‹ Poésies, 1855-1870Chapitre 3 sur 38 · NUIT EN MER · texte numérisé non relu

NUIT EN MER

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±u ES poètes parfois rêvent qu'ils sont oiseaux : — J'avais pris mon essor en Irlande, et, loin d'elle (Vers fin décembre, nu soir), je volais à grande afle. En mesurant des yeux l'immensité des eaux.

Le profil ébréché de la dernière côte.

Laissant fuir dans la brume un long cap incertain. S'effaça, comme au fond d'un abime lointain, Dans les bruits de la mer, qui parlait à voix haute;

Et bientôt j'aperçus, planté sur un écueil. Tas de rochers perdus, oubliés de la terre, Dans le désert des flots un phare solitaire, Pn vieux géant marin qui rallumait son œil.

Apportés par les vents, attirés par les flammes, Des tourbillons d'oiseaux, faisant cercle alentour. Comme les flots montaient ou baissaient tour à tour. Obéissant du vol au mouvement des lames.

Et dans le haut du phare, impassibles au bruit. Les deux veilleurs, par une étroite meurtrière. Envoyant sur les eaux de longs jets de lumière. D'éclairs intermittents coupaient la sombre nuit.

Oubliant pour un soir que leur vie était rude. Dans l'éternel chaos de la mer et du ciel. Ils s'étaient souvenus... Tous deux, fêtant Noël, Souriaient dans leur froide et haute solitude.

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