1874. — Responsabilité. — Ce que c'est qu»un bon livre diaprés La Bruyère. — Conseil.— Interprétation charitable à l'égard de nos jouiîxalistes. Pour qui et pourquoi les deux publicationg VUtttdiant et le Obttvent.
Je veux enregistrer ici le décès d'un homme qui fut à la fois : patriote, instituteur, littérateur et philosophe, Mgr J.-S. Kaymond, supérieur du séminaire de St-Hyacinthe. — Il a la gloire d'avoir contribué pour beaucoup à la fondation du monastère du Précieux Sang. — Le séminaire de St-Hyacinthe ne donnerart-il pas un jour au Canada, réunis en un seul ouvrage, les diverses études de son vénérable supérieur ?
La presse canadienne bien pensante s'effraie de la nature des feuilletons publiés par certains de nos journaux.
Mgr Eaymond écrivait en 1874 :
"Il en est temps^si la religion ne vient pas au secours de la littérature, celle-ci va bientôt mettre la société dans un état intellectuel et moral qui lui prépare et des ignominies et des désastres. M. de Bonald a dit ime parole fameuse : la littérature est Pexpression de la société : ainsi quel indice de dégradation chez un peuple, qu'un goût littéraire auquel on n'efl^îrait que des romans, des drames, du caractère que j'ai signalé ! Et ne peut-on pas dire aussi que la société est la réalisation de la littérature ? ses mœurs deviennent cel les dont elle trouve l'expression dans les livres, objet de ses lectures.
Où en serait danfe un prochain avenir notre propre pays, si ces œuvres au fond immoral et à la forme affranchie de toute règle,dont se compose en jçrande partie la littérature française contemporaine, venaient à l'envahir ? On les retrouve en plus ou moins grand nombre dans certaines salles de lecture ; on les a vues s'étaler sur des tablettes de libraires ; malheur à la jeunesse qui va pervertir là sou esprit et son cœur. Je dois le dire : l'opinion publique de notre patrie, si honnête encore, parcequ'elle est si religieuse, anathématîserait des productions licencieuses. Mais on voit s'introduire de plus en plus un goût pour le roman, qui d'abord dénote un certain affaiblissement des forces intellectuelles et morales, et qui, "devenant une passion, serait en proie à une soif d'émotions, que l'on chercherait bientôt à désaltérer à des sources impures, auxquelles peu à peu on ne ferait plus scrupule de s'abreuver ( 1 ). "
Cl) Nécessité de la religion dans Pédncation, page 30.
Ce que Mgr Eaymond craignait nous menace de plus en plus.
Depuis 1874, en efifet le roman a fait énonnément de chemin chez nous. On le trouve bien souvent dans les mains du jeune homme, et non moins souvent dans les mains de la jeune iille.
Les publications à feuilletons se multiplient sans mesure. C'est un malheur. Ces feuilletons, bien souvent, ne sont ni choisis, ni épurés. C'est un malheur plus grand encore.
Les rédacteurs de ces pubHcations songent-ils au mal qu'ils font aux âmes et à la patrie ? Songent-ils au compte effroyable qu'ils auront à rendre à Dieu ?
On veut être agréable au lecteur, c'est bien, mais n'oublions pas que l'agréable, n'étant qu'une forme du beau, doit être comme lui la splendeur du vrai et du bien,
** Quand une lecture vous élève Pesprit, et qu'elle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez pas une autre règle pour juger de l'ouvrage, il est bon, et fait de mains d'ouvrier. "
La Bruysbe
Cet ouvrage, publions-le sans crainte, le bien qu'il aura fait nous voudra son pesant d'or devant Dieu.
D ne faut pas en prêchant la chprité prêcher contre la charité.
Si nos journalistes publient parfois des feuilletons qui laissent à désirer, c'est qu'ils les publient de confixince sans leà avoir lus, se fiant trop aux recommandations de personnes qui n'ont pas la compétence voulue. Dans . d'autres cas, on publie tel ou tel feuilleton même après l'avoir lu, mais parce qu'on n'y a pas pris de mal. On ne songe pas que ce qui tombe impunément sous les yeux d'une personne âgée par exemple, ne peut être mis sous les yeux de n'importe qui. On oublie que telle page ira partout. On ne pense pas que le jeune homme ou la jeune fille verra telle ou telle chose d'un tout autre œil qu'une personne mariée.
