A GRANVILLE
%A DiCadame ^Alphonse Daudet.
XE petite Granvillaise, Ayant au pins neuf ou dix ans.
An pied de la haute falaise Regarde écumer les brisants.
Assez pauvre est sa robe noire.
Mais les cheveux, éblouissants.
Ont des reflets d'or et de moire Dont s'émerveillent les passants.
Elle a pleuré jeune : on devine, Au regard fixe de son œil, due, déjà grave, l'orpheline Comprend la grandeur de son deuil.
Aux humbles cœurs la rude épreuve A bord d'un trois-mâts baleinier, Le père, au nord de Terre-Neuve, S'est perdu, le printemps dernier;
Et la mère s'en est allée.
Également en pays froid, Sous un peu de terre foulée.
En gardant la bague à son doigt.
Pauvre petite robe noire! — Elle me dit : « A la maison, La mère-grand n'y veut pas croire; Le cœur a troublé sa raison.
(i Elle est assise sur la grève.
Près du grand chien de Miquelon, Qui tantôt pleure, et tantôt rêve.
Trouvant que le voyage est long.
« Toujours la sainte femme espère Et fait, le soir, une oraison, Afin que le trois-mâts du père Surprenne l'aube à l'horizon.
« A chaque voile de navire :
C'est lui qu'on aperçoit là-bas. »
Et moi je n'ose pas lui dire :
« Je sais qu'il ne reviendra pas. »
sous LES T%OTIQUES
sous LES TROPIQ.UES