EN POITOU
^ Gustave Ollendorfj.
'aime, en hiver sartout^ ces grands lits de province Dont les draps, lessivés à la cendre de bois. Embaument... Sur les toits la girouette grince Et les chiens dans la nuit jettent de longs abois,
Qjii se perdent au loin emportés par la bise
Aux brumes des marais. — Par des froids norv^ens.
Entre ces larges draps de grosse toile bise,
On croit dormir aus temps des rois mérovingiens.
Quand on est sans remords sur un fin duvet d'oie, Bien heureux du repos que le bon Dieu bénit. On s'allonge à plein corps dans sa paisible joie Aussi profondément qu'une hirondelle au uid
Si parfois dans la nuit on s'éveille, on écoute Le brusque effarement de quelques grands ormeaux Ou de lourds chariots attardés sur la route, N'apercevant plus rien des bourgs ni des hameaux;
Mais on se rendort vite à ces lointains murmures; Le sommeil envolé redescend du plafond.
Et votre armoire à linge où les pommes sont mûres Parfume honnêtement votre calme profond.
Avant l'aube, une voix qui vous parle à l'oreille, Accompagnant deux bras noués à votre cou, Tout bas prononce un mot dont le cœur s'émerveille (Car on ne dort pas seul dans le fond du Poitou).
La voix dit : En avril, nous aurons le troisième. Dès qu'aux bois le premier rossignol chantera... Et vous vous recueillez gravement en vous-même : a Qu'il soit le bienvenu, le garçon qui naîtra! »
Une aurore d'hiver a rougi la fenêtre. — Un bon somme, après tout, fait un joyeux réveil. Le grand jour vif et clair est heureux d'apparaître Dans un miroitement de givre et de soleil.
M^XIISLE