En résumé, il y a donc, le plus souvent, trop de confiance ou défaut d'expérience.
Il ne faut donc pas être trop prompt à croire
qu'il y a malice.
Nos journalistes en général, grâce à Dieu, ne
sont pas des hommes ennemis de la religion et de la morale.
Pour détourner un peu la jeunesse des lectures trop légères et pour l'accoutumer de bonne heure aux lectures sérieuses, j'ai fondé YEtU' diant et le Couvent
L'Etudiant s'adresse au jeune homme qui a déjà quelque instruction. Cette feuille s'applique à faire de lui " un homme comme il faut ". Elle le met au fait des événements contemporains : dans l'histoire, les sciences,les arts et les lettres ; elle lui enseigne la bonne tenue, le savoir-vivre ; elle s'applique à le récréer tout en lui donnant le goût du solide.
Une jeune fille ne lit pas sans profit VEtU" diant
Le Couvent a été fondé spécialement pour la jeune fille des académies et des couvents
est aussi à sa place au foyer domestique. Il enseigne à la jeune fille : le savoir-faire, le savoirvivre, la cuisine,, la couture et la pieté. Il lui donne aussi de jolis travaux littéraires propres à stimuler son ardeur pour le travail et à la faire progresser de plus en plus dans ses études.
On ne saurait trop encourager cette œuvre.
Le prix d'abonnement à Y Etudiant n*est,pour la jeunesse, que de 50 centins par année.
Le prix d'abonnement au Couveti^ est de 26 centins par an !
Les Cèdres, mercredi, 18 juillet 1887.
La maison paternelle, aqjourd^hui et il y a 16 ans. — Que les enfanta sont peu de temps avec leurs parents. — Ckdte que l*enfant doit à son père et & sa mère — Eloge de la piété filiale.
Aux derniers jours de Tautomne, Tarbre si fier à Tété, de ses riches parures, a vu disparaître en peu de temps ses fleuiB, ses fruits et ses feuilles.
Il en est ainsi de chaque famille ici-bas.
Il y a quinze ans, quel bruit, quelle animation dans cette maison des Cèdres, aux vacances surtout, lorsque les 4 garçons revenaient du collège et les 4 filles du couvent.
Que de changements depuis :
Fr(^,déric, l'aîné, à Joliette ; Théophile, le cadet, pharmacien, à Ste-Cécile de Vallejrfield ;
Maurice, avocat, à Montréal ; Euclide, employé civil, à Montréal ;
Fabiola, sœur grise, au couvent de St-Francois du Lac.
Marie-Joseph, aujourd'hui madame Dr A.
Trudel, Ottawa.
Blanche et Frederica restent fleurs sur la branche jusqu'à ce que quelques papillons leur viennent donner des ailes.
Où sont Callista et Alexandre ?
" Us sont où vont les feuilles mortes ! "
Vient donc un jour où le père et la mère trouvent désert et muet le nid qui jadis était rempli d'oiseaux et de chansons.
Je ne le regrette qu'à demi pour les parents.
Après avoir tant vécu pour les autres, n'est-il pas dans l'ordre qu'ils vivent un peu pour eux ? L'immense responsabilité que laisse derrière elle l'éducation des enfants ne donnera-t-elle pas aux parents le loisir de s'orienter en paix et de plus jen plus vers leur éternité ?
Les circonstances qui paraissent parfois les
plus fâcheuses pour le cœur de rhomme ne sont qu'admirables aux yeux de la foi et constituent une harmonie de plus dans l'état de nature déchue.
Ce que je regrette, c'est que les enfants, ayant à rester si peu avec leurs parents, n'aient pas plus souci de leur faire plaisir et de leur être agréables.
Et pourtant il est écrit :
Que votre respect pour votre père se manifes^ te dans vos actions, dans vos discours et dans votre patience à supporter ses infirmités. EccL. m, 9.
N'attristez pas lesjau/rs de votre père. 10.
8i son esprit s'affaiblit, sachez Le supporter, et n'allez pas, fisr de l'avantage de votre raison, le traiter avec moins de respect 15.
Ne méprisez pas votre mère. Frov. X""
Celui qui excite la colère de sa mère, encourt la malédiction du Seigneur. Eccl. III, 18.
Hovxyrez votre mère pendant toute sa vie, Tob. IV, 3.
