PÊCHEUSE T>E V^%ECH
PECHEUSE DE VARECH
^i Ernest Courbet.
0 R M u R A K T comme nn orgue étemel aax sons graves, Sur les galets bretons ou le sable normand, La mer, l'aveugle mer, jette indifféremment Ses paquets d'algue morte et ses vieilles épaves.
Mais parfois quelques-uns de ces débris flottants. Sur la grève échoués, quand le flot se retire. Vous parlent d'une barque ou d'un ancien navire Dont on n'avait rien su depuis quinze on vingt ans.
La fille de Saint-Pol ou de Sainte-Honorine, Qui, par les grandes mers, va très loin descendant
Recueillir son varech , tressaille au cri strident
Que jette au ras des eaux l'hirondelle marine,
Et s'arrête songeuse, oubliant son travail. Quand son râteau ramène un élongis de hune. Ou, parmi les tronçons d'un vieux mât de fortune, La barre qui tourna jadis un gouvernail;
Même un simple bordage, un bout de planche usée.. Elle a passé vingt fois peut-être sans la voir. Et la rencontre, un jour, presque au tomber du soir, Aux deux tiers dans la vase et le sable enlisée.
Mince épave... on y voit quelque chose d'écrit En couleur... s'efFaçant... mais d'un gros caractère... Et la femme a flairé comme un poignant mystère Qui tourmente à la fois son cœur et son esprit.
C'est le reste d'un mot impossible à bien lire... Est-ce un mot du pays?... trois lettres seulement... Trois lettres... C'est la fin ou le commencement D'un nom..., nom qu'autrefois portait un grand navii
Pauvre femme... Aussitôt ses genoux ont fléchi... Quand il prenait la mer, à voiles toutes rondes, Elle était jeune alors, et belle entre les blondes. Mais depuis ce temps-là ses cheveux ont blanchi.
Elle emporte, de nuit, le débris sans rien dire. En essuyant ses pleurs de son gros tablier. Et pense au cher absent qu'on ne peut oublier. Surtout aux grandes mers, quand le flot se retire.
Sur les galets bretons et le sable normand. Rendez-vous d'algue morte et de vieilles épaves. Murmurant comme un orgue éternel aux sons graves. Le flux et le reflux chantent funèbrement.
ÉM IGX^'K.TS