‹ Poésies, 1864-1872:Chapitre 46 sur 73 · LA RÉVÉLATION DE JUBAL · texte numérisé non relu

LA RÉVÉLATION DE JUBAL

(c Les hommes en hurlant, dans la nuit déjà pleine, Sauf quelques-uns, ô Père irrité, tournoîront. De jour en jour, de siècle en siècle, ils tomberont Par milliers, pêle-mêle, au fond de la géhenne. Alors, las à la fin de lever nuit et jour Sur eux et sur leurs dieux adorés tour à tour, Epouvantail vieilli, Teffroi nu de ton glaive. Tu voudras essayer, dans un homme incarné.

De révéler toi-même au vieux monde ton rêve.

Mais, sur ton Fils divin encor plus acharné.

Ton peuple raillera Tarbre saint du Calvaire; Et le doux rédempteur, pleurant sa larme amère. Mourra désespéré sur sa croix, n'ayant fait Que rendre désormais les hommes plus coupables. Le mal vivra toujours sur la terre en effet.

Et partout aiguisant ses griffes .innombrables.

« Innombrables, partout, dans les chairs, dans les cœurs, Par mille trous nouveaux, il entrera ses griffes ;

Et les peuples encor, conduits par leurs pontifes, Se traîneront hideux, sans espoirs, sans terreurs , Et plus courbés cent fois sous le poids de leurs âmes. Pour en finir avec les hommes et les femmes Dont le gémissement s'allonge sous tes lois, Peut-être un jour, après des millions d'années, Tu diras : « Que la nuit se fasse ! » Et cette fois, Dans la flamme ou dans l'eau, pour jamais condamnées, Les générations périront sans appel.

Mais le chemin, ô Maître ! est ardu de ton ciel. Peu d'âmes près de toi siégeront sous leurs nimbes, Tandis qu'ils seront pleins, mes Etats, par la mort. Et l'éternel sanglot des enfers et des limbes. Montant vers toi, sera ton éternel remord ! »

— Son éternel remords ! A ce terrible augure Uange a-t-il répondu? Je ne sais. Dans la nuit Un coup d'aile fouetta l'espace avec grand bruit, Et dans les flots le vent de l'immense envergure Me lança. Pour mourir j'y fis de vains efforts. Ici la mer, cent fois, a rejeté mon corps; Toujours mon glaive aussi contre mon coeur s'arrête. Épouvanté, depuis bien des soleils j'attends, Sur ce pic hors de Teau dressant sa sombre arête.

LA RÉVÉLATION DE JUBAL. xay

Pour VOUS, hommes des jours qui sortiront du temps,

O frères inconnus des époques futures,

Moi, Jubal, qui savais les sciences obscures,

J'ai gravé ces mots-là dans l'horreur entendus, -

Sur les seize parois dont ce pic se hérisse.

Un jour, si leurs secrets ne sont alors perdus,

Si jamais Tun de vous les trouve, qu'il frémisse !

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