Malheur à l'homme qui maudit son père et sa mère, pour lui le flambeau de la vie s'éteindra à jamais. Prov. XX, 20.
Les saints livres ne font pas seulement un précepte de la piété filiale, ils en font aussi Téloge :
La bénédiction du père assure la prospérité des enfants. Eccl. III, 11.
Vou^ serez égalem^ent récompensé pour avoir supporté les défauts de votre mère.
Dieu nous affermira dans la justice, il se souviendra de vous dans les temps de malheur, et vos fautes disparaîtront d>evant lui, comme la glace aux rayons du soleil. Eccl. III, 16, 17.
Honorez votre père et votre mère afin de vivre d'une longue vie. Exod. XX, 12.
Parmi les maximes les plus répandues en Chine, on trouve les suivantes, au rapport des mis-
sionnaires :
" Qui est bon fils est bon frère, bon époux, bon père, bon parent, bon ami, bon voisin ; qui est mauvais fils n*est que mauvais fils. — Tout scélérat a commencé par être mauvais fils. — Toutes les vertus sont en péril, lorsque la piété filiale est attaquée. — Les plus grands talents ne conduisent qu'à de grands vices, lorsqu'on ne les emploie pas à signaler son respect pour ses parents. — La piété filiale a sauvé plus de vies que la médecine. " (1)
L'expérience de tous les jours nous apprend le malheur des enfants qui ont foulé aux pieds les préceptes de la piété filiale ; elle nous fe.it voir au contraire qu'il y a une bénédiction particulière de Dieu sur les bons enfants, sur les fidèles observateurs du 4ème précepte. Cette expérience confirme de point en point les données de l'Ecriture et la tradition de tous les siècles.
(1) La vie domestique^ par Charles de Bibbe, Tome 2,p. 95.yrage devrait être dans toutes les familles.
Montréal, lundi, 18 juiUet 1887.
!En route pour les sources de St-L6on.
Je suis en route pour les sources de St-Léon ( St-L eon Springs. )
Il y a là des eaux minérales dont on vante l'efficacité. Je veux y noyer le rhumatisme. Les rognons y trouveront peut-être aussi quelque bien.
Sources de St-Léon, mardi, 19 juillet 1887-
Situation géographique. — Gomment on se rend aux aouroea.
St-Léon ( comté de Maskinongé ) est à quelques milles de Louiseville, et Louise ville est à 23 lieues de Montréal, sur le chemin de fer qui conduit de Montréal à Québec.
On demande un billet ( station Dalhousie) pour les Sources de Saint-Léon ; aller et retour, $3.50 :
ce n'est guère exhorbitant. On peut partir le matin à 9 heures et l'après-midi à 3 heures 50 minutes. Les voyageuis prennent en général les chars du matin. On débarque à la Eivièredu-Loup (en haut) ; on a eu la singulière idée de changer ce nom en celui de Louiseville. Dieu le pardonne aux auteurs. Quand serons-nous assez sages, assez intelligents, pour conserver à nos vieilles choses leurs noms 1
La diligence de l'hôtel des Sources est là. Il faut faire 2 lieues avant d'arriver à l'hôtel. Il n'y a rien à payer, le prix de ce trajet éta
compris dans les $3.50. La route me parut fort longue. On n'aperçoit THôtel des Sources que lorsque l'on est arrivé, car il se trouve dans un lieu fort bas. Il est de belle apparence et produit une favorable impressio n.
-v'SS ' '
Sources St-Léon, mercredi, 20 juillet 1887.
La Rivière-du-Loup. — Les chambres. — Un conseiL — L'éclairage. Billards. — La source. — Les eaux. — Les chaloupes.
L'Hôtel des Sources est à 2 milles du village de St-Léon. La solitude est grande aux alentours. La Eivièrë-du-Loup coule à quelques pas de l'Hôtel, des eaux tranquilles et plus ou moins terreuses.
Il doit y avoir ici 130 personnes. La maison peut en loger au besoin 300.
Les chambres sont très bien meublées. Les lits, à ressorts très flexibles, sont magnifiques. On trouve dans chaque chambre une berceuse, un lavabo et une table de toilette, une table à écrire et un tapis.
Je conseille aux voyageurs de prendre de préférence les chambres qui donnent sur la rivière, comme étant plus fraîches.
