‹ Poésies, 1864-1887Chapitre 135 sur 141 · DERNIÈRE F L A M M E · texte numérisé non relu

DERNIÈRE F L A M M E

u I ! j'ai clungc souvent de maîtresse et d'amours, Mais, chaque fois, j'ai cru que c'était pour toujours ; Et, jusqu'à l'âge mùr, j'ai connu la misère De me duper moi-même, en me croyant sincère. Ah ! dans cette heure exquise où le désir naissant Et les parfums d'Avril troublent l'adolescent. Heureux, heureux celui qui résout le problème De n'aimer qu'une fois, d'aimer toujours la même ! Il ne connaîtra pas, celui-là, le frisson Qïii — lorsque vient l'amour de l'arrière-saison. Sentiment moins ardent, sensation moins vive — Soudain glace le cœur et fait douter qu'il vive... Ce$t mon ancien regret, chère âme, et tu le sais ! Cor bonheurs et chagrins de mes amours passés Soot devenus des vers et j'en ai fait mon livre, Misérable rc%'eur qui me regarde vivre.

Lorsque tu m'as choisi, tu savais bien, hélas I Qpc ion bras s'appuyait sur un bras déjà las. Qiuod, 6xani sur mes yeux tes yeux d'esclave heureuse. Tu me tendais U Beur de u bouche amoureuse : ■ Laisfe^noi aeuJenicnt t'aimcrt n me disais-tu. El, j'en conviens, souvent mon ca>ur n'a pas battu, Malgré tous mes baisers sur ton front incrédule. NonI il ne baïuil point, — pareil à la pendule tXmi un a pour toujours arri^té le ressort, IXin» b chambre funèbre où quelque prince cm mort, — Qmc }'m leuflert alors de ne pouvoir te rendre Qu'un goût scntimeiilai, iju'un peu li'.iiuiiii!' iliuIk. !

Mais j'ai voulu t'aimer, parce que tu m'aimais. Aujourd'hui, chère enfant, viens dans mes bras, et mets. Mets ton front sur mon cœur. . . Tu l'entends ?. . . 11 palpite Lentement, lentement, mais chaque jour plus vite. Ainsi qu'un voyageur par l'espoir soutenu. Le lointain exilé, l'absent, est revenu. Mon Octobre frileux donne son chrysanthème. Ton charme et ta constance ont triomphé : Je t'aime ! . . . Mon enfant, serre-moi bien fort entre tes bras Et jure, oh ! jure-moi que tu l'entretiendras, La flamiîie que ta jeune haleine a fait renaître! Car c'est mon seul bonheur, ma seule raison d'être; Par elle seulement je suis poète encor. Gardons, ô mon enfant, ce suprême trésor! Veillons, ô ma plus chère et dernière maîtresse. Sur ce foyer d'amour qu'alluma ta tendresse. Comme un mineur perdu protège avec sa main Le llambeau qui lui fait retrouver son chemin !

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