PLUS DE SANG
Oui, nous irons d'abord où la discorde habite, Dans le sombre palais au toit duquel palpite
Un drapeau rouge dans le ciel, Et là tu montreras, de ton geste qui raille, Les trois mots flamboyants sur la vieille muraille
Qjmme les mots de Daniel.
Tu feras voir l'horreur de ta gorge saignée Et tu déchireras, pauvre mère indignée,
Ce décret, cet ukase affreux, Écrit par une main noire encor de l'amorce, Qui provoque au combat fraticide et qui force
Tes fils à s'égorger entre eux.
Après nous descendrons dans les geôles profondes Où tu verras, parmi les malfaiteurs immondes.
Tristes, mais le cœur sans effroi, Des vieillards doux et purs, des otages de guerre, Des prêtres arrachés de l'autel où naguère
Ils priaient encor Dieu pour toi.
Nous planerons alors sur la cité déserte.
Sauf un rauque clairon qui sonne au loin l'alerte
Ou le coup de canon d'un fort, Ou le pavé broyé par un caisson qui passe ; Nul bruit, nul mouvement, et sur l'immense espace
Pèsent le silence et la mort.
C'est la fuite, partout. Si, dans les quartiers riches. Frôlant timidement les murs souillés d'affiches,
Le passant marche, le front bas.
Inquiet du blocus et craignant qu'on l'affame, Dans le groupe, au faubourg, le vieux, l'enfant, la femme,
Sont seuls à parler des combats.
Entcnds-tu le canon qui gronde par saccades? Les hommes sont partis la-bas, aux barricades,
Aux avant-postes, aux remparts.
A Vanves, i Neuilly, mitraille et balles pleuvcnt, Hélas I et c'est pourquoi tous ces corurs qui s'émeuvent,
Ces larmes dans tous les regards.
Mais si, nous détournant de cette morne scène. Nous regardons plus loin, sur les bords de la Seine,
France, cache-moi dans ton sein !
Que j'entende bondir ton noble cœur de femme Qui se brise à l'aspect de cette lutte infiime
Où ton peuple est ton assassin.
Que j'entende ta voix hurler, pleine de larmes : — G mes fils égarés, jetez, brisez vos armes.
Assez! il n'est jamais trop tard.
Ne combattez pas plus pour un mot illusoire ; Arrêtez, plus de sang! nous n'avons qu'une gloire
Et nous n'avons qu'un étendard.
La victoire est horrible et ma mort seule est sûre. Cruels, vous retournez le fer dans la blessure
Où l'a plongé le Prussien !
Arrêtez ce combat qui m'achève et me navre. Insensés qui voulez sur un front de cadavre
Planter le bonnet phrj'gien.
La paix! faites la paix! Et puis, pardon, clémence! Oublions à jamais cet instant de démence.
Vite à nos marteaux. Travaillons.
Travaillons en disant : « C'était un mauvais rêve. » Et plus tard, quand mon front qui vite se relève
Lancera de nouveaux rayons.
Alors, ô jeunes fils de la vaillante Gaule, Nous jetterons encor le fusil sur l'épaule
Et, le sac chargé d'un pain bis.
Nous irons vers le Rhin pour laver notre honte. Nous irons, furieux comme le flot qui monte
Et nombreux comme les épis. —
Dis-leur cela, ma mère, et, messagère ailée, Mon ode ira porter jusque dans la mêlée
Le rameau providentiel, Sachant bien que l'orage affreux qui se déchaîne Et qui peut d'un seul coup déraciner un chêne.
Épargne un oiseau dans le ciel.