Quant à l'éclairage, chacun prend à vo^'^
dans le corridor une lampe ou une bougie.
Deux jolis billards, dans une salle réservée, assurent aux amateurs quelques heures d'agréable passe- temps et d'utile exercice.
Entre l'Hôtel et la rivière se trouve la fameuse source. Un carré de 8 pieds de côtés se trouve rempli des eaux de cette source. On a ponté ce carré et on l'a couronné d'un toit qui fait une maisonnette que Ton a garnie de bancs. Au milieu du dit carré on a fait une espèce de puits dans lequel l'eau est sans cesse en ébullition par la sortie d'une quantité considérable de gaz. Ce gaz produit une magnifique lumière lorsque l'on jette au fond du puits une allumette enflammée.
Les eaux de la Source sont fraîches et très agréables au goût : on dirait l'eau qui accompagne l'huître dans sa coquille.
A trente ou quarante pas de la Source se trouvent 5 ou 6 chaloupes qui invitent l'étranger à faire plus ample connaissance avec la Rivière-du-Loup. C'est très agréable.
Sources de St-Léon, jeudi, 21 juillet 1887.
Mgr Bacine. — Un repzodie. — Mademoiselle, seole, en chalonpe, areo Monsieur. — Mères, soyez là. — Les jeunes filles qui damnent lenrs parents. — La table. — Eau chaade à la porte. — L>eaa de 8i-Ii6on ponr les maladies de peau et pour les maladies du foie.
Monseigneur Sacine, évêque de Sherbrooke, est ici depuis plusieurs jours en compagnie de M. Doucet, curé de la Malbaie et des BR. MM. Martel et Gingras.
Il y a dans THôtel un vaste réservoir d'eau minérale. C'est l'eau dont on use pour bains chauds et bains froids.
Mgr Bacine prend deux bains chauds par jour à une température de 115F. Il en a également pris l'année dernière et ses rhumatismes ont de beaucoup diminué. L'efficacité des eaux de St-Léon, me paraît, de ce côté, bien établie.
La manière dont les chambres de bains sont tenues ne me va pas. C'est trop prinaitif.
Il est aussi à désirer qu'il y ait plus de luxe ou du moins plus de propreté dans les environs des chambres de bains. (1)
Une jeune fille ne doit pas oublier que partir, seule, en chaloupe, avec un jeune homme, à la dernière clarté du jour, fait porter sur elle des jugements sévères de la part des spectateurs.
Les bonnes intentions ne suffisent pas pour détruire ce qu'il y a de mauvais dans les circons-
tances. Ces bonaes intentions-là ont damné des milliers d'âmes.
*' Les âmes qni s'aiment vén tablera eut d'une affection sérieuse et chrétienne sacrifient volontiers au devoir le plaisir d'être ensemble. " (2)
Charles Sainte-Foi.
Le seul à seul des jeunes gens et des jeunes
( 1 ) Depuis 1887, il y a progrès, les Sources ayant changé de propriétaire.
( 2 ) Les heures sérieuses d^une jeune personne, excellent peti lume que toute jeuue ûlle devrait avoir entre les mains.
filles, voilà ce qui davantage enlève sa fleur à notre jeunesse. Il n'y a pas plus d'exception pour les cousins et cousines que pour les autres, au point de vue du seul à seul.
Ce qu'il y a d'incompréhensible, c'est que bien des mères, oubliant leur propre jeunesse, permettent à leurs filles le keul à seul.
Saint Paul nous dit que la femme se sauvera par les enfants qu'elle aura élevés, faisant en sorte quHls demeurent dans la foi, dans la charité, dans la sainteté et dans la vie bien réglée. (1)
Est-ce bien régler la vie de ses enfants que de les exposer prochainement au danger de perdre leur chasteté ?
Ce qu'il y a de plus terrible, c'est que bien des jeunes filles travaillent sciemment à la damnation de leurs mères, en exerçant sur elles une pression telle que celles-ci finissent enfin par céder et manquer gravement à leur devoir.
(l) lôre épître à Timothée, ch. 2., v. 15.
Il doit y avoir une place à part en enfer pour ces fiUes-là.
La danse, en général, est une jolie chose que Ton gâte.
*' God made the meals
The devil made the cooks. " .
