SUR LA PLAGE
Veux-tu partir ? — Partons ! la mer Est moins vaste encor que notre âme !
L'amour m'a repris dans sa trame.
Il est plus calme et moins amer Le flot qui fait ployer la rame !
Veux-tu chanter? — Chante! ta voix Est moins sonore que mon rêve.
Que ta chanson soit lente ou brève, Va ! tous les sanglots d'autrefois Me poursuivront de grève en grève !
Veux-tu dormir? — Dors! le sommeil Est le moins clément des mirages !
On y revoit d'affreux parages !
Nul au fond d'un léthé vermeil N'y boit l'oubli d'anciens naufrages!
Veux-tu parler? — Parlons ! Les mots Diront-ils vraiment nos pensées?
Ah! combien se cachent, pressées, Sombres nids sous d'épais rameaux, Le long des paupières baissées !
Crois-moi ! ne formons pas de vœux !
Regardons-nous ! restons à terre !
Ne chante pas. La nuit austère Est moins noire que tes cheveux !
Veillons ! Surtout, sachons nous taire!