A THEODORE DE BANVILLE
Là-bas, au flanc d'un mont couronné par la brunie, Entre deux noirs ravins roulant leurs frais échos, Sous l'ondulation de l'air chaud qui s'allume, Monte un bois toujours vert de sombres filaos. Pareil au bruit lointain de la mer sur les sables, Là-bas^, dressant d'un jet ses troncs roides et roux, Cette étrange forêt aux douleurs ineffables, Pousse un gémissement lugubre, immense et doux. Là-bas, bien loin d'ici, dans l'épaisseur de l'ombre, D'un frisson nonchalant pris sans trêve, à jamais^ Ces filaos songeurs, croisant leurs nefs sans nombre, Hérissent vers le ciel leurs flexibles sommets. Le vent frémit sans cesse à travers leurs branchages, Et prolonge en glissant sur leurs cheveux froissés,