‹ Poésies, 1864-1872:Chapitre 13 sur 73 · LE CHOC · texte numérisé non relu

LE CHOC

Françoise dit à Dante en penchant son front blême : « Un cœur noble à Tamour résisterait en vain, Car l'amour nous contraint d'aimer quand on nous aime Ah ! ce mot n'est pas vrai ! Ce mot est trop divin !

Plus d'un cœur noble est dur quand l'amour vrai l'appelle Qui s'attendrit soudain pour quelque faux serment. Sur plus d'un front aimé le mot jamais s'épelle; Que de lèvres ont ri des larmes d'un amant!

Pourquoi? Qui le saura? Que le blessé guérisse! Le poëte a l'amour, la femme a la beauté.

La femme veut du sang dont son fard s'enchérisse ; L'autre enfonce à jamais le trait dans son côté.

Elle triomphe et rit ; il se souvient et pleure ; Contemplateur d'abîme au vertige fatal, A qui s'en prendrait-il de Tespoir qui le leurre? Qu'il souffre ! C'est sa faute ! Il inventa son mal !

Oh ! le choc éternel ! Deux éclairs, une cible ; Deux yeux, un cœur qui bat sans revanche à son tour; Un rayon qui transperce, une plaie invisible ; La femme a la beauté, le poëte a l'amour !

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