‹ Poésies, 1864-1887Chapitre 121 sur 141 · L ÉTO ILE DES BERGERS · texte numérisé non relu

L ÉTO ILE DES BERGERS

Bons, ils pardonnaient au méchant, Et, par un merveilleux mystère.

Régénéraient, en la touchant, La courtisane ou l'adultère.

Et les autres bergers, pleins d'or, Dont l'avarice méprisable Creusait, pour y mettre un trésor.

Des trous dans la chaleur du sable,

Avaient des haines d'envieux Pour ces pauvres de haute mine.

Qui gardaient au fond de leurs yeux Un peu de l'étoile divine.

'OMME dans le mythe chrétien Dont ce temps mauvais n'est plus digne. L'astre du beau, l'astre du bien Passe parfois et nous fait signe.

Qui le suit est déshérité

De tout ce que le monde envie.

Idéal d'art ou de bonté,

Il faut en souffrir pour la vie ;

Gravir les chemins durs et droits; Fuir les jougs que met sur nos nuques Ou la morale des bourgeois Ou la critique des eunuques ;

Jeter ses perles aux pourceaux ; Etre toujours, sans qu'on s'irrite, Traité d'insensé par les sots, Traité d'impur par l'hypocrite ;

Voir triompher autour de soi Le laid, l'imbécile et l'injuste ; — Et sentir plus ferme sa foi Et sa volonté plus robuste...

Artiste d'un rêve obsédé Ou pauvre homme à la chair fragile.

Va! par une étoile guidé, Comtne un berger de l'Evangile !

Va! sourd à l'intérêt vénal.

Va ! loin des faux dieux qu'on encense,

Vers le Bethléem idéal,

Vers la beauté, vers l'innocence !

Et si quelque gouffre effrayant, Que ton imprudence te voile, T'engloutit, meurs en souriant.

Les yeux fixés sur ton étoile !

Arrière-Saison

Arrière-Saison

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