‹ Poésien diversen. Coups d'aile et coups de becChapitre 90 sur 100 · XV · texte numérisé non relu

XV

Voilà comme sont bien des jeunes gens : beau< coup de cœur, mais de prudence... point.

Je salue avec plaisir l'arrivée du Rév. M. Leclerc, curé de St-Joseph de Montréal. M. Leclerc est un causeur agréable et renseigné.

Madame, vous n'êtes guère flatteuse pour cette étrangère ; forcée de s'éloigner de vous, elle vous prie de l'excuser et vous lui répondez : " Avec plaisir, Madame. " Distraction, si l'on veut, mais distraction qui fait tort à son auteur.

La cuisine n'est pas un bureau, ou, si c'en est un, c'est celui de la servante seulement.

Pendant une bonne partie de la soirée, plusieurs demoiselles ont travaillé à se magnétiser. Elles n'ont pas réussi.

L'usage du magnétisme affaiblit la personne qui s'y soumet. Cette considération sera toujours très puissante pour en arrêter un grand nombre.

Mgr O'Mahoney fait remarquer à ces demoiselles, juives ou protestantes, qu'elles ne peuvent dans ces circonstances soumettre leur volonté d'une manière absolue à la volonté d'une autre personne.

Plusieurs tentent de faire tourner une table, pas de succès : il y avait là trop de soutanes !

Madame X raconte ici que sa fille aînée obtient du diable toutes les réponses à ses questions et que ces réponses sont écrites sur un papier qui est disposé en conséquence. Le fils de Madame X est très ennemi de cette pratique. Lorsque Mademoiselle consulte l'esprit sur le compte de son fi'ère, la réponse est toujours une

Caledonia-Springs, mercredi, 24 août 1887

Miettes. — L'électricité, lea tremblements de terre et les volcans.

Les chambres se font trop tard ici comme en beaucoup d'hôtels.

Le nombre des étrangers diminue. C'est une température de 58 F ^ . qui les chasse.

Le Rév. M. Champagne nous fait de la musique et du chant.

On ne danse guère à Caledonia. Personne ne s'en plaint.

Grande discussion entre Mgr O'Mahony et plusieurs autres. Mgr O'Mahony prétend qu'il faut attribuer à l'électricité la plupart des tremblements de terre. Ses raisons ont beaucoup de valeur. Plus est, d'après certain auteur, l'électricité met le feu au sommet des montagnes. Ce feu gagne les profondeurs, arrive à des courants d'eau ou à des matières qui développent beaucoup de gaz, et voici que les éruptions volcaniques nous sont expliquées !

Caledonia Springs, jeudi, 25 aaût 1887

Témoignages du Bér. M. Deschamps, de Mgr Gleaiy et du Dr G. £. Desjardins sur Caledonia Springs.

Un coup d'œil sur le cahier de l'Hôtel :

Le Eév. M. Deschamps, P. S. S., décédé cette année, écrivait en 18...

'* Je repars pour Montréal, enchanté du séjour de Caledonia. J'y laisse à peu près entièrement les cuisantes douleurs d'un rhumatisme inflammatoire qui, depuis à peu près un an, me permettait à peine de me tenir sur les pieds. J'attribue en grande partie ce mieux sensible aux " Eaux merveilleuses " des Sources qui avoisinent " le Grand Hôtel. " — M. Kenly, maître de l'Hôtel est vraiment gentil homme. "

Il y a des gens qui ont le don d'écrire pour exercer la patience du lecteur, laissons de côté leur témoignage. Il faut enregistrer celui du savant évêque de Kingston, Mgr James Vincent Cleary, 22 juiUet 1884 :

" I hâve much pleasure in recording my opinion of this Grand Hôtel. Since my former visit, two years ago, costly exterior constructions and judiciou^

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epla même les excellents effet " Au moia d'août 1886, personnes prÉtendant av( me par l'emploi de ces ei cidé de venir passer quel

Je souffrais de rhumatisme depuis plusieurs années. Après avoir fait usage des eaux de Caledonia et avoir pris des bains chauds tous les jours pendant une couple de semaines, je suis retourné chez moi tellement bien que j'ai été au delà d'une année sans éprouver la moindre douleur. Dans mon opinion, ce résultat est dû entièrement aux eaux minérales de Caledonia.'*

Caledonia Springs^ vendrefdi^ 26 août 1887

Tableau des partis politiques dans la Prorince de Québeo.

La conversation roule assez souvent sur la politique. Heureux ceux qui y voient clair : le nombre doit en être bien petit.

