Livre où gît mon cœur, ta douleur gémic
N'a pas su jadis toucher mon amie;
Que m'importe, hélas! qu'on t'ait fait si beau?
Mais l'injuste plainte est vite étouffée, Et je m'attendris sur les doigts de fée Qiii jonchent de fleurs cet humble tombeau.
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TOUT^ UCNiE FlcADHiCLE
\ Mlle Alice G.
LLU était blonde coninK- vous, Celle dont les yeux fins et doux Me laissèrent l'âme blessée. Pourtant mon cœur n'est pas jaloux De vos bonheurs de fiancée.
Honte à ceux qu'agrit la douleur!
Je n'ai rien d'elle qu'une fleur; Mais quand un couple d'amants passe, Je dis au Bon Dieu : « Rendez-leur l£n félicité ma disgrâce. »
Bien qu'il soit de vous séparé, Votre ami se sent désiré ; 11 est triste comme vous l'êtes.
Moi, j'ignore s'ils ont pleuré.
Les charmants veux de violettes.
Q.U on vous aiuK' connue j'aimais, C'/est le vceu que je me permets.
Le secret que j«î vous confie.
J'ai de la peine pour jamais :
Soyez heureuse pour la vie I
T1{ÈS ^D^CIECNi SO^CHiET
RÉs du vitrail vermeil où flotte L'onîbrc des tilleuls du jardin, Droite dans son vertugadin, Brode la fièrc huguenote.
Le chat joue avec sa pelote.
— L'aiguille s'arrête ; et soudain Elle perd son air de dédain, Se cache le front et sanglote.
C'est que, rouge encor du péché,
La belle comtesse a caché
Dans son sein, comme une relique,
Le dernier bouquet défleuri Du petit page catholique Qu'hier a chassé son mari.
SJ
CqAT^ICE cA tte^t^v \i
.u paradis d'amour, mon enfant, je le sais, On ne mord qu'une fois la pomme tentatrice ; Et nous portons tous deux l'ardente cicatrice Du coup qui pour jamais jadis nous a blessés.
Mais pour ne plus avoir les espoirs insensés, Il ne faut pourtant pas que tout bonheur périsse ; Nous savons le saisir encor dans un caprice, Nous nous attendrissons une heure, et c'est assez.
Renouvelons, vcux*tu ? l'illusion charmante ; Jette-moi tes deux bras au cou, comme une amante, Baisc-moi sur la bouche et dis»moi : « M'aimcs-tu? »
Mon enfant, oublions l'Édcn et notre chute Et biinissons l'amour, si, pour une minute. Km yeux se sont mouillés et nos cœurs ont battu.
UUX.^ 'BLO^VE r^COC^C^UE
vJ E ne vous connais pas, mais pas le moins du monde. Je ne sais rien de vous, pas même votre nom, Pas même la couleur de vos yeux; rien, sinon Que vous êtes jolie et que vous êtes blonde.
Ce caprice vous vint, pendant une seconde, De vouloir de mes vers, et je n'ai pas dit : « Non. » Vos cheveux sont l'aurore, et, pareil à Memnon, Il faut qu'à ce lever de soleil je réponde.
Car un amour perdu, mais dont je souffre encor. Naguère m'inspira pour un front nimbé d'or; Ce sont des cheveux blonds qui me firent poète.
Toute blonde me rend mon ancienne langueur ; Aussi pour vous ces vers ont chanté dans ma tête, Rhvthmés aux battements plus émus de mon coeur.
'BqALLcAV E
POUR I) i: U X D A M i. s QUI SONT A N( I E S
.RABELLE cst blondc, et Thérèse Est brune avec des airs ner\'eux :
L'une est la tendre miss anglaise, L'autre est la Grecque aux beaux chcveu> Entre elles partageant mes vœux, J'ose rêver de bigamies; Car, pour être comme je veux, Ccst le sc-crct des deux amies.
J Ji pu ici courtiser a i aise, Un beau soir, loin de tous fAcheux, Mais le coeur se prend, quand on baise Une main fine, un cou neigeux, Sans refus par trop ombrageux.
Pourquoi leurs pudeurs endormies M'ont-elles permis ces doux jeux ?
C'ot If secret des deux amies.