Promenades et Intérieurs
Intérieurs
A Paul Dalloz
ECTEUR, à toi CCS vcrs, graves historiens De ce que la plupart appelleraient des riens. Spectateur indulgent qui vis ainsi qu'on rêve, Qui laisses s'écouler le temps et trouves brève Cette succession de printemps et d'hivers, Lecteur mélancolique et doux, à toi ces vers ! Ce sont des souvenirs, des éclairs, des boutades, Trouvés au coin de l'âtre ou dans mes promenades. Que je te veux conter par le droit bien permis Qu'ont de causer entre eux deux paisibles amis*
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PROMENADES ET INTERIEURS
1 RisoxxiER d'un bureau, je connais le plaisir De goûter, tous les soirs, un moment de loisir. Je rentre lentement chez moi, je me délasse Aux cris des écoliers qui sortent de la classe ; Je traverse un jardin, où j'écoute, en marchant. Les adieux que les nids font au soleil couchant, Bruit pareil à celui d'une immense friture. Content comme un enfant qu'on promène en voiture, Je regarde, j'admire, et sens avec bonheur Que j'ai toujours la foi naïve du flâneur.
''est vrai, j'aime Paris d'une amitié malsaine; J'ai partout le regret des vieux bords de la Seine. Devant la vaste mer, devant les pics neigeux, Je rêve d'un faubourg plein d'enfance et de jeux. D'un coteau tout pelé d'où ma Muse s'applique A noter les tons fins d'un ciel mélancolique, D'un bout de Bièvre, avec quelques champs oubliés. Où l'on tend une corde aux troncs des peupliers, Pour y faire sécher la toile et la flanelle, Ou d'un coin pour pécher dans l'île de Grenelle.
'adore la banlieue avec ses champs en friche Et SCS vieux murs lépreux, où quelque ancienne afl'iche Me parle de quartiers dès longtemps démolis. O vanité! Le nom du marchand que j'y lis Doit orner un tombeau dans le PèrcLachaisc. Je m'attarde. Il n'est rien ici qui ne me plaise, Mime les pissenlits frissonnant dans un coin. Et puis, pour regagner les maisons déjà loin, Dont le couchant vermeil fait flamboyer les vitres, Je prcnJs un chemin noir semé d'écaillcs d'huîtres.
E soir, au coin du feu, j'ai pensé bien des fois A la mort d'un oiseau, quelque part, dans les bois. Pendant les tristes jours de l'hiver monotone, Les pauvres nids déserts, les nids qu'on abandonne, Se balancent au vent sur le ciel gris de fer. Oh ! comme les oiseaux doivent mourir l'hiver ! Pourtant, lorsque viendra le temps des violettes. Nous ne trouverons pas leurs délicats squelettes Dans le gazon d'avril, où nous irons courir. Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir?
'ÊTES- vous pas jaloux en voyant attablés Dans un gai cabaret entre deux champs de blés. Les soirs d'été, des gens du peuple sous la treille ? Moi, devant ces amants se parlant à l'oreille Et que ne gène pas le père, tout entier A roff"re d'un lapin que fait le gargotier. Devant tous ces dîneurs, gais de la nappe mise. Ces joueurs de bouchon en manches de chemise. Cœurs satisfaits pour qui les dimanches sont courts, J'ai regret de porter du drap noir tous les jours.
ous en rirez. Mais j'ai toujours trouvé touchants Ces couples de pioupious qui s'en vont par les champs, Côte à côte, épluchant l'écorcc de baguettes Qu'ils prirent aux bosquets des prochaines guinguettes. Je vois le sous-préfet présidant le bureau, Le paysan qui tire un mauvais numéro, Les rubans au chapeau, le sac sur les épaules. Et les adieux naïfs, le soir, auprès des saules, A celle qui promet de ne pas oublier En s'cssuyant les yeux avec son tablier.
PROMENADES ET INTÉRIEURS
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' N rêve de bonheur qui souvent m'accompagne, C'est d'avoir un logis donnant sur la campagne, Près des toits, tout au bout du faubourg prolongé, Où je vivrais ainsi qu'un ouvrier rangé. C'est là, me semble-t-il, qu'on ferait un bon livre. En hiver, l'horizon des coteaux blancs de givre; En été, le grand ciel et l'air qui sent les bois ; Et les rares amis, qui viendraient quelquefois Pour me voir, de très loin, pourraient me reconnaître, Jouant du flageolet, assis à ma fenêtre.
V^UAND sont finis le feu d'artifice et la fête.
Morne comme une armée après une défaite,
La foule se disperse. Avez-vous remarqué
Comme est silencieux ce peuple fatigué?