Somme toute, je vois trois partis dans la Province de Québec :

Le parti bleu ou conservateur^

Le parti rouge ou libéral,

Le parti national.

Il y a, semble- t-il, de "vrais conservateurs, de vrais libéraux et de vrais nationaux.

Certains conservateurs donnent au parti national le nom de parti anti-national !

s'opposent pas à ce que les libéraux soient au pouvoir à Québec, mais ils désirent le maintien des conservateurs à Ottawa.

Les premiers prétendent qu'ils sont plus logiques.

Les seconds prétendent qu'un bon logicien doit tenir compte des circonstances dans l'application des principes, que la politique est beaucoup affaire d'équilibre, 'et que la présence des conservateurs à Ottawa sera pour les libéraux

Caledonia Springs, samedi, 27 août 1887

Bonjour Messieurs, bonjour Mesdames ; je re« tourne aux Cèdres, satisfait de Caledonia.

Les Cèdres, lundi, 29 août 1887

Le cochon de lait. — Frédérica à contribution.

Que Ton dise et que l'on fasse, le cochon de lait n'est pas facile à digérer ! Ce que j'en ai mangé, chez l'oncle Théode Giroux, était pourtant fait à la perfection. Pour donner à la chaire de cet intéressant quadrupède toutes les qualités dont elle est susceptible, il faut la laisser 15 heures dans la saumure et la faire cuire au four.

Lorsque l'estomac monte au cerveau avec sa

L'âme du poète chrétien est la lyre qui ne frémit qu'au passage des brises célestes. "

Les Cèdres, mardi, 30 août 1887

Faits du mois : Une lettre importante. — Jubilé de Léon Xm. — Depretis. — Nouveaux acteurs. — Traduction. — Liberté de la Presse.— Y a-t-il des microbes dans la glace ? — Mgr Seghers. — Le choléra. — Salisbury. — Ferdinand devant les Puissances. — Politique de l'Angleterre en Orient. — L'aatipyrine. — Au Canada.

Les journaux se sont entassés sur ma table de travail.

Les événements du mois se résument en peu de mots.

Une lettre de Léon XIII, au cardinal Eampolla attire l'attention de la presse européenne. Le Pape veut son indépendance temporelle. Un Pape qui n'est pas souverain ne peut avoir toute sa liberté d'action : l'efficacité de son ministère est par suite grandement amoindrie. Quand les souverains catholiques le comprendront-ils ?

Le 3 août, ouverture de l'exposition des ob-

jets offerts au Pape, à Toccasion de son jubilé sacerdotal.

L'Italie perd Depretis. Ls. politique européenne, décidément, change de mains .L'Angleterre a perdu d'Israëli, l'Espagne Alphonse XII, la Eussie Katkow.

Depretis meurt en libre-penseur.

La Civilta cattolica publie un long article pour démontrer que l'électricité est probablement la cause des tremblements de terre. Voilà qui ferait plaisir à Mgr O'Mahony.

L'ouvrage de dom Sarda sur la Tnalice du Zibéralisme vient d'être traduit en français. Les esprits sérieux se feront un devoir de lire et de relire cet important travaiL

M. S. Tassé, curé de Ste-Scholastique, publie une excellente étude sur la liberté de la presse.

Henri de Parville nous dit que la glace est remplie de microbes. Tous les microbes ne sont pas de la race des assassins. Ceux de la glace, ajoutons-le pour notre consolation, sont en général inoffensifs.

La mort de Mgr Seghers est malheureusemei

confirmée. Il a été tué dans l'Alaska le 28 novembre 1886.

Le choléra ravage l'Italie.

Salisbury montre les grosses dents aux patriotes irlandais.

Les Puissances déclarent que Ferdinand occupe illégalement le trône de Bulgarie. Le prince va-t-il s'en porter plus mal !

On écrit de Constantinople : — "Tous les maux de l'Orient, depuis cinquante années, sont causés par la duplicité de la diplomatie de certaines grandes puissances, principalement de l'Angleterre. " Ce renseignement peut être utile à certains Canadiens trop crédules.

Grande réunion des catholiques suisses à Baie.

Un remède nouveau contre la migraine, l'antipyrine.

Les journaux canadiens sont passablement remplis :

Difficultés du Eév. P. Paradis avec les marchands de bois.

Publication du 1er Vol. des Mandements des évêques et archevêques de Québec.

La Minerve^ frégate française, dans le port de Montréal.