Avec la brune aux yeux de braise Ou la blonde aux bras paresseux, Je voudrais bien cueillir la fraise Ou sabler le cliquot mousseux.
De tous les moyens quels sont ceux — Sans compter ces rimes gémics — Qui me rendraient aussi chanceux?
C'est le secret des deux amies.
Princesses, mon cœur langoureux A fait beaucoup d'économies.
Qui de vous veut d'un amoureux?
C'est le secret des deux amies.
1/ ÈVE^Tz4lL
ANS le chaud boudoir de dentelle, Je m'étais assis tout près d'elle ; Et, seul, son éventail ancien Me cachait sa bouche qui tente, Fragile barrière irritante Entre mon désir et le sien.
Le satin aux branches légères, Où l'on avait peint des bergères Dans un paysage d'azur, Frais et souple comme une palme.
M'envoyait, de son rhythme calme, Un parfum enivrant et pur.
Elle s'en foisait un complice Pour exaspérer mon supplice.
Et, lorsque je voulais oser,
D'un geste vif de la coquette L'éventail, devenu baguette, Châtiait l'offre d'un baiser.
Toute ruse était inutile.
Cette bagatelle subtile Tenait de l'aile et du rayon, Et, voltigeant à gauche, à droite.
Evitait ma main maladroite A cette chasse au papillon.
Qui sait comment finit la lutte ?
A quelle adorable minute Palpita-t-il à coups plus lents?...
Mais ma tête est sur ton épaule ; L'éventail a changé de rôle Et rafraîchit nos fronts brûlants.
'HKRIF, , un excellent poète a dit, un jour: « Le meilleur du voyage est encor le retour. » A coup sûr, j'ai passé de bien bonnes journées Dans ce recoin perdu des vieilles Pyrénées. Au petit trot léger d'un cheval béarnais, J'ai couru ce beau val d'Ossau que tu connais ; J'ai revu les hameaux avec leurs toits d'ardoise, Les grands monts verdoyants sous un ciel de turquoise, Et le haut pic de Ger, au soleil tout roussi, Regardant par-dessus l'épaule du Gourzi.
Tu sais que c'est charmant de trotter près du Gave Qpi bondit en chantant sur les pierres qu'il lave, D'aspirer cet air pur et de jeter des sous Aux enfants en haillons qui courent devant vous, I^urs sabot» à la main, pieds nus dans la poussière; Et tu l'aimes aussi, l.i source hospitnlière
I LLET
D'où je viens, ayant bu la vie, et les poumons
Endurcis pour l'hiver au fort souffle des monts.
Oui ! j'ai passé là-bas de très bons jours ; mais l'heure
Du départ, crois-le bien, fut pour moi la meilleure.
Monts géants, gaves purs, beaux arbres, ciel d'été.
En quittant tout cela, je n'ai rien regretté.
Car là-bas, bien plus loin que les collines bleues,
Tout là-bas, dans le Nord, à plus de deux cents lieues,
Je savais que j'allais retrouver ton amour;
Et, quand je suis monté, vois-tu, par un beau jour
De septembre, aux fraîcheurs déjà presque automnales,
Dans l'antique landau tout alourdi de malles, Et lorsque le cocher a fait claquer son fouet, Vers toi, mon cher amour, tout mon cœur refluait. Car j'allais te revoir; car le vent de la plaine D'avance m'apportait dans sa suave haleine Ton baiser du retour qui sera si joyeux. Et le grand ciel avait la couleur de tes yeux. Tout semblait me parler de toi dans la nature ; Et lorsque les chevaux de la vieille voiture Secouaient les harnais de cuir sur leurs garrots. Ta joie en m'espérant riait dans les grelots.
L'cASlLE VE ^r/T
Pocsic dite par M. Coqiicliii aine, ù Toccaiio;! >.lii cciitcii.nic
de 1.1 Sociàc Philanthropique,
le 9 mai iSSo.