Ils s'en vont tous, portant de lourds enfants qui geignent.
Tandis qu'en infectant des lampions s'éteignent.
On n'entend que le rhythme inquiétant des pas;
Le ciel est rouge; et c'est sinistre, n'est-ce pas?
Ce fourmillement noir dans ces étroites rues
Qu'assombrit le regret des splendeurs disparues !
V^UELQu'uN a-t-il noté le désir hystérique Des collégiens qui vont finir leur rhétorique. Et, d'après Paul de Kock, veulent être viveurs. Devant les nudités en cire des coiffeurs? Car du court mantelet rose et bordé de cygne Émergent des appas où brille un petit signe. Tous ces adolescents trouvent délicieux Le gros fard de la joue et le bistre des yeux, Et, troublés à l'aspect de ces beautés de plâtre. Rêvent d'amour avec des femmes de théâtre.
I ' E s T un boudoir meublé dans le goût de l'Empire, Jaune, tout en velours d'Utrecht. On y respire Le charme un peu vieillot de l'Abbaye-aux-Bois : Croix d'honneur sous un verre et petits meubles droits. Deux portraits, — une dame en turban qui regarde Un pompeux colonel des lanciers de la garde En grand costume, peint par le baron Gérard, — Plus une harpe auprès d'un piano d'Érard, Qui dut accompagner bien souvent, j'imagine. Ce qu'Alonzo disait à la tendre Imogine.
CHAMPÊTRES et lointains quartiers, je vous préfère Sans doute par les nuits d'été, quand l'atmosphère S'emplit de l'odeur forte et tiède des jardins ; Mais j'aime aussi vos bals en plein vent d'où, soudains. S'échappent les éclats de rire à pleine bouche. Les polkas, le hoquet des cruchons qu'on débouche. Les gros verres trinquant sur les tables de bois, Et, parmi le chaos des rires et des voix Et du vent fugitif dans les ramures noires, Le grincement rhythmé des lourdes balançoires.
E Grand-Montrouge est loin, et le dur charretier A mené sa voiture à Paris, au chantier. Pleine de lourds moellons, par les chemins de boue ; Et voici que, marchant à côté de la roue. Il revient, écoutant, de fatigue abreuvé, Le pas de son cheval qui frappe le pavé. Et moi, j'envie, au fond de mon cœur, ce pauvre homme ; Car lui, du moins, il a bon appétit, bon somme, Il vit sa rude vie ainsi qu'un animal. Et l'automne qui vient ne lui fait pas de mal.
PROMENADES ET INTÉRIEURS
«J 'ÉCRIS près de la lampe. Il fait bon. Rien ne bouge. Toute petite, en noir, dans le grand fiiuteuil rouge, Tranquille auprès du feu, ma vieille mère est là ; Elle songe sans doute au mal qui m'exila Loin d'elle, l'autre hiver, mais sans trop d'épouvante, Gir je suis sage et reste au logis, quand il vente. Et puis, se souvenant qu'en octobre la nuit Peut fraîchir, vivement et sans faire de bruit. Elle met une bûche au foyer plein de flammes. Ma mère, sois bénie entre toutes les femmes !
OLUPTÉ des parfums! — Oui, toute odeur est fée. Si j'épluche, le soir, une orange échauffée, Je rêve de théâtre et de profonds décors ; Si je brûle un fagot, je vois, sonnant leurs cors. Dans la forêt d'hiver les chasseurs faire halte ; Si je traverse enfin ce brouillard que l'asphalte Répand, infect et noir, autour de son chaudron, Je me crois sur un quai parfumé de goudron. Regardant s'avancer, blanche, une goélette Parmi les diamants de la mer violette.
ocES du samedi I noces où l'on s'amuse. Je vous rencontre au bois où nu flâneuse Muse Entend venir de loin les cris facétieux Dci remmc5 en bonnet et des gars en messieurs Qmî leur donnent le bras en fumant un cigare, Tandis qu'en un bosquet le nuric s'c'garc, Souvent imberbe et jeune, ou parfois mûr et veuf, Et tout ftcf de icntir sur sa manche en drap neuf, Otcf^l'ocuvrc d'un taiUcur-amcierge de Montruuge, Sa fenime, en robe bbnclie, éuter »a main rouge.
