‹ Poésies, 1855-1870Chapitre 4 sur 38 · VILLE INCONNUE · texte numérisé non relu

VILLE INCONNUE

t/f Feyen-'Perrin.

1<E voyageur est las : il a longtemps marché Avant d'atteindre les collines.

Le soleil, qui descend à droite, s'est couché Dans une tonflfe d'aubépines.

La ville est tout en bas. — Il sera bientôt nuit.

Le soir tombe, l'Angélus tinte.

Aux versants des coteaux bleuâtres, le jour fuit

Et meurt avec la cloche éteinte.

Mais voici dans le ciel l'étoile du Berger

Qui se rallume la première.

Le rossignol n'est plus en pays étranger,

Car il répond à sa lumière.

Le voyageur, de loin, respire en souriant

Une fraîche odeur de jacinthe Dans le vent printanier qui, venu d'Orient,

Embaume la semaine sainte.

D'autres parfums encore, à l'envi remontants

Jusqu'à ses narines gonflées.

Disent les floraisons nouvelles du printemps :

Ce sont lilas et giroflées.

Quelque chose lui chante au cœur : — il a vingt ans.

Ces fleurs lentement respirées.

Il les reconnaît bien ; il en rêve longtemps.

Ainsi que des fleurs ignorées.

Toute la ville est sombre. — Il entre obscurément

Dans la première hôtellerie. — Sans briser le fil d'or de son enchantement.

Il sommeille à bouche Searie.

Mais voici le grand jour et l'éclatant soleil. Et des cloches de ville ancienne.

Une haute maison gothique, â son réveil. Est juste en face de la sienne;

Et la fille, épinglant ses cheveux blond cendré.

Ouvre sa fenêtre ogivale. — Peintre, dans ses tableaux, n'a jamais encadré

Vierge d'un aussi pur ovale. —

Bienheureux pèlerin, elle t'a regardé... —

Ta dernière étape est gravie ; Tu ne partiras plus, voyageur attardé :

Un r^ard a fixé U vie.

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