N soir, — ce souvenir me donne le l'risson, — Un ami m'a conduit dans la triste maison Qm» recueille, à Paris, les femmes sans asile. La porte est grande ouverte et l'accès est facile. Disant un nom, montrant quelque papier qu'elle a, Toute errante de nuit peut venir frapper là. On l'interrogera seulement pour la forme. Sa soupe est chaude ; un lit est prêt pour qu'elle y dorme ; L'hôtesse qui la fait asseoir au coin du feu, Kopcctant son silence, attendra son aveu. (lar un veut ignorer, en lui rendant service, Si son nom est misère ou si sud nom est vice,
LASILt DE NUIT
Et dans ce lieu, devant tous les malheurs humains, On sait fermer les yeux autant qu'ouvrir les mains.
J'ai vu. J'ai pénétré dans la salle commune Où, muettes, le dos courbé par l'infortune. Leur morne front chargé de pensers absorbants. Les femmes attendaient, assises sur des bancs. Que de chagrins poignants, que d'angoisses profondes Torturent dans le cœur ces pauvres vagabondes, Dont plusieurs même, avec un doux geste honteux, Étreignent un petit enfant, quelquefois deux ! On m'a dit ce qu'étaient ces pauvres délaissées : Ouvrières sans pain, domestiques chassées, Et les femmes qu'un jour le mari laisse là, Et les vieilles que l'âge accable, et celles-là Dont la misère est triste entre les plus amères, Les victimes d'amour, hélas ! les filles-mères Qui, songeant à l'enfant resté dans l'hôpital. Soutiennent de la main le sein qui leur fait mal. J'ai vu cela. J'ai vu ces pauvresses livides Manger la soupe avec des sifflements avides, Puis, lourdes de fatigue et d'un pas affaibli, Monter vers ce dortoir, tous les soirs si rempli. Mon regard les suivait, et, pour leur nuit trop brève, Je n'ai pas souhaité l'illusion du rêve, — Au matin, leur malheur en eût été plus fort, — Mais un sommeil profond et semblable à la mort!
Car dormir, c'est l'instant de calme dans l'orage ; Dormir, c'est le repos d'où renaît le courage. Ou c'est l'oubh, du moins, pour qui n'a plus d'espoir. Vous souffrirez demain, femmes! dormez, ce soir.
Oh ! naguère, combien d'existences fiitales Erraient sur le pavé maudit des capitales Sans jamais s'arrêter un instant pour dormir! Car la loi, cette loi dure à faire frémir. Défend que sous le ciel de Dieu le pauvre dorme. Triste femme égarée en ce Paris énorme. Qui sors de l'hôpital, ton mal étant fini, Et qui n'as pas d'argent pour sonner au garni. Il est minuit. Va-t'en par le désert des rues!
Sous le gaz qui te suit de ses lumières crues. Spectre rasant les murs et qui gémis tout bas, Marche droit devant toi, marche en pressant le pas! C'est l'hiver! et tes pleurs se glacent sur ta joue. Marche dans le brouillard et marche dans la boue ! Marche jusqu'au soleil levant, jusqu'à demain, Malheureuse ! et surtout ne prends pas le chemin Qui mène aux ponts où l'eau, murmurant contre l'arche, T'offrirait son lit froid et mortel... Marche ! marche !
Ce supplice n'est plus. L'errante qu'on poursuit Peut frapper désormais à l'Asile de Nuit ; Ce refuge est ouvert à la bête traquée, Et l'hospitalité, sans même être invoquée. L'attend là pour un jour, pour deux, pour trois, enfin Pour le temps de trouver du travail ou du pain.
Mais la misère est grande et Paris est immense ; Et, malgré bien des dons, cette œuvre qui commence N'a qu'un pauvre logis, au faubourg, dans un coin, Là-bas, et le malheur doit y venir de loin. Abrégez son chemin ; fondez un autre asile. Heureux du monde à qui le bien est si facile ! Donnez ! Une maison nouvelle s'ouvrira.
Femme qui revenez, le soir, de l'Opéra, Au bercement léger d'une bonne voiture.
Songez qu'à la même heure une autre créature Ne peut aller trouver, la force lui manquant, Tout au bout de Paris, le bois d'un lit de camp ! Songez, quand vous irez, tout émue et joyeuse. Dans la petite chambre où tremble une veilleuse. Réveiller d'un baiser votre enfant étonné. Que l'autre, dans ses bras, porte son nouveau-né. Et que, se laissant choir sur un banc, par trop lasse. Jetant un œil navré sur l'omnibus qui passe. Elle ne peut gagner la maison du faubourg; Car la route est trop longue et l'enfant est trop lourd !
