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LE BLASPHEME

O divins imposteurs ! ô poètes sublimes ! Que n'avez-vous gardé ces mensonges charmants Qui font battre nos cœurs sur le bord des abîmes Et remplissent nos cœurs d'incurables tourments } Non ! vous n'auriez pas dû, prophètes d'un autre âge. Du haut de votre ciel nous tendre les deux mains, Et nous montrant l'aurore au merveilleux mirage, Pour vous suivre appeler la tourbe des humains. En vous lisant, hélas! oh! combien de victimes Pour avoir vu le beau perdirent le bonheur ! Sous les pleurs corrosifs des vœux illégitimes, Combien, tout dévorés par l'idéal rongeur, Pour s'aveugler les yeux aux clartés éternelles, Vers vos eldorados impuissants sont partis !

Dans ce vol radieux loin des sphères charnelles,

Pour être vos aiglons ils étaient trop petits.

Le premier vent, ainsi qu'une main qui soufflette,

Emporta pour toujours leurs ailes d'un moment;

Et dans la nuit lugubre où rien ne se reflète,

Ils tombèrent, crispés par un ricanement.

La fange les reprit. Et tout blêmes de honte,

Orgueilleux Phaétons, Icares insensés,

Trouvant pour cette chute une vengeance prompte,

Ces voleurs maladroits, loin du ciel dispersés,

Tordent leurs bras chargés de lianes affreuses,

Pour insulter d'en bas chaque front inspiré;

Et quand ils sont repus de leurs voluptés creuses,

Ils jettent au néant ce cri désespéré :

« L'amour ! où le trouver sur cette vieille terre }

Où peut-on le saisir, vous qui parlez de lui }

Son flambeau s'est éteint sous un vent délétère ;

Ou plutôt, n'est-ce pas qu'il n'a jamais relui r*

Werther, tu n'es qu'un nom ! Toi blanche Béatrice,

Alighieri jamais n'a vu ton front divin!

Et c'est en accordant sa lyre créatrice

Que Pétrarque a trouvé le nom de Laure ! En vain

Nous cherchons Marguerite, ou Mignon qui soupire

Après le beau pays où le citron mûrit ;

Juliette n'était sans doute pour Shakspeare

Qu'un caprice railleur où se plut son esprit !

Quand Raphaël, rêveur, esquissa sur sa toile

Les vierges au front pur que sa main devina,

Pour en fixer les traits, ce n'était pas ton voile

Qu'il souleva toujours, belle Fornarina ! »

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