C'est Dieu qui a fait les mets, mais c'est le diable qui a fait les cuisiniers : ce proverbe vient naturellement à Tesprit à St-Léon. La matière première est bonne sans doute, mais elle n'est pas assez bien apprêtée. C'est dire que la table laisse un peu à désirer.
Quoiqu'il en soit, grâce à l'eau de la Source, on ne laisse pas de bien digérer : c'est une compensation qui a bien sa valeur.
Chaque matin, on met à la porte de nos chambres un pot d'eau minérale, chaude. Ce pot contient cinq verres d'eau. Cette eau ainsi réchauffée agit davantage sur l'estomac et sur les intestins. On peut prendre 1 verre le 1er jour, 2 verres le 2ème jour, puis de 3 à 5 verres les jours suivants, sans aucun inconvénient.
Les bains se prennent généralement à 10 h. A. M. ; à 4 h. et à 10 h. P. M.
n faut éviter de prendre ces bains après le repas. Plusieurs se plaignent d'insomnies ; je l'attribue à ce qu'ils prennent leur bain trop tard. Le meilleur temps, c'est vers 11 h. A. M. et vers 5 h. P. M.
Plusieurs, les enrhumatisés surtout, se piongent dans une eau dont ils élèvent peu à peu la température jusqu'à 116 "^ .
Il est bon d'apporter avec soi un thermomè tre, un peigne et une brosse à bains.
Je constate Tefficacité de Teau de St^^éon pour les maladies de peau.
Mademoiselle Eobitaille, de Québec, voyageant en Terre-Sainte avait dû boire un jour de Teau stagnante. Il s'en suivit une éruption très considérable que rien ne guérissait. On conduit Tenfant à St-Léon ; elle refuse de se mettre au bain ; sa mère fait tant qu'elle Ty décide. Elle se trouve si bien dans cette eau qu'elle denuiude h prolonger la durée de son bain. Après plusieurs ablutions, la jeune fille se trouve guérie, à ce point que son frère venant un soir de Québec pour la voir, se trouve tout transporté en la trouvant si bien, exprimant bruyam aient sa joie devant toute la société réunie.
Cette demoiselle (1) qui est présentement à
(1) Aujourd'hui Madame Dr Marois.
St-Léon ne conserve de son mal que le souve nir de l'avoir eu.
L'eau de St-Léon est encore excellente pour les maladies du foie. Je vois ici une personne qui condamnée par les médecins, voulut essayer, Tannée dernière, les eaux de St-Léon. Elle prit des bains pendant 8 jours, à une température très élevée, et s'en trouva très bien. Elle entend par de nouvelles ablutions terminer cette année sa guérison.
Sources de St-Léon^vendredi^ 22 juillet 1887
De gr&ce, Madame, ne faites point rire de tous. — Yoalec-TOiu danser? — Madame T. Bobitaille. — Une heure avant le dîner, une heure ayant le 8oai>er. — Que le temps est peu de chose.
Pluie, vent, tonnerre, tout comme l'avait annoncé Tobservatoire de Toronto.
Une Dame d'une trentaine d'années et de bonne apparence, qui est devenue l'épouse d'un
vieillard de 70 ans, vient d'arriver ici avec une
ff
amie.
" Chez les oiseaux nouvelle marche vite.
Et le plus petit bruit a des ailes comme eux. "
Il en est un peu chez les femmes comme chez les oiseaux. Le fait connu de 2 ou 3 fut bientôt à la connaissance de tous les habitués de l'Hôtel.
L'extra n'est pas dans cet amalgame de vieillesse et de jeunesse, il est dans l'accoutrement de madame. Il faut voir comme elle est oM
lée. C'est un spedmen de la toilette abracadabrante.
Elle toise de plus tout le monde du haut de sa grandeur et ne parle qu'à son amie. Elle a l'air très convaincue de sa beauté, mais ne semble pas se douter que les belles sont souvent des modèles de simplicité.
Les voyageuses de cette espèce ne feraientelles pas mieux de rester chez elles ?
Chut ! Qui sait si je n'ai point calomnié cette fille d'Eve ? N'obéit-elle pas à une volonté supérieure ?
Il faut en effet ne pas trop juger sur les apparences.
Un jeune anglais travaille à organiser une soirée dansante. Ça ne réussit pas. Les Canadiennes ici pour le grand nombre ne savent pas danser. Je ne conçois point de tout ceci un très vif chagrin !