Oh! si chacun faisait tout ce qu'il pourrait faire!...
Un jour, sur ce vieux seuil connu de la misère, Une femme parut, de qui la pauvreté
CONTES ET POÉSIES
Semblait s'adresser là pour l'hospitalité ;
On allait faire entrer la visiteuse pâle,
X^uand celle-ci, tirant de dessous son vieux ciiâlc
Des vêtements d'enfant arrangés avec soin,
Dit:
« Mon petit est mort et n'en a plus besoin... Ce souvenir m'est cher, mais il est inutile ; Partagez ces effets aux bébés de l'asile... Car mon ange aime mieux — mon cœur dumoinslecroit
Que d'autres aient bien chaud, pendant qu'il a si froid ! »
Noble femme apportant le denier de la veuve, Mère qui te souviens d'autrui dans ton épreuve, Grande âme où la douleur exalte encor l'amour, Sois bénie !... Et vous tous, riches, puissants du jour, Vous qui pouvez donner, ô vous à qui s'adresse Cet exemple de simple et sublime tendresse, Au nom des pleurs émus que vous avez versés. Ne faites pas moins qu'elle, et vous ferez assez!
Joi^VlCNi VU LUXEéM'BOUT^G
I H ER et vieux Luxembourg ! — C'est vers cinquante-six Que, dans les environs du palais Médicis, S'étaient logés mes bons parents, dans la pensée Que je serais ainsi tout proche du lycée Dont alors j'étais l'un des mauvais écoliers; Et le jardin royal, aux massifs réguliers, Aux vastes boulingrins de verdure qu'embrasse Le gracieux contour de sa double terrasse. M'accueillit bien souvent, externe paresseux. Parmi mes compagnons j'étais déjà de ceux Qui ne supportent pas la routine ordinaire Et font sécher des fleurs dans leur dictionnaire; Et, poète futur, quand les rayons derniers Du soleil s'éteignaient sous les noirs marronniers Et que je m'attardais, rêveur, au pied d'un arbre, Il me semblait parfois que les dames de marbre, Clotilde aux longs cheveux, Jeanne écoutant ses voix.
CONTES ET POÉSIES
Et la fière Stuart et la fine Valois,
Me jetaient des regards et me faisaient des signes.
Parfois encore, auprès de la maison des cygnes,
Quand les bateaux d'enfants, inclinant leurs agrès,
Fuj-aient sur le bassin ridé par un vent frais,
Pour moi ces bricks mignons et ces frégates naines
Evoquaient l'Océan et les courses lointaines.
Ah ! depuis ce temps-là, j'ai revu bien souvent
L'escadre en miniature enfuie au gré du vent.
Et bien souvent revu les belles dames blanches,
Dressant leurs sveltes corps sous l'épaisseur des brandies ;
Mais je sais maintenant combien il est amer
De chérir une femme et de tenter la mer.
Et songe que c'était un grand enfantillage
De désirer ainsi l'amour et le voyage !
L'amour! ce fut aussi sous tes rameaux flottants. Jardin chéri, que j'ai tant souffert à vingt ans. T'en souviens-tu, vieux banc surqui j'allais l'attendre, La petite blondine au regard fin et tendre Par qui mon cœur naïf voulait se croire aimé? Quand je passe par là, dans certains jours de mai Où l'haleine des fleurs semble plus odorante. Je revis les bons jours de notre idylle errante. Jliabiuis en famille, elle avait un jaloux. Et souvent pour abris, vieux parc, ces rendez-vous, Où Tamour me brûlait de ses ardeurs premières, N'eurent que tes liias et tes roses trémières. Je n'obteiuis, toujours au moindre bruit craintif, Qp'une rapide étreinte et qu'un baiser furtif. Pour effleurer son front de ma bouche afiblée Il fallait profiter du tournant d'une allée Et reprendre aussitôt l'air distrait et flâneur Devant le vieux gardien avec sa croix d'honneur. Mai» nous avions vingt ans et c'était une fête ! Et cette ^emité d'amour que le Prophète Promet aux vraii croyants au sein du paradis, Cuit )e la donnerais toute, je vous le dis,
Pour le moment si court où, dans la Pépinière, Avec sa caressante et mignonne manière, Se serrant sur mon cœur, elle me demanda Ce long baiser que seul a vu la Velléda.