EL un chasseur perclus, devant son feu qui flambe, Échange avec son chien serré contre sa jambe Un regard de tristesse à l'heure de l'affût, Triste et se rappelant ce qu'autrefois il fut. Tel un oiseau muet dans le brouillard d'octobre, Tel un buveur malade et forcé d'être sobre, Tel un prêtre du bruit d'un baiser éperdu, Telle une épée au clou, tel un luth détendu. Tel un foyer désert, et telle ma pensée Alors qu'elle se croit du rhythme délaissée.
('ÉCOLE. Des murs blancs, des gradins noirs, et puis Un christ en bois orné de deux rameaux de buis. La sœur de charité, rose sous sa cornette. Fait la classe, tenant sous son regard honnête Vingt fillettes du peuple en simple bonnet rond. La bonne sœur ! Jamais on ne lit sur son front L'ennui de répéter les cb.oses cent fois dites ! Et, sur les premiers bancs, où sont les plus petites. Elle ne veut pas voir tous les yeux épier Un hanneton captif marchant sur du papier.
JLLn province, l'été. Le salon Louis Seize S'ouvre sur un jardin correct, à la française : Des ormeaux ébranchés, deux cygnes, un bassin, Une petite fiile, assise au clavecin, Joue, en frappant très clair les touches un peu dures, Un andante d'Haydn plein d'appogiatures.
Et le grand-père, un vieux en ailes de pigeon, Se rappelle, installé dans son fauteuil de jonc, Le temps où, beau chasseur, il courait la laitière, Et marque la mesure avec sa tabatière.
PROMENADES ET INTÉRIEURS
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EPUis que son garçon est parti pour la guerre, La veuve met les deux couverts comme naguère, Sert la soupe, remplit un grand verre de vin. Puis, sur le seuil, attend qu'un envoyé divin. Un pauvre, passe là pour qu'elle le convie. Il en vient tous les jours. Donc son fils est en vie, Et la vieille maman prend sa peine en douceur. Mais l'épicier d'en face est un libre penseur Et songe : — « Peut-on croire à de telles grimaces ? Les superstitions abrutissent les masses. »
'est-ce pas ? ce serait un bonheur peu vulgaire D'être, non pas curé, mais seulement vicaire Dans un vieil évôché de province, très loin, Et d'avoir, tout au fond de la nef, dans un coin. Un confessionnal recherché des dévotes.
On recevrait des fruits glacés et des compotes ; On serait latiniste et gourmand achevé ; Et, par la rue où l'herbe encadre le pavé, On viendrait tous les jours une heure à Notre-Dame, Faire un somme, bercé d'un murmure de femme.
L a neigé la veille et, tout le jour, il gèle. Le toit, les ornements de fer et la margelle Du puits, le haut des murs, les balcons, le vieux banc. Sont comme ouatés, et, dans le jardin, tout est blanc. Le grésil a figé la nature, et les branches Sur un doux ciel perlé dressent leurs gerbes blanches. Mais regardez. Voici le coucher du soleil. A l'occident plus clair court un sillon vermeil. Sa soudaine lueur féerique, nous arrose Et les arbres d'hiver semblent de corail rose.
E la rue on entend sa plaintive chanson. Pâle et rousse, le teint plein de taches de son. Elle coud, de profil, assise à sa fenêtre. Très sage et sachant bien qu'elle est laide peut-être, Elle a son dé d'argent pour unique bijou. Sa chambre est nue, avec des meubles d'acajou. Elle gagne deux francs, fait de la lingerie Et jette un sou quand vient l'orgue de Barbarie. Tous les voisins lui font leur bonjour le plus gai Qui leur vaut son petit sourire fatigué.
