SOIR D'ETE
La fenêtre sur la nuit s'ouvre, Au fond du sombre corridor ; Une brume d'argent recouvre Le parc touffu, plus vaste encor.
Le vieux marronnier sous la brise Incline son panache blanc Sur l'eau du bassin qui s'irise D'un rayon de lune tremblant.
Dans mon âme je sens renaître Les anciens rêves à la fois.
Le passé frissonne en mon être, O jeunesse ! ô parfums des bois !
Oh ! qui fera dans ce silence Eclater les bruyants accords D'un concert caché d'où s'élance La voix stridente des. grands cors!
Là-bas, quel archets fantastiques, A Titania, pour son bal, Sous les fleurs, odorants portiques.
Chanteront un vieux carnaval !
Ce soir, quel orchestre invisible, A minuit, sur les nénufars, Jouera la valse irrésistible Pour les willis aux fronts blafards!
De ce chêne brisant Técorce, Quel agipan, fou gardien.
Fera luire en dansant son torse Au clair de lune arcadien !
Mais Pan est mort, le Dieu d'Hellade Couronné d'herbe et de roseaux!
Et ce n'est que dans la ballade Que les "willis sortent des eaux !
Nu sylphe dans l'air ne respire; Et les lutins , tournant en rond.
Seulement dans le vieux Shakspeare Dansent aux noces d'Obéron.
SOIR D'ÉTÉ. +j
Et le démon à mon oreille Siffle avec un rire moqueur L'air qui, par une nuit pareille, Pour toujours a fondu mon cœur.
£t toute la nuit, dans Tallée, J'ai vu, comme des spectre§ blancs, Les vieux espoirs en troupe ailée Passer rapides et hurlants.
UENCLUME.
Assez de souiFratice inféconde !
L'angoisse au cœur, le front serein, Forçat, dans le bagne du monde Rentre avec ton boulet d'airain !
Si l'amour te fuit, l'art te reste.
Dans la forge aux tristes clartés.
Descends poëte, sombre Oreste En proie aux noires déités.
Ouvrier, reprends à la rouille Les outils que t'a donnés Dieu.
Fais trêve à l'oubli qui les souille !
Fais luire encore Pancien feu !