Madame Théodore Eobitaille, épouse de Tex- It. gouverneur Eobitaille, depuis quelques jours à St-Léon, est une femme qui a beaucoup d'intelligence et dont la conversation est tout à la fois vive et instructive. Me voyant un peu seul, après le départ de plusieurs prêtres, elle a eu l'obligeance de faire les premiers pas et de m'introduire à ses connaissances de Québec. Charmante la colonie Québecquoise.
Lorsque Ton converse aux eaux avec une femme, il faut la laisser libre, une heure avant le dîner et une heure avant le souper, afin de lui permettre de rafraîchir sa toileUe. Je remarque, en passant, que Madame Eobitaille ne suit pas la coutume de plusieurs qui est de changer de robe et de fichu trois ou quatre fois par jour. Elle vient aux eaux pour se reposer : elle n'y vient point pour se fatiguer et pour se faire admirer. Elle a raison.
lOf h. ! J'en suis surpris. Le temps est bien peu de chose, puisqu'il suffit de le remplir pour en faire disparaître la durée !
Sources de St-Léon^samedi, 23 juillet 1887
Varia. ~M. Shallow. — Un rAdaoteur bien payé. — A Toocasion d*ime soirée dansante.
S'il y a beaucoup d'imprudents dans le monde, il semble, vrai de dire qu'aussi nombreuses sont les imprudentes.
Plusieurs jeunes filles s'abonnent ici au Cori' vent J'aime à croire qu'elles sont au nombre des sages celles-là.
M. Shallow, propriétaire du Monitev/r du Commerce, me fait l'eflfet d'un homme tout à feit agréable. M, Savary, son premier rédacteur, gagne $35.00 par semaine.
Grand bal ce soir.
Toilettes riches mais modestes.
Sources de St-Léon, dimanclie, 84 juillet 1837
A St-Léon. — Le Béy. M. Tessier. •— Une instruction. — Le sentiment et la raison. — Les ananas. A la messe. Le dimanche des protestants. Sommeil.
Hier soir, j'ai laissé l'Hôtel pour me rendre à quelques milles cHez le Eévd. M. Tessier, curé de St-Léon,
Le curé de St-Léon est un homme affable et distingué. Il suit attentivement les événements du jour.
Il chante aujourd'hui la grand'messe et me charge de l'instruction. Je répète pour la septième fois mon petit mot sur les fruits de la com7i%union fréquente, ajoutant à chaque fruit un trait. Le peuple aime les histoires. Certains faits émouvants lui donnent plus de conviction que les meilleures raisons. La raison cependant doit toujours être là. On entre dans le cœur par le sentiment, mais on n'édifie rien d<
Sonrces de St-Léon, lundi, 26 juillet 1887.
YaiiLcn. — Promettre et ne pas tenir. — Gtenre maossade de certaines feuilles. — Ce qui forme l'opinion. — Bien payer les rédactenm. — Articles de fond. — Nos joumalisteB et nos hommes de lettres. — Pas de conviction chez certains protestants. — Moyen facile de faire aux eanx, de nombreuses connaissances.
Je tire une course en chaloupe avec MM. Brousseau, de Québec, et Balcy, des Trois-Eivières. M. Brousseau remporte une brillante victoire !
Pierre, Paul, Jacques et Jean, décidément, ne viennent pas à St-Léon.
Les hommes se font des promesses qu'ils ne tiennent point.
Conclusion pratique : parlons des gens arrivés plutôt que des gens à venir.
La lecture des journaux m'attriste.
Que d'insinuations fausses et malveillantes ! Que d'enfantillages I Que de niaiseries !
temps à son poste ; il acquiert de la science et de l'expérience. Ce rédacteur, fort de ses convictions et juge éclairé des diverses questions, ne songe pas à mer ou à beugler dans son journal ; il chercher la vérité, il l'expose, il la défend : cela lui suffit.
Les articles de fond sont évidemment trop rares dans plusieurs de nos journaux.
Certains journalistes ne suivent pas assez le mouvement historique à VétraTtger,
Ce qui peut affirmer le règne d/ii Christ est, d'autre part, chose trop indifférente, pour un certain nombre. La 'presse est une puissance. Tout puissance vient de Dieu — omnis potestaa a Deo — et doit contribuer par suite au règne du Dieu-Sauveur ici-bas.