O parc royal, tu vis finir sa fantaisie,
Et lorsque la douleur m'apprit la poésie,
— Car on ne sent tout son bonheur qu'en le perdant, —
C'est toi qui fus encor mon premier confident !
Triste enfant de Paris, né loin de la nature,
C'est grâce à ton charmant asile de verdure
Que je l'ai devinée et que je la connais ;
C'est par toi que, jeune homme à la chasse aux sonnets,
Qui passais sans les voir près des joueurs de paume,
J'ai su que l'oiseau chante et que la fleur embaume;
Et sous tes noirs rameaux je reviens aujourd'hui
Chercher la rime rare ou le mot juste enfui.
Et dans les voluptés du rêve je m'enfonce,
A l'heure où le couchant saigne sous le quinconce
Et quand pour le départ roule au loin le tambour.
Pour toutes ces raisons, je t'aime, ô Luxembourg ! Car ma jeunesse, hélas ! depuis longtemps passée. Sur ton sable a semé son cœur et sa pensée, Et mes premiers baisers comme mes premiers vers Ont pris leur libre essor sous tes vieux arbres verts. A toi je suis lié par un secret arcane. Et quand je reviendrai, vieillard traînant ma canne, Par quelque doux matin d'un automne attiédi, Sur tes bancs, au soleil, me chaufl'er à midi. Promets-moi, vieux jardin, témoin de mon aurore. Quelque déception que me réserve encore La volupté qui blase ou la gloire qui ment, Que, devant une amante au bras de son amant, Ou devant un rêveur qui va lisant un livre, Le souvenir encor me rendra le cœur ivre De ce qui l'enivrait en son doux floréal, l*,t que je bénirai l'amour et l'idéal !
c4 TETOE FI
Strophes dites p.ir l'auteur pnriant au nom Jes hôtes fraudais de !.i }Ion<;rii le 12 août i88;, devant la statue de Pcta-fi, à Buda-Pest.
' o M M E en quittant la bonne et généreuse hôtesse Qui lui fit place au feu dans la froide saison, Un pauvre voyageur, pris soudain de tristesse. Baise au front longuement l'enfant de la maison ;
Ainsi nous, les Français, hôtes de la Hongrie, Vers toi, des fleurs en main, nous sommes accourus, Soldat-poète, ô fils si cher à la patrie, Qui pour elle chantas et pour elle mourus !
Oh ! brûler de génie et périr à la guerre. Se dressser en airain et mourir sans tombeau!... Mais je ne te plains pas et t'envie, ô mon frère ! Nul sort plus que le tien n'est héroïque et beau.
A l'endroit où, le nombre écrasant ton couragy. Tu mourus pour entrer dans l'immortalité, Aujourd'hui, j'en suis sûr, pousse un rosier sauvage, Poète de l'amour et de la liberté I
Un sauvage rosier où vit encor ton âme ;
Et, quand auprès de lui passent deux fiancés,
Sa fleur, que l'amoureux donne à la jeune femme,
Rend plus doux leurs serments et plus chauds leurs baisers.
Et quand, par les beaux soirs, le rossignol s'y pose. Le rossignol, ce libre et pur chanteur ailé. Il est comme enivré du parfum de la rose Et chante éperdument sous le ciel étoile.
TOËmEs m^GrQA\s
d'après petœfi
QUI ME COMPREXn?
V^ui me comprend! On les croit fous, Mes vers faits de lumière et d'ombre.
J'aime et l'on m'aime, et c'est bien doux ; Je suis Magyar, et c'est bien sombre.
De tendres pleurs mouillent mes yeux Au souvenir de ma chérie ; Et j'ai des sanglots furieux Pour les malheurs de la patrie.
Sur mon sein, ma mie aux yeux clairs Met un bouquet de fleurs divines; Et l'amour du pays aux fers Me couronne le front d'épines.
Je vais, triste et joyeux, versant Sur ma lyre, à travers l'orage, Des fleurs et des gouttes de sang, Des larmes d'amour et de rage !