‹ Poésies, 1864-1872:Chapitre 30 sur 73 · L'IMAGE · texte numérisé non relu

L'IMAGE

La terre dans le ciel promène Sa face où vit rhumanité.

La terre va ; la vie humaine Ronge son crâne tourmenté.

Les hommes courent à leurs quêtes Sur la terre, ardents et pressés ; Comme au front des vieilles coquettes S'obstinent les anciens pensers.

La terre est vieille et décrépite , Et rêve encor , spectre blafard ; La terre croit qu'un cœur palpite Entre ses os couverts de fard.

Chaque jour de son front par masse Tombent son plâtre et ses cheveux. La vie imbécile grimace , S'enivrant des plus doux aveux.

Et quand revient le crépuscule Traînant la nuit , parfait miroir , Jamais d'horreur ne se recule La terre qui ne veut pas voir !

— Le temps d'un bras robuste enserre Ta carcasse , et la fait craquer !

Regarde enfin d'un œil sincère Là-haut ton front se décalquer !

C'est trop longtemps te rendre hommage Sous ton reflet morne et hideux.

Reconnais-toi dans ton image ; Confrontez-vous toutes les deux :

• O vieille terre ! O lune inerte !

O moribonde , ô globe mort !

Toi, que partout l'espoir déserte! • Toi, qui n'as plus même un remord !

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