‹ Poésies, 1864-1887Chapitre 109 sur 141 · PREFACE DE «LA VIE PARISIENNE · texte numérisé non relu

PREFACE DE «LA VIE PARISIENNE

Tous les deux nous avons mangé Quelque peu du bœuf enragé.

O jours de jeûnes!

C'est oublié. Le lendemain, On dit, en se serrant la main :

« Nous étions jeunes. »

Malgré le siècle corrompu, On a fait du mieux qu'on a pu,

Joyeux ou triste.

Que de sentiers ! Chacun le sien :

Vous êtes un Parisien,

Un journaliste,

Un alerte et charmant bavard, Qui vivez sur le boulevard

Et dans la fièvre...

Moi, par les beaux soirs constellés, Je cherche des rimes sur les

Bords de la Bièvre ;

Je cuhivc, au faubourg lointain.

Comme Candide, mon jardin.

Trouvant bouffonne La mode des amants pressés.

Qui s'adressent mille baisers

Par téléphone.

Je vivrais, ne connaissant pas Ce Paris dont j'entends là-bas

La voix qui monte.

Ignorant tout ce qui s'y fait, Sans votre article, ami Blavet,

Qui me le conte.

Je lis votre prose, mon cher, Comme un bourgeois de port de mer.

Très sédentaire, Parle avec curiosité Aux marins ayant visité

Toute la terre.

Dans mes songes bleus de fumeur.

J'admire de loin votre humeur

Si vagabonde.

Qui vous fait faire chaque jour.

Avec tant de verve et d'humour,

Le tour d'un monde ;

Et quand ces feuillets vifs et francs Deviennent volume à trois francs

Sous couverture.

J'y goûte le plaisir exquis Que donne un album de croquis

D'après nature.

La personne et l'événement Y sont définis lestement

D'un mot qui cingle ; Choses et gens des mois passés Sont tous là, papillons fixés

Par une épingle.

Et c'est charmant ! Et grand merci De savoir nous montrer ainsi.

Homme intrépide. Le grand Paris d'un seul coup d'œil.

Et de transformer mon fauteuil

En train rapide.

sa

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