ÉMIGRANTS
^ Hector SiCalot.
I J ANS quel pays vont-ils, ces longs transatlantiques Qui, partant de Labeck, de Brème, de Hamboorg, Emportent par milliers, sans espoir de retour.
Des pauvres désertant leurs foyers domestiques?
Gens mêlés, de tout âge et de tout vêtement...
II en vient d'Angleterre, et d'Ecosse et d'Irlande; Et c'est pitié de voir une foule si grande
Q.ui se presse anxieuse aux quais d'embarquement.
De Saxe, de Bavière et de Poméranie, La froide lande inculte, on sort comme en troupeaux Et des Westphaliens, avec leurs grands chapeaux, Suivent... Chacun ailleurs porte sa colonie.
On reconnaît que tous ont plus ou moins souffert Aux regards sans lueur, à la mine flétrie : L'homme qui se résigne à changer de patrie Vit sur un sol ingrat dans un âge de fer.
Ils vont silencieux par groupes de familles. Les vieillards s'appuyant sur les jeunes garçons. Des femmes ont encore au sein leurs nourrissons, D'autres tiennent la main à leurs petites filles.
Les oiseaux voyageurs qui passent dans le ciel A leur pays natal reviennent, chaque année ; Eux, comprenant trop bien leur âpre destinée. Ont le pressentiment d'un voyage éternel.
Où vont-ils dans la houle au sifflet des navires? Ils vont tous à peu près par le même chemin : Ceux de la veille et ceux qui partiront demain Ont assez de l'Europe et de ses vieux empires.
Ils marchent aux pays nouveaux de l'Occident,
Tous ces déshérités d'un monde trop antique ,
Et, comme dans un rêve, à travers l'Atlantique, La vapeur les emporte avec un souffle ardent.
L'Amérique leur offre à tous la bienvenue : Elle est hospitalière aux peuples émigrants... Là-bas, la terre est vaste... et les espoirs sont grands. Ils salûront bientôt leur patrie inconnue.