CHANSON POPULAIRE
'ai bu deux flacons de vin vieux.
Dans le village, au clair de lune, Je danse en diable furieux.
Un cruel souci m'importune.
Gai, gai, Tsigane ! Un air joyeux, Sous la fenêtre de ma brune.
La chère étoile! je l'aimais!...
L'étoile file et l'amour vole.
Elle aime un autre désormais.
Gai, Tsigane ! Une chanson folle, Afin qu'elle ignore à jamais Que sa fausseté me désole.
i^ E Ciel m'a dit : « Choisis ta mort ; elle est prochaine. » J'ai répondu : « Seigneur!... Enautomne,un jourpur, Devant les arbres d'or frissonnant dans l'azur... Et qu'un oiseau tardif chante encor dans un chêne !
« Ainsi que la nature à l'arrière-saison, Oh ! que je sente, avant qu'elle ne me saisisse. Venir tout doucement la mort, et que je puisse Chanter, comme l'oiseau, ma suprême chanson.
« Puis, quand sera venu le moment de me taire, Approche alors et clos mes lèvres d'un baiser, Tendre et cher cœur sur qui j'ai pu me reposer. Mon adorée, ô la plus belle sur la terre!
« Mais non ! non !... Ce n'est pas. Seigneur, mon dernier vœu. Un beau' jour de printemps, de guerre et de furie, Avec des fleurs de sang émaillant la prairie ! C'est la mort que tu dois m'accorder, ô mon Dieu !
« La mort le sabre au poing! Oui, la mort violente! Quand le clairon se mêle au chant du rossignol. Que mon âme, en avril, prenne son libre vol ! Que de mon cœur jaillisse une rose sanglante!
« Et, lorsque mon cheval à bas m'aura jeté. Oh ! viens et ferme alors ma bouche avec ta bouche. Toi que j'aimai toujours d'amour âpre et farouche, Chaste fille du Ciel, sublime Liberté! »
L'oAiMl%&lL COUT{T^Er
Strophes dites par M. Paul Mounct, de l'Odcon,
à l'asscnihlce gtnérale de la Société centrale de Sauvetage des Naufragés,
le 12 mai 1886.
Vj^ u 1 N ZE ans avaient passe depuis l'époque sombre, O France, où, ton effort succombant sous le nombre.
L'honneur seul avait survécu !
Et, depuis les jours noirs de l'effroyable épreuve, Tes soldats n'avaient plus qu'une bannière neuve.
Le triste drapeau du vaincu ;
Et, quand un régiment passait, musique en tête. Avec son étendard datant de la défaite.
Nous nous rappelions nos revers, Et nos cliers vieux drapeaux, si criblés par les balles Que, lorsque les gonflait le vent, par intervalles.
On vovait l'azur au travers.
l-!t nous disions : « Drapeaux d'hier, drapeaux sans joie Qjj'il vienne donc enfin, le Chef qui vous déploie
En plein soleil, sous le ciel bleu ; Et, commandant d'escadre ou général d'armée, Qu'il vous donne, parmi la poudre et la fumée.
Le noble baptême du feu I »
L AMIRAL COLRBfT
Il vint. Après quinze ans de deuil et de nuit noire, Il nous fit tressaillir encore au mot : « Victoire ! »
Courbet! grand et vénéré nom!
Il vint. Il apparut et disparut trop vite ; Et sa gloire brilla pour s'éteindre, subite,
Ainsi que l'éclair d'un canon.
Ce qu'il fut? Un marin. — Un marin, c'est-à-dire L'homme qui n'est heureux qu'en mer, sur le navire
Qui peut devenir son tombeau ; L'homme qui, pour servir son pays, sacrifie Et risque, chaque jour, à chaque instant, sa vie...
Un marin ! — Et rien n'est plus beau !
Il eut CCS deux amours : la patrie et l'espace. Certe, il est grand ! Partout où son escadre passe.
C'est pour l'honneur du pavillon ; Partout où l'ont porté la voile et la machine, Il laisse, le marin fameux des mers de Chine,
De la gloire dans son sillon.
Mais il meurt ! . . . Tu n'es pas heureuse, ô pauvre France ! Après Chanzy, Courbet ! Deux fois, ton espérance
Se perd dans un lugubre deuil.
Tu suis des yeux, là-bas, ton héros qui navigue... II est mort au devoir, il est mort de fatigue !
Le Bayuni rapporte un cercueil I
Battez aux champs pour lui, tambours couverts de voiles ! Car, quand il conduisait, la nuit, sous les étoiles.
Ses cuirassés de premier rang.
Son rêve, j'en suis sûr, était bien autre chose Que couler une jonque ou que bloquer Formose;
Son espoir était bien plus grand.
O Courbet! âme pure et de vertus nourrie, Français qui sur les mers fis flotter ta patrie.
Gardien du drapeau relevé.
N'est-ce pas. Amiral vainqueur, grand chef austère. Que tu te préparais pour la meilleure guerre
Et pour le bon combat rêvé?
Nous le comprenons bien en te rendant hommage ; Nous faisons parmi nous triompher ton image
Dans l'indestructible métal; Nous te plaçons parmi les hommes les plus rares... Pourquoi n'avoir, hélas ! que quelques noms barbares
A graver sur ton piédestal?
Ah ! quand se dressera ta figure guerrière, Telle qu'on la voyait sur le gaillard d'arrière,
Debout dans le grand vent amer.
Sans rhétorique creuse et longtemps débattue, Écrivons simplement ces mots sous ta statue :
« Il aima la France et la mer, »
Anil jSS6.
L'UrOILU VES 'BETiCniiS
V^u AND, dans la froide nuit, au ciel, Dont les champs infinis s'azurent.
Passa l'étoile de Noël, De pauvres bergers l'aperçurent.
Laissant là chèvres et moutons, Prenant crosses et sacs de toile.
Ils dirent aussitôt : « Partons I »
Et suivirent l'errante étoile.
Les autres, amis du repos, Les prudents et les économes.
Rirent, en gardant leurs troupeaux.
De la démence de ces hommes.
Q^and ils revinrent, étonnés, Contant comme un fait véritable Qmc l'astre les avait menés Voir un enfant dans une étabic,
Des voleurs avaient, à ces fous, Pendant leur absence funeste, Pris bien des brebis, et les loups Dévoraient déjà tout le reste ;
Et l'on se moqua beaucoup d'eux.
Garder son bien, voilà l'utile.
Pourquoi donc courir, hasardeux, Après une étoile qui file?
Mais souffrir et n'avoir plus rien Contentait ces humbles apôtres :
Le peu qui leur resta de bien, Ce fut pour le donner aux autres.
Fidèles au divin signal Qu'ils avaient suivi sans rien dire, Ils rendaient le bien pour le mal, Et pour une insulte un sourire.
La nuit, près du fleuve, en secret, Ils chantaient en chœur sous les saules, I:t quand un agneau s'égarait, Le rapportaient sur leurs épaules.