‹ PoésiesChapitre 14 sur 87 · L'INDESTRUCTIBLE · texte numérisé non relu

L'INDESTRUCTIBLE

Elle ne dira pas, s'arrêtant dans l'espace, Au soleil étonné : « Maintenant, c'est assez ! J'ai depuis trop longtemps vu ta splendide face; Je veux enfin jouir de tant d'efforts passés! »

Avons-nous assez vu ton fard, ô vieille aurore! Aujourd'hui c'est demain, comme hier, soucieux ; Même angoisse au réveil, et même cercle encore ; Jamais d'autres soleils n'éblouiront nos yeux !

Lorsque monte la nuit, au travers de son voile Au même coin du ciel, ainsi qu'au premier soir, Nous reverrons toujours luire la même étoile, Et la lune émerger du même horizon noir !

Et nous verrons toujours passer l'heure après l'heure, Sans aucun changement, comme passent les flots. Le temps coule; et toujours le même homme qui pleure. Dans le même univers qui rit de ses sanglots !

Jamais nous ne verrons briller de couleurs neuves Ni l'eau glauque des mers, ni l'éther bleu du ciel, Ni ces champs, ni ces monts, ni ces bois, ni ces fleuves ; Tout, jusqu'à notre cœur, suit un rhythme éternel!

Pour réchauffer ton sang qui se fige en ta veine, O Nature ! aucun vent, aucun souffle divin Ne te rajeunira de sa brûlante haleine ! L'humanité caduque a soif d'un nouveau vin !

Homme! quand donc ton cœur tout bouillant de jeunesse, Enfin trouvera-t-il un nouvel horizon?

Des siècles amassés qu'attends-tu qu'il renaisse? Brise plutôt d'un coup ta fragile prison!

Hélas! tu peux jeter ce corps vil, et sans chaîne, Libre alors, t'élancer dans l'inconnu béant. Mais ton âme à jamais est sa propre géhenne, Homme ! ô toi, l'éternel exilé du néant !

Oui, ces liens charnels et maudits, qui t'étreignent, Dans l'oubli rentreront, et tu t'envoleras; Mais ton cœur, tes remords, tes passions qui saignent, Tes amours... Mais toi-même enfin, tu revivras!

matm

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