LA HALTE
Tu fis de tes pleurs en rosées Tes doux sonnets, chers aux amants ; Et tes larmes cristallisées Brillent encor, purs diamants !
PEIRAR Ç^U E .
Heureux Don Juan ! vers lui chacune S'en venait, pâle tour à tour, Pencher sa tête blonde ou brune Sur le lac bleu de son amour !
Il n'a pas connu la souffrance D'aimer un vain rêve envolé, Sans avoir jamais l'espérance D'embrasser ce fantùme ailé !
Consumé d'amour, sous ma plume Rongé d'un désir impuissant, Mon cœur comme un bûcher s'allume Avec la lave de mon sang.
Que ne puis-je, image importune, Te chassant de devant mes yeux, Comme lui tenter la fortune Des amours réels sous les cieux !
Aux plaisirs nouveaux il s'empresse, Goûtant toutes les voluptés; Libre de souvenir, l'ivresse Le berce au bras des nudités.
Tourments d'une même pensée Qui revient toujours, et m'étreint, Laissez-moi ! mon âme est lassée Du regard en mon cœur empreint !
— Oh ! sur son échelle de soie,
Au balcon la nuit suspendu,
Dans mes bras un beau flanc qui ploie,
Un aveu dans l'ombre entendu !
Oh ! les joyeuses sérénades ; Et dans les parcs mystérieux, Les amoureuses promenades, Les longs regards silencieux !
Oh ! de ses mille noms de femmes Le brûlant chapelet d'amour, Où, charmeur, il compte les âmes A jamais prises en un jour.
Voilà le bonheur! Quel beau rêve Que sa vie, où chaque matin Sur un ardent baiser se lève, Sur un corps au tremblant satin !