J'ajoute que les journalistes, en bon nombre, ne sont pas assez gracieux à l'égard de nos hommes de lettres. Ils parlent trop peu de leurs ouvrages ; ils devraient en citer, de temps en temps, quelques pages : cela vaudrait bien des
reproductions et serait œuvre patriotique. Que de fois ne lit-on pas après un simple accusé de réception : " nous remettons à plus tard une étude approfondie sur cet ouvrage, " étude approfondie qui ne voit jamais le jour !
H ne faut point conclure de tout cela qu'il n'y a pas de vrais journalistes au Canada.
Certains protestants sont bien peu fermes dans leurs convictions. M. X., méthodiste, je crois, me disait aujourd'hui : " L'Eglise catholique est de toutes les églises, la plus droite, " Il reste méthodiste cependant, parce qu'il est né méthodiste et parce qu'il ne se donne pas la peine d'étudier plus profondément notre sainte religion.
Parle à celui-ci, parle à celui-là, le temps passe
et je ne fais rien. Il est vrai que je suis ici pour ne rien faire.
Ce soir on a joué le Euchre, en grand : 7 tables, 4 par table. Il y avait des prix. Le plus fort a fait 40 points, le plus faible 15. J'avais 27 points ! Ce jeu de cartes, avec le système en usage, est le moyen le plus simple de faire, en peu de temps, connaissance avec un grand nombre de personnes. De fait, ceux qui ont le plus de points, doivent à chaque coup de clochette, changer de table et de vis-à-vis.
Sonroes de St-Léon, mardi, 26 juillet 1887
Béponda en fïrançaia. — La oorraption dn meilleur est le pire. — Une admirable chose. — Une sorpriae.
Quand je te parle en français, réponds donc ea français, simple d'esprit, puisque tu sais le français.
Lorsqu'un homme d'esprit se met à être bête, il épuise la bêtise.
Quelle admirable chose que la sagesse ! Tu avais bien pensé, Salomon, en lui donnant la première place.
Autant la sagesse est belle, autant elle est difficile à pratiquer. Elle a son siège dans la ôson, mais les passions se donnent si souvent b main pour lui faire la guerre !
L'homme sage est celui qui appréciant chaque chose à sa valeur... agit en conséquence.
Ma mère, à THôtel, ce soir !
C'est ainsi que les mères aiment à faire à leurs enfants d'agréables surprises.
De la bonté céleste un rayon étemel
Semble se réfléchir dans le cœur matemd,
Et la divinité nous offrant son image,
Sous les traits d'une mère appelle notre hommage.
MiLLEVOYE.
27 jiUUet 1387
«• EliDso, sa Csniidii —
es vacances, j'ai instruits, pieux ements les plus et sur les choses, exemple, en par- 1 oi^ueilleux ; " C disait au coqf>lus sérieux du
■ ses contais SUT la raison :
elui-ci ou celui-
ittire ici l'attenprès de sa mère,
s'occupant tantôt de couture, tantôt de lecture ne faisant que peu d'amies, se montrant très réservée avec les jeunes gens.
Veuille le Seigneur lui donner un jour la
pleine lumière.
La mère de notre jeune méthodiste paraît être une femme de premier ordre.
Les bonnes mères, plus souvent que les artistes, donnent à la société des chef S'd* œuvre. C'était sans doute un peu la pensée de Joseph de Maistre, lorsqu'il écrivait à sa fille Hortense :
" Les femmes n'ont fait aucun chef-d'œuvre dans aucun genre. Elles n'ont fait ni l'Iliade, ni l'Enéide, ni la Jérusalem Délivrée : ni Phèdre, ni Athalie, ni Kodogune, ni le Misanthrope, ni Tartufe, ni le Joueur ; ni le Panthéon, ni l'église de Saint Pierre, ni la Vénus de Médicis, ni l'Apollon du Belvédère, ni le Persée, ni le livre des Principes, ni le Discours sur l'histoire universelle, ni Télémaque. Elles n'ont inventé ni l'algèbre, ni les télescopes, ni les lunettes achromatiques, ni la pompe à feu, ni le métier â bas, etc. ; mais elles font quelque chose de plus grand que tout cela ; c^est sur leurs genoux que se forme ce qu'il y a de plus excellent dans le monde : un honnête homme et une honnête