ANS ces bals qu'en hiver les mères de famille Donnent à des bourgeois pour marier leur fille. En faisant circuler assez souvent, pas trop. Les petits-fours avec les verres de sirop. Presque toujours la plus jolie et la mieux mise, Gille qui plaît et montre une grâce permise, Est sans dot, — voulez-vous en tenir le pari ? — Et ne trouvera pas, pauvre enfimt, un mari. Et son père, officier en retraite, pas riche. Dans un coin, fait son whist à quatre sous la fiche.
<OMME à cinq ans on est une grande personne. On lui disait parfois : « Prends ton frère, mignonne, » Et, fière, elle portait dans ses bras le bébé. Quels soins alors ! L'enfant n'était jamais tombé. Très grave, elle jouait à la petite mère. Hélas ! le nouveau-né fut un ange éphémère. On prit sur son berceau mesure d'un cercueil ; Et la sœur de cinq ans a des habits de deuil. Ne parle ni ne joue et, très préoccupée. Se dit : « Je n'aime plus maintenant ma poupée. »
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PROMENADES ET INTERIEURS
vJe rêve, tant Paris m'est parfois un enfer, D'une N-ille très calme et sans chemin de fer, Où, chez le sous-préfet, en vieux garçon affiible. Je lirais, au dessert, mon épître ou ma fable. On se dirait tout bas, comme un mignon péché, Un quatrain très mordant que j'aurais décoché. Là, je conserverais de vagues hypothèques. On voudrait mon avis pour les bibliothèques ; Et j'y rétablirais, disciple consolé, Nos maîtres, Esmériard, Lebrun, Chcnedollc.
ous êtes dans le vrai, canotiers, calicots! Pour voir des boutons d'or et des coquelicots, Vous partez, le dimanche, et remplissez les gares De femmes, de chansons, de joie et de cigares. Et, pour être charmants et faire votre cour, Vous savez imiter les cris de basse-cour. Vous a\'ez la gaieté peinte sur la figure. Pour vous, le soir qui vient, c'est la tonnelle obscure Où, bruyants et grivois, vous prenez le repas ; Et le soleil couchant ne vous attriste pas.
-.SIS, ics pictis pcnd.ints, sous l'arche du vieux font, Et sourd aux bruits loinuins à qui l'écho répond, Ix pêcheur suit des yeux le petit flotteur rouge. LVau du fleuve pétille au soleil. Rien ne bouge. Le licgc soudain fait un plongeon trompeur, La ligne saute. — Avec un hoquet de vapeur Passe un joyeux bateau tout pavoisé d'ombrelles; El, tandis que les flot) apaisent leurs querelles, L'homme, un instant tiré de son rêve engourdi, Met une amorce neuve et songe : — Il e»t midi.
.ALGRÉ SCS soixante ans, le joyeux invalide Sur sa jambe de bois est encore solide. Quand il touche l'argent de sa croix, un beau soir, Il s'en va, son repas serré dans un mouchoir, Et, vers le Champ de Mars, entraîne à la barrière Un conscrit, le bonnet de police en arrière; Et là, plein d'abandon, vers le pousse-café, Son bâton à la main, le bonhomme échauffé Conte au jeune soldat et lui rend saisissable La bataille d'Isly qu'il trace sur le sable.
>s-/ u R un trottoir désert du faubourg Saint-Germain,
Près d'un discret abbé qui lui donne la main.
Le marquis de douze ans vient de la messe basse :
En noir, en grand col blanc, timide et fier, il passe.
Mais chétif et pâli par un sang trop ancien;
Et nul ne porte un nom plus fameux que le sien.
Il rentre, c'est le jour de sa leçon d'histoire ;
Et le prêtre médite une ruse oratoire
Pour dire au noble enfant en des termes adroits
Ce que fut son aïeul, mignon do Henri Trois.
LLi.i.r. sait que l'attente est un cruel supplice.
Qu'il doit souffrir déjà, qu'il faut qu'elle accomplisse
l.e serment qu'elle a fait d'être là, vers midi.
Mais, parmi les parfums du boudoir attiédi.
Elle s'est attardée â finir sa toilette,
Et, devant le miroir charmé qui la reflète,
Elle s'impatiente à boutonner son gant ;
Va rien n'est plus joli que le geste élégant
De la petite main qui travaille; et, mutine,