‹ Poésies, 1864-1887Chapitre 20 sur 141 · SIMPLE AMBITION · texte numérisé non relu

SIMPLE AMBITION

Demander comment va le maître, Qui survient, simple et cordial ; Oh ! le bon moment ! — La fenêtre S'ouvre sur le ciel nuptial ;

Les brises déjà rafraîchies Entrent avec des papillons Bien vite brûlés aux bougies Q.ui jettent de faibles rayons.

Le concert commence. Elle écoute, Blonde, accoudée et tout en blanc.

Et son cœur frissonne sans doute Avec l'allégretto tremblant.

Puis, c'est le menuet, l'andante, Tout le beau poème du bruit.

Toute la symphonie ardente.

Et le temps passe. Il est minuit.

« Sauvez-vous. C'est une heure indue Pour vous qui logez tout là-bas ; Et cette banlieue est perdue.

Vous viendrez demain, n'est-ce pas? »

Mais avant de partir, encore Un peu de musique; pas trop...

Pendant que Julie élabore Trois humbles verres de sirop.

DcA^T^S Lc4 \UE

A Jules Bonnassies

ES deux petites sont en deuîl; Et la plus grande — c'est la mère A conduit l'autre jusqu'au seuil Qui mène à l'école primaire.

Elle inspecte, dans le panier, Les tartines de confiture Et jette un coup d'oeil au dernier Devoir du cahier d'écriture.

Puis comme c'est un matin froid Où l'eau gèle dans la rigole, Et comme il faut que l'enfant soit En état d'entrer h l'école.

Iicartant le vieux châle noir

Dont la petite s'emmitoufle,

L'atnéc alors tire un mouchoir,

Lui prend le nez et lui dit : « Souffle. »

SOEWR U^OVICE

o R SQ.U E tout douloureux regret fut mort en elle Et qu'elle eut bien perdu tout espoir décevant, Résignée, elle alla chercher dans un couvent Le calme qui prépare à la vie éternelle.

Le chapelet battant la jupe de flanelle. Et pâle, elle venait se promener souvent Dans le jardin sans fleurs, bien abrité du vent, Avec ses plans de choux et sa vigne en tonnelle

Pourtant elle cueillit, un jour, dans ce jardin. Une fleur exhalant un souvenir mondain.

Qui poussait là malgré la sainte obédience ;

Elle la respira longtemps, puis, vers le soir. Saintement, ayant mis en paix sa conscience. Mourut, comme s'éteint l'âme d'un encensoir

FcA<S\nLLE VU SfE^UISIETi^

E'marchand de cercueils vient de trousser ses manches Et rabote en sifflant, les pieds dans les copeaux. L'année est bonne ; il n'a pas le moindre repos Et môme il ne boit plus son gain tous les dimanches.

Tout en jouant parmi les longues bières blanches, Ses enfants, deux blondins tout roses et dispos, Qjjand passe un corbillard, lui tirent leurs chapeaux Et bénissent la mort qui fait vendre des planches.

La mère, supputant de combien s'accroîtra Son épargne, s'il vient un nouveau choléra, Tricote, en souriant, au seuil de la boutique;

Et ce groupe joyeux, dans l'or d'un soir d'été, Oiïre un tableau de paix naïve et domestique, De bicn-étrc honorable et de bonne santé.

mUSÊE VE moi\ID^E

u Louvre, je vais voir ces délicats modèles Qui montrent aux oisifs les richesses d'un port, Je connais l'armement des vaisseaux de haut-bord Et la voilure des avisos-hirondelles.

J'aime cette flottille avec ses bagatelles, Le carré d'Océan qui lui sert de support, Ses petits canons noirs se montrant au sabord. Et ses mille haubans Bns comme des dentelles.

Je suis un loup de mer et sais apprécier Le blindage de cuivre et les ancres d'acier : Car tous ces riens de bois, de ficelle et de liège

M'ont souvent fait trouver les dimanches bien courts, Et, forçat de Paris dès longtemps pris au piège, C'est là que j'ai rêvé le voyage au long cours.

JOUJOUX V'c4LLE^S\ic4G^E

'autre soir, je voyais la petite Mariu Rester, près de la lampe, en extase et sans voix ; Car elle avait tiré de son coffre de bois G: jouet d'Allemagne appelé bergerie.

Les moutons étaient gros connue la métairie, Qui, certes, n'aurait pu loger les villageois; Les arbres sur leurs pieds naïfs étaient tout droits. Et le vieux tapis vert jouait mal la prairie.

Ht moi, plus que l'enfant, je me suis amusé, lit puisque le voyage, hélas ! m'est refusé, Une heure j'ai joui d'un mirage illusoire.

L'odeur de ces joujoux, mal taillés et mal peints,

M'a permis de courir tes déserts de sapins.

Ht j'ai connu ton ombre immense, ô for£t Nuire I

Ecrit

pendant

le siège

Taris, i8yo

Écrit pendant le siège

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