‹ Poésies, 1864-1887Chapitre 114 sur 141 · BLANCHE · texte numérisé non relu

BLANCHE

ES ifs au vent d'hiver ont de tristes frissons. La veuve accompagnant ses trois petits garçons, En gris, le crêpe au bras, deuil des gens sans fortune, Les emmène prier à la fosse commune.

Ce fut près du pompeux tombeau de marbre noir D'un grand chocolatier que je pus entrevoir Ce doux visage avec des yeux couleur d'étoile; Mais tout à coup le vent écarta son long voile Et s'enfuit en faisant gémir les ifs tremblants. La pauvre jeune mère ! elle a les cheveux blancs.

R AIMENT, je lui trouvais l'air honnête et gentil, A ce petit corset, simple et svelte, en coutil ; Mais, hier, je ne l'ai plus revu dans la boutique. Une enfant du faubourg, jolie et chlorotique. L'a sans doute lacé sous ses mignons appas. Et c'est attendrissant de penser, n'est-ce pas ? Qu'il enferme à présent le sein pur d'une vierge. Ouvrière en journée ou fille de concierge, Et que, songeant tout bas : « L'amour ? Qu'est-ce que c'est ? )> Un cœur battra bientôt sous le petit corset.

UPRÈS de Saiiit-Sulpice, un spectacle odieux, C'est l'exhibition des marchands de bons dieux. Je suis chrétien, d'accord, mais non pas idolâtre. Et j'ai pris en horreur ces bonshommes de plâtre. Peints d'un rouge canaille et d'un bleu de coiffeur : La Vierge au cœur saignant et le divin Sauveur, L'archevêque mitre, le martyr et sa palme. Ils sont là tous, en rang d'oignons, l'air bête et calme. Fixant sur vous des yeux par l'extase arrondis. — Si c'était comme ça, pourtant, le Paradis ?

.VEC un dur fracas de chaînes et de roues. Passe près du trottoir le fardier blanc de boues; Et l'on ne frôle point sans de petits frissons Le chariot pesant, où, sur des paillassons. Cube énorme, frémit une pierre de taille. Six percherons aux pieds poilus, de haute taille. D'un seul et rude effort traînent le bloc massif; Et le Parisien se demande, pensif, Lorsque ce monstrueux morceau de sucre passe, De quel géant il doit sucrer la demi-tasse.

Du temps que l'auteur rédigeait un feuilleton dramatique.

iJe reposer! Enfin! Ne plus voir de « premi les! » Soigner un jardinet plein de roses trémièrcs, Tout là-bas, boulevard Montparnasse ; y manger. En se sentant vieillir, un petit viager; Par les soirs clairs de juin, s'en aller en savates Près de l'Observatoire, où sont les acrobates ; Avoir le Luxembourg pour Ultima Thule; Et rester cependant, dans ce coin reculé. Par un vieux goût malsain de la littérature, L'abonné d'un petit cabinet de lecture !

SloArUE 'D'HOmmE VÈTqAI

• 'ÉTAIT un bavard de talent très mince; Et, pendant trente ans, il avait été Fameux à Paris, grand homme en province, Ministre deux fois, toujours député.

Traité d'éminent et de sympathique, Il avait trahi deux ou trois serments.

Ainsi qu'il convient dans la politique... Bref, c'était l'honneur de nos parlements.

U mourut. Sa ville, — elle éuit très fière D'avoir enfanté ce contemporain ! — Oè> ()u'tl fut cnfm muet dans la bière, Le fit tan» tarder revivre en airain.

J'ai vu sa statue. Elle est sur la place Où se tient aussi le marché couvert.

C'est bien l'orateur; son geste menace, Et sa redingote est en bronze vert.

Mais les bons ruraux, vile multitude, Vendant les produits du pays natal, Sans y voir malice et par habitude, Laissent leurs baudets près du piédestal ;

Et, tous les lundis, quand les paysannes Sous les piliers noirs viennent se ranger. Le tribun d'airain harangue des ânes...

Et ça ne doit pas beaucoup le changer.

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E triste passe dont ces vers sont pleins M'est trop douloureux pour que je l'exhume. Pourquoi devant moi rouvrir ce volume Et me rendre ainsi tous mes vieux chagrins ?

Mais, comme, du temps qu'on croyait aux saints, Les bons imagiers en avaient coutume, Une main de femme orna, par la plume.

Ce missel d'amour de charmants dessins.

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