DON JUAN
Heureux Pétrarque! ainsi qu'un mage Il avait son guide étoile.
Ses yeux ne voyaient qu'une image Dans ce ciel pour moi si peuplé.
Il ignorait cette torture D'un cœur trop tôt désenchanté, Qui ne verse que l'imposture Sur les lèvres de la beauté.
Je trompe, et me trompe moi-même, Plus agité que l'océan, ' Et pâmé sur un sein qui m'aime, N'embrasse, hélas ! que le néant !
ja POÉSIES DE LÉON DiËRX.
Angoisse d'un bonheur immense Que j'entrevois sans le saisir ; Supplice amer qui recommence Quand s'éteint mon premier désir !
Vide d'une âme inassouvie ; Poids écrasant de l'infini ; Soif de boire aux sources de vie ; Espoir déçu, miroir terni ;
Tourments sans fin de foi trompée!
Heureux ! — Il n'a jamais connu L'enfer de ma longue épopée, Ni le convive un soir venu!
— Oh! dans ta chère thébaïde, A Vaucluse, sous l'oranger, Ton luth et ton rêve timide.
Ton amour qui ne peut changer !
Oh ! ta Laure au beau col d'ivoire.
Entrevue au loin, dans le ciel.
Te regardant chanter sa gloire, Avec son sourire éternel !
Oh! de sa robe immaculée Les chastes plis et la blancheur!
O forme divine et voilée !
O rêve! ô madone! ô bonheur!
LA HALTE. n
Tu fis de tes pleurs en rosées Tes doux sonnets, chers aux amants ; Et tes larmes cristallisées Brillent encor, purs diamants !
PETRARQ.UE.
Heureux Don Juan ! vers lui chacune S'en venait, pâle tour à tour, Pencher sa tête blonde ou brune Sur le lac bleu de son amour !
Il n'a pas connu la souffrance D'aimer un vain rêve envolé, Sans avoir jamais l'espérance D'embrasser ce fantôme ailé !
Consumé d'amour, sous ma plume Rongé d'un désir impuissant, Mon cœur comme un bûcher s'allume Avec la lave de mon sang.
Que ne puis-je, image importune.
Te chassant de devant mes yeux, Comme lui tenter la fortune Des amours réels sous les cieux !
Aux plaisirs nouveaux il s'empresse, .
Goûtant toutes les voluptés ; Libre de souvenir, Tivresse Le befce au bras des nudités.
Tourments d'une même pensée Qui revient toujours, et m'étreint, Laissez-moi I mon âme est lassée Du regard en mon cœur empreint !
— Oh ! sur son échelle de soie, Au balcon la nuit suspendu.
Dans mes bras un beau flanc qui ploie, Un aveu dans l'ombre entendu !
Oh ! les joyeuses sérénades ; Et dans les parcs mystérieux.
Les amoureuses promenades, Les longs regards silencieux !
Oh ! de ses mille noms de femmes Le brûlant chapelet d'amour.
Où, charmeur, il compte les âmes A jamais prises en un jour.
Voilà le bonheur! Quel beau rêve Que sa vie, où chaque matin Sur un ardent baiser se lève.
Sur un corps au tremblant satin !