‹ PoésiesChapitre 18 sur 87 · LA HALTE · texte numérisé non relu

LA HALTE

Tu fis de tes pleurs en rosées Tes doux sonnets, chers aux amants ; Et tes larmes cristallisées Brillent encor, purs diamants !

PEIRAR Ç^U E .

Heureux Don Juan ! vers lui chacune S'en venait, pâle tour à tour, Pencher sa tête blonde ou brune Sur le lac bleu de son amour !

Il n'a pas connu la souffrance D'aimer un vain rêve envolé, Sans avoir jamais l'espérance D'embrasser ce fantùme ailé !

Consumé d'amour, sous ma plume Rongé d'un désir impuissant, Mon cœur comme un bûcher s'allume Avec la lave de mon sang.

Que ne puis-je, image importune, Te chassant de devant mes yeux, Comme lui tenter la fortune Des amours réels sous les cieux !

Aux plaisirs nouveaux il s'empresse, Goûtant toutes les voluptés; Libre de souvenir, l'ivresse Le berce au bras des nudités.

Tourments d'une même pensée Qui revient toujours, et m'étreint, Laissez-moi ! mon âme est lassée Du regard en mon cœur empreint !

— Oh ! sur son échelle de soie,

Au balcon la nuit suspendu,

Dans mes bras un beau flanc qui ploie,

Un aveu dans l'ombre entendu !

Oh ! les joyeuses sérénades ; Et dans les parcs mystérieux, Les amoureuses promenades, Les longs regards silencieux !

Oh ! de ses mille noms de femmes Le brûlant chapelet d'amour, Où, charmeur, il compte les âmes A jamais prises en un jour.

Voilà le bonheur! Quel beau rêve Que sa vie, où chaque matin Sur un ardent baiser se lève, Sur un corps au tremblant satin !

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