Couronnement solennel de la statue de Sainte Anne à Ste-Anne de Beaupré.

On part en guen-e contre la marguerite !

Conflit entre les Manitobains et le Gouvernement Fédéral, à propos de chemins de fer.

Question du repatriement.

M. Pacaud nommé conseiller législatif. Récriminations.

Quelques critiques relatives à la loterie nationale.

Les GèdreS; mercredi, 31 août 1887

La malle m'apporte un volume qui a pour auteur Emile Piché, ancien ami de collège. C'est une réponse motivée à l'ouvrage Chez PcMy^ du baron de Mandat-Grancy. M. Piché ii]

tule son livre Pour V Irlande, Il fait voir que M. Mandat-Grancy a présenté les choses sous un faux point de vue. Il répond à plusieurs objections. Ce livre fera du bien à la belle cause irlandaise :

" Aucune mère irlandaise ne m'a bercé près des ruines fumantes de la maison paternelle, aucun père irlandais ne m'a montré du doigt l'endroit où mon ancêtre avait été pendu, in odium fidei ; aucune goutte de ce sang héroïque qui coula à Fontenoy, ne coule dans mes veines. Je puis traverser ce pays sans penser qu'un seul pouce de ce terrain appartenait à ma famille.

*' Mais, comme M. de Mandat-Grancey, j'appartiens à une nation qui fît autrefois sa cause de la cause des peuples opprimés ; j'appartiens à cette France qui se battit pour le salut, la prospérité des autres pays, qui aime la justice et maudit l'iniquité.

** Cette mère patrie n'a pas perdu sa vocation, parce qu'elle produit des enfants qui s'en vont rire des malheurs et de l'oppression d'autrui ; je sais d'ailleurs qu'il y a au delà des mers une autre France, une nouvelle France qui n'a lien perdu de la générosité, de la loyauté, du respect des vieux Francs, et c'est parce que je suis son enfant que j'ai écrit ce livre. Je n'ai pas des loisirs de touriste, et ces quelques pages m'ont coûté des nuits après de longues journées de ministère ; mais si grâce à elles je puis réparer le scandale causé par un Français, et servir une nation calomniée

et qui lutte avec l'énergie du désespoir, j'aurai la ré compense que j'ose ambitionner. "

Mon père laisse enfin Ottawa pour prendre ici quelques jours de vacances. Je jette un coup d'œil sur son journal-raémoire.

Il y a là beaucoup de choses intéressantes et inédites.

Je remarque que le premier prêtre qui a desservi les Cèdres (1764) était un EécoUet» François Maugé, natif de Verchères.

Deux Sulpiciens, MM. Mathevet et Guichard, missionnaires des Algonquins au Lac des Deux- Montagnes, 1766 à 1767, remplacent le Rév. P. Maugé.

Vient ensuite M. Pierre Denaut, vers 1767, natif de Montréal, et qui fut plus tard le lOème évêque de Québec.

Les Cèdres portaient à cette époque le nom de Soulanges.

Je vois encore au nombre des curés des Cadres, M. Antoine Manseau ( 1817 ), plus taii

curé de Tlndustrie ( Joliette ) ; M. Fr.^N"orbert Blanchet (1827), 1er évêque d'Oregon City ; M. Augustin- Magloire Blanchet (avril 1838), 1er évêque de Nesqualy ; M. Hippolyte Moreau (octobre 1844), Vicaire-Général de Tévêque de Montréal ; Maurice Koux ( 1849 à 1877 ), natif de Bonvillard ( Savoie ), prédécesseur du Eév. Joseph Plessis-Bélair, curé actuel.

Chaque paroisse devrait avoir son histoire écrite. Le gouvernement provincial ferait une grande et belle chose en donnant une allocation convenable à toute personne qui se chargerait, pour sa paroisse, d'un semblable travail. Eien ne nourrit l'esprit national comme ces sortes de lectures (1).

(1) On lira avec intérêt Histoire de St-Jean de Matha, par T. Provost, Ptre. 25 centins l'exemplaire, au bureau de V Etudiant iSolÏQiie.

Les Cèdres, vendredi, 2 septembre 1887

Les vacances ne durent pas toujours. Il faut penser à laisser les Cèdres, se remettre au travail, songer à la philosophie, à YEtudiant et au Couvent

Assez de Coups de crayon^ cela n'est bon que sur le papier ; il faut pour Tâme de nos écoliers de grands dessins !

Adveniat regnum tuum.

TABLE DES